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Région Limousin
lundi 19 janvier 2026

À travers sa Charte forestière, comment le PNR de Millevaches dessine la feuille de route de la forêt de demain ?

Vincent Berton, le préfet de la Corrèze, a récemment apposé sa signature au bas de la « Charte forestière de territoire » du Parc naturel régional de Millevaches en Limousin, portant à 38 le nombre de signataires de document stratégique. Nous nous sommes plongés dans ce document pour comprendre ce que cette charte contient et les enjeux qui découlent. Ce qu’il faut retenir.

C’est toujours difficile à croire aujourd’hui mais, il y a un peu plus d’un siècle, le plateau de Millevaches était surtout un vaste territoire de landes et de tourbières peu boisé et marqué par une agriculture difficile (dans un climat très rude). C’est à partir de 1913 qu’un certain Marius Vazeilles, jeune garde général des Eaux et Forêts détaché à Meymac, va transformer ce paysage : convaincu que la forêt pouvait aider à revitaliser notre région confrontée à un exode rural massif, il engage avec les paysans locaux un vaste programme de reboisement, notamment avec des plantations résineuses, créant des pépinières scolaires et développant une « forêt paysanne ». Grâce à son action – qui se poursuit après la guerre avec des milliers d’hectares plantés – la forêt s’installe durablement sur le Plateau, modifiant profondément son visage et son économie.

Le Plateau de Millevaches au début du XXème siècle © DR / Collection Eyboulet Frères

55 %. C’est la surface du territoire du Parc naturel régional de Millevaches en Limousin (PNR) aujourd’hui couverte par la forêt, soit 164 000 hectares (15 fois la taille de Paris !). Si elle fait du territoire un vaste espace naturel, la forêt est en premier lieu une ressource économique qui représente près de 2 200 emplois directs et indirects dans tout le Limousin. Or, en cette première partie du XXIème siècle, une bonne partie des peuplements forestiers limousins arrivent à maturité économique alors que les effets du changement climatique commencent à impacter les espèces « traditionnelles » du territoire.

Dans ce contexte, le PNR de Millevaches en Limousin s’intéresse de très près à cette forêt et surtout à son avenir. Un avenir qui passe notamment par la « Charte forestière de territoire » mise en place en 2012 et dont la troisième version débutée en 2022 court jusqu’en 2027.

Pourquoi cette charte ?

C’est parce qu’elle fait l’objet de nombreuses préoccupations sur le territoire du Parc que les acteurs de la forêt ont décidé de se réunir autour de la table et d’essayer de s’accorder sur l’identification des enjeux et des orientations qui permettront de garantir la pérennité de la filière forêt-bois locale.

Les enjeux sont multiples :

  • économiques d’abord, puisque la filière bois représente près de 2 200 emplois directs et indirects, formant la première activité économique locale. Ce bois est aussi source de matériaux pour les entreprises régionales voire nationales.
  • écologiques aussi, bien sûr. Il y a ce qu’on appelle les « forêts anciennes » qui ont plus de 50 ans, et des forêts plantées plus récemment et qui jouent un rôle essentiel face au changement climatique.
  • sociaux enfin, car comme l’explique le PNR, elles sont « un élément social important tant au point de vue du cadre de vie que des activités qui en découlent ».

Voilà les raisons qui ont poussé le PNR à rédiger et faire signer cette charte engageante. Précisons enfin que ce document est « stratégique », ce n’est ni une loi, ni un règlement.

Que trouve-t-on à l’intérieur de cette charte ?

Après avoir dressé un diagnostic et organisé des concertations publiques, 27 actions ont pour l’instant été définies dans cette charte, rassemblées sous quatre grands enjeux :

  • Le premier : le développement d’une culture forestière partagée, avec des actions autour du partage des savoir-faire ou encore l’intégration de la population comme acteur à part entière.
  • Le second : le renforcement de la résilience des écosystèmes forestiers et de la filière. Cet enjeu passe par des actions comme l’anticipation des risques climatiques sur les massifs forestiers du territoire, le maintien de la diversité des peuplements ou encore le déploiement d’un observatoire du territoire. Parce qu’un constat a été fait, celui des sécheresses, des dépérissements ou encore de l’arrivée d’incendies. Autant d’éléments qui fragilisent cette filière bois.
  • Le troisième : l’augmentation de la valeur ajoutée locale. Le territoire produit beaucoup de bois pour l’exportation mais très peu est transformé localement. Ainsi, la charte incite à l’augmentation de l’usage du bois local dans les projets publics, à la valorisation des feuillus ou encore au soutien des petites entreprises locales.
  • Enfin, dernier enjeu, mais pas des moindres : la favorisation de la coévolution des acteurs avec parmi les actions : l’organisation de temps d’échanges et de conférences consacrés à la forêt et à la filière bois ou encore la communication et le suivi de toutes ces actions.

Ces actions se traduisent, par exemple, par la mise en place de journées techniques entre forestiers, naturalistes et élus ou encore l’organisation de « Matinales Forêt/Bois ». D’autres actions visent la sensibilisation du grand public (avec notamment l’Opération « Vis ma vie de technicien forestier » en octobre 2025 en partenariat avec le PNR, la coopérative Fibois et l’Ecole Forestière de Meymac), ou encore l’expérimentation de nouvelles pratiques.

Qui a signé cette charte ?

En griffant en bas du document le 8 janvier dernier, le préfet de la Corrèze Vincent Berton devient le 38ème signataire de cette charte. « Ce n’est pas la charte du PNR, c’est la charte des signataires, de toute la filière bois », tient à préciser le président du PNR Philippe Brugère. Parmi ces 38, on trouve « des centres de formation, des collectivités, des associations, des propriétaires forestiers, des exploitants, des coopératives », liste Julien Goubely, Chargé de mission Forêt Bois au PNR. La préfecture de la Creuse l’a signée il y a quelques mois.

Vincent Berton, préfet de la Corrèze, et Philippe Brugère, président du PNR de Millevaches en Limousin © Jérémy Truant

Sans être exhaustif, on trouve parmi les signataires : la Chambre d’agriculture de la Corrèze, des communautés de communes comme Haute-Corrèze Ccommunauté, ou celle de Creuse Grand Sud, la Région Nouvelle-Aquitaine, l’Office national des forêts, des coopératives forestières comme Alliance, Unisylva, le Conservatoire des espaces naturels de Nouvelle Aquitaine, la LPO, l’Ecole forestière de Meymac mais aussi des scieries comme le groupe Destampes Emballages ou l’EIRL Rémy Gauthier.

Une charte qui trace donc une trajectoire collective pour une forêt arrivée à un tournant de son histoire. Reste maintenant à transformer les engagements en actes, parcelle après parcelle, pour que la forêt de demain continue d’être à la fois une richesse économique et un bien commun partagé.

Pour lire la charte, c’est par ici et pour tout comprendre, très simplement, on vous conseille de jeter un oeil à ce livret explicatif réalisé par le PNR Millevaches en Limousin.

 

Jérémy Truant
Jérémy Truant
Journaliste Actus Limousin

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