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Région Limousin
lundi 16 février 2026

22 agriculteurs corréziens se racontent à travers une exposition photo inédite

Éleveurs, maraîchers, viticulteurs : la plupart des 22 participants corréziens au projet « Portraits d’agriculteurs » avaient fait le déplacement début février à la préfecture de Corrèze pour assister au vernissage de l’exposition photo qui les met à l’honneur.

Ils sont 22, hommes et femmes, tous agriculteurs, qui ont accepté d’ouvrir les portes de leur exploitation à l’objectif de la photographe Vanessa Buisson pour un projet photographique ambitieux. Né de la collaboration entre les services de l’État et la Chambre d’agriculture de la Corrèze, il vise à changer le regard porté sur les métiers de la terre ; et même à susciter des vocations, dans un secteur confronté à une crise démographique inquiétante.

Une exposition pour montrer l’agriculture au plus vrai

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre 2010 et 2020, le nombre d’exploitations agricoles a chuté de 23 % en Corrèze. Aujourd’hui, le département compte environ 4 000 exploitations, ce qui représente en terme d’emplois 5 000 équivalents temps plein. « Nous avons un énorme défi à relever, celui de la démographie dans l’agriculture, pour trouver des repreneurs et susciter des vocations », souligne Nicole Chabanier, représentant la préfecture de la Corrèze.

Face à cette situation, les acteurs institutionnels ont fait le choix d’agir sur l’image même du métier, souvent obsolète ou déformée auprès des jeunes générations. « L’objectif c’était de montrer l’agriculture loin des clichés, et dans sa diversité », explique Daniel Couderc, Président de la Chambre d’agriculture de la Corrèze. « Pour attirer les jeunes, on ne peut pas leur dire qu’ils vont gagner 300 € par mois, rester seuls toute leur vie et faire 70 heures par semaine. »

Entre mars et octobre 2025, Vanessa Buisson, photographe, et Bruno Germain, chargé de communication à la Chambre d’agriculture, ont donc sillonné le département pour montrer « l’agriculture d’aujourd’hui ». L’exposition met donc en avant des exploitations innovantes, qui ont intégré la robotique et l’informatique, tout en respectant la diversité des productions corréziennes. Elle reflète aussi la féminisation progressive du secteur, et les différentes formes d’organisation.

Pas de traitement chimique sur les fraisiers de la ferme du Sud-Co mais des poules pour limiter les parasites ! © Vanessa Buisson

Le processus de création a demandé patience et adaptabilité. Impossible de photographier des vignes sans raisin ou des canards en pleine phase d’abattage. Vanessa a donc multiplié les visites pour saisir chaque exploitation dans sa meilleure période. « C’était l’une des plus belles expériences professionnelles que j’ai eues », confie-t-elle, évoquant l’attachement développé pour ces 22 personnes aux parcours si marquants.

Vanessa Buisson a multiplié les visites pour saisir chaque exploitation à sa meilleure période © DR / Vanessa Buisson

Trois parcours emblématiques

Stéphane Dos Santos – Maraîcher à Objat

Parmi les visages de cette exposition, celui de Stéphane Dos Santos incarne la transmission et l’adaptation permanente. Sur son exploitation familiale d’Objat, ce maraîcher de 42 ans perpétue près de 50 ans d’histoire… Son approche ? Adapter chaque culture à son terrain : carottes, salades, poireaux pour l’hiver, tomates et légumes d’été selon la nature du sol. Tout est vendu en circuit court : aux marchés de Brive, Objat et Meymac, et dans des magasins de producteurs à Limoges et Brive. Avec sa mère et une salariée à temps partiel, il revendique l’autonomie commerciale : « Produire beau, bon et voir les clients ! »

Stéphane Dos Santos, maraîcher à Objat © Vanessa Buisson

Stéphane n’est pas aveugle aux défis : le climat, de plus en plus imprévisible, complique le travail. « Il fait trop chaud maintenant en hiver. J’ai une serre de mâche qui souffre parce qu’il fait parfois 15 °C l’après-midi en janvier. » La prolifération des espèces invasives, comme la punaise diabolique, demandent de nouvelles stratégies. Face à la mécanisation croissante, il croit encore à la valeur du geste humain et espère que les jeunes retrouveront l’envie de la terre, « avec plus de souplesse et à deux pour pouvoir se relayer ».

Marine Seince – Éleveuse de Limousines à Meymac

Marine Seince est une éleveuse autonome et engagée. Installée depuis 2008 à Meymac, cette agricultrice passionnée de 40 ans gère seule ses 140 hectares et 65 vaches limousines. Longtemps orientée vers la production de broutards, elle a fait évoluer son système vers le « naisseur-engraisseur » pour valoriser davantage ses animaux et renforcer son autonomie alimentaire. Fille de paysan, Marine Seince revendique un fort attachement à son métier qu’elle décrit avec une formule étonnante : « La diversité de mon travail fait que je me sens en vacances toute l’année. » Membre active d’une des plus importantes CUMA de Corrèze, elle défend une agriculture collective et solidaire, fondée sur la mutualisation du matériel et l’entraide entre exploitants.

Marine Seine, éleveuse de Limousines à Meymac © Vanessa Buisson

Marine est sensible aux tensions qui traversent le secteur. Elle déplore l’opposition stérile entre agriculture et écologie : « Je ne comprends pas pourquoi il y a autant d’affrontement, alors qu’on vient du même endroit. On n’a juste pas le même prisme. Avec un peu plus de formation et d’écoute de chaque côté, on travaillerait beaucoup mieux. »

Victor Fortet – Éleveur de Salers à Saint-Julien-aux-Bois

À 35 ans, Victor Fortet représente la quatrième génération d’éleveurs à Saint-Julien-aux-Bois. Installé depuis 2013, il a repris en 2025 les rênes de l’exploitation familiale, recentrée sur 150 hectares et 60 mères de race Salers. Historiquement tourné vers la reproduction, il valorise désormais l’ensemble du troupeau : génisses de renouvellement, reproducteurs, bêtes de boucherie et bœufs Salers « Label Rouge » abattus à trois ans et demi.

Victor Fortet et son troupeau de Salers © Vanessa Buisson

Sa philosophie ? Privilégier l’autonomie alimentaire, le pâturage, la génétique et le respect des animaux. « Grandir n’est pas indispensable », affirme-t-il. « Bien faire, transmettre et rester fidèle à ses valeurs, oui ! » Et Victor trouve sa plus grande satisfaction dans la transmission : recevoir des stagiaires et des apprentis, préparer des animaux pour les concours, partager la passion de la race Salers. « Ce qui me passionne, c’est de les rendre passionnés », confie cet éleveur qui accueille actuellement deux stagiaires auxquels il n’hésite pas à confier de vraies responsabilités.

Au fil des témoignages se dessinent des valeurs communes : respect du vivant, attachement au territoire, sens du travail bien fait. Mais aussi les difficultés : climat capricieux, pénibilité, isolement, agri-bashing etc… « Photographier ces agriculteurs, c’était mettre des visages, des histoires, de l’humain derrière un métier trop souvent raccourci à des chiffres ou des clichés », résume Vanessa Buisson.

Infos pratiques

Financée à hauteur de 20 000 euros par l’État, l’exposition est appelée à circuler dans les établissements scolaires et lors d’événements départementaux. En rendant hommage à ces femmes et ces hommes, elle espère renouer le lien entre citoyens et producteurs.

Prochaines dates :

  • l’exposition est jusqu’au 21 février dans le hall de la Cité administrative à Tulle,
  • elle sera visible au banquet corrézien à Brive le 22 février,
  • elle sera ensuite installée à la Chambre d’agriculture de Corrèze jusqu’à mi-mars,
  • elle sera ensuite itinérante dans des établissements scolaires et sur des événements

L’ensemble des portraits est à retrouver sur le site de la Chambre d’Agriculture de Corrèze. Et pour découvrir le travail de Vanessa Buisson, rendez-vous sur vanessa-buisson.fr

Juliette Jouve Soler
Juliette Jouve Soler
Correspondante Actus Limousin

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