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jeudi 19 février 2026

Quand « les rencontres du Papotin » font des émules chez les jeunes résidents de la Fondation Jacques Chirac en Corrèze…

Au sein de la Fondation Jacques Chirac en Corrèze, un petit groupe de personnes en situation de handicap vient de tourner le premier épisode de son émission Les Papotins, grandement inspirée du succès télévisuel français Les rencontres du Papotin. Ambiance sur le tournage.

Ils s’appellent Camille, Benjamin, Céline, Léa, Richard et Mélinda. Ils présentent différentes pathologies mentales, et sont tous résidents au Foyer des Tamaris de la Fondation Jacques Chirac. Mais depuis quelques jours, ils sont aussi journalistes ! Car cette semaine, ils ont enregistré le premier épisode d’une (on l’espère) longue série d’interviews à la manière de l’émission de télé « Les rencontres du Papotin ».

Le principe de l’émission est simple et original : une personnalité est invitée à répondre, sans filtre, aux questions de ces journalistes non professionnels porteurs de troubles du spectre de l’autisme. Les interviews, souvent inattendues et directes, offrent des moments à la fois touchants, drôles et profonds.

Françoise Béziat en première invitée

Pour l’occasion, le célèbre restaurant Chez Françoise Bleu à Meymac s’est donc transformé en plateau de télévision le temps d’une interview. Mais avant d’en arriver là, les résidents du Foyer des Tamaris de Sornac se sont beaucoup préparés. D’abord à l’écrit, comme l’explique Sabine Lemaire, monitrice-éducatrice de l’établissement depuis 24 ans : « Il y a un an environ, avec mon équipe, on a monté un journal papier dans lequel il y avait une rubrique interview où l’on partait à la rencontre des personnes en interne de l’établissement. »

Une préparation digne des professionnels ! © Jérémy Truant

Puis un jour, l’accordéoniste corrézien Mathieu Martinie est de passage par Sornac. « Les résidents voulaient l’interviewer. On l’a fait et ça s’est très bien passé », se souvient l’éducatrice, passionnée par l’émission des Papotins : « C’est là que je me suis dit que l’on pouvait peut-être reproduire les Papotins en local. »

L’idée trace son chemin et, un an plus tard, c’est Françoise Béziat, présidente de la Fondation Jacques Chirac, qui se retrouve face aux six journalistes corréziens pour la première « vraie » interview. « C’est eux qui m’ont choisi. On leur a demandé qui ils souhaitaient interroger et ils ont dit Françoise Béziat ! Je suis surprise et honorée qu’ils m’aient choisie. C’est étonnant car je représente quand même une certaine autorité, ils ont intégré une certaine reconnaissance hiérarchique. »

Assise devant le majestueux cantou en granit de la salle de restaurant, Françoise Béziat semble prête à répondre aux questions inattendues des résidents. Derrière la caméra, c’est le Pôle régional d’éducation aux images en Nouvelle-Aquitaine (Les yeux verts, basé à Brive) qui est à la captation et au montage de la vidéo.

Pour leur « première », les jeunes journalistes ont choisi d’interviewer Françoise Béziat, présidente de la Fondation Jacques Chirac © Jérémy Truant

Le silence s’installe. Première question, hésitante. « Avec votre travail, comment arrivez-vous à garder du temps pour vous ? Quelles sont vos passions ? ». Les questions s’enchaînent. « C’est quoi pour vous le bonheur ? » La présidente semble presque intimidée. Elle répond : « Le bonheur, c’est fait de petites choses simples, c’est d’avoir des amis et une famille aimante, de faire des voyages et de s’ouvrir. » Les résidents acquiescent, sourient et se décontractent. Derrière, dans le public, les yeux brillants des éducateurs en disent longs sur l’intensité du moment. « Être dans un tel projet, ça leur apporte de la satisfaction. Ils vont à la rencontre de nouvelles personnes, de nouveaux défis », confie Sabine Lemaire.

« Quel est votre plat préféré », interroge Benjamin. Et Françoise Béziat de répondre : « Un bon saucisson d’Auvergne avec une bouteille de Margaux ! » Éclats de rire dans la salle. La caméra se coupe. Camille se lève et fonce vers sa monitrice-éducatrice : « T’as vu Sabine j’ai réussi à poser ma question ! » Les deux femmes se tombent dans les bras. Dans la salle, flotte quelque chose de précieux. Un instant suspendu, de ceux que l’on aimerait garder intact.

Mission accomplie pour la jeune équipe de journalistes qui posent avec la maitresse du lieu © Jérémy Truant

Quelques minutes plus tôt, Françoise Béziat confessait que son livre préféré était « À la recherche du temps perdu ». Peut-être parce qu’au fond, le bonheur tient justement dans ces fragments-là : une question posée malgré le trac, un éclat de rire partagé, une étreinte spontanée devant une caméra encore chaude. À Meymac, ce mardi-là, personne n’a perdu son temps. Tous en ont gagné un peu.

Pratique : La vidéo d’une durée de 10 minutes qui se composera de l’interview mais aussi d’extraits dans les rues de Meymac ou encore dans le bureau de Françoise Béziat au siège de la Fondation à Ussel, sera diffusée sur Youtube et sur les réseaux sociaux dans un mois. Le prochain tournage est lui prévu en juin et le nom de la personnalité reste précieusement gardé.

Jérémy Truant
Jérémy Truant
Journaliste Actus Limousin

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