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vendredi 20 février 2026

Le trailer briviste Paul Clément remporte la « Yukon Artic Ultra » après 9 jours et 645 kilomètres dans le froid polaire !

Le Corrézien Paul Clément vient de remporter l’une des courses les plus difficiles du monde : la Yukon Arctic Ultra et ses 645 kilomètres, à parcourir en autonomie, dans le froid polaire de l’ouest canadien, qu’il a bouclé en un peu plus de 9 jours. En pleine récup, le sportif a accepté d’échanger sur son parcours. Celui de la Yukon bien sûr, mais celui de sa vie (très) récente de traileur, aussi. 

« Avant, je détestais courir ! » On peine à croire les mots de Paul Clément quand on sait qu’il vient de remporter l’une des épreuves de course à pied les plus difficiles de la planète. Et pourtant, il en rajoute une couche : « Je jouais beaucoup au tennis, en équipe. Et un jour, un collègue de la pharmacie de Brive chez qui je travaillais m’a emmené courir puis je l’ai suivi sur un premier trail, j’y ai pris goût. »

Y prendre goût, c’est le moins qu’on puisse dire quand on parcourt la liste des courses que cet homme de 37 ans a réalisé depuis ce fameux premier trail en 2016 : semi-marathons, marathons, 80 kilomètres de l’Aquaterra de Bort-les-Orgues, quatre fois la Diagonale des Fous à La Réunion (170 kilomètres), deux fois l’Ultra Trail du Mont-Blanc (170 kilomètres aussi)… rien que ça.

Paul Clément à l’arrivée de la Diagonale de Fous en 2019 après… 37 h de course ! © DR via Paul Clément sur Instagram

« J’ai augmenté les distances assez rapidement », note le coureur qui a grandi dans la cité gaillarde et y retourne courir très régulièrement (il travaille aujourd’hui en région parisienne). « Je m’entraîne avec Jean-Baptiste Couderc (médecin du sport à Brive et passionné d’ultra-trail, ndlr) et dès qu’il y a une course dans le coin j’essaie de la faire. » C’est en lisant un livre offert un Noël sur les courses les plus folles du monde que Paul Clément est tombé sur la Yukon :

« Cette course, je la regardais un peu de loin mais je ne me sentais pas légitime à m’inscrire. Puis j’ai mûri sur le sujet, j’ai échangé avec des participants et, petit à petit, c’est devenu concret et je me suis dit pourquoi pas ! Je n’ai pris la décision qu’en août dernier »

Même en « la regardant un peu de loin », on comprend pourquoi cette « Yukon Arctic Ultra » est considérée comme la plus rude de la planète. Chaque année début février, des athlètes venus du monde entier s’élancent depuis le territoire gelé du Yukon (dans le Grand nord canadien) pour parcourir des plus de 600 kilomètres en complète autonomie, en traînant derrière eux une « pulka » (une luge) d’environ 30 kg remplie de nourriture, de matériel de survie, et d’équipements essentiels.

« La course la plus froide du Monde » : 650 km en autonomie en tractant une pulka de 30 kg © Marc Kelly – Yukon Artic Ultra

Sur un tracé qui suit en grande partie l’ancienne piste de la célèbre « Yukon Quest » (course de chiens de traineau de 1648 km !), ils doivent affronter des températures polaires pouvant descendre jusqu’à -40 °C. Peu de concurrents parviennent à franchir la ligne d’arrivée dans les délais impartis – certains abandonnent, d’autres se battent corps et âme – mais là réside toute la légende de cette épreuve extrême, où chaque foulée est une véritable lutte contre l’épuisement, le froid et soi-même.

« Après avoir couru le Trail des templiers (80 km) en octobre dernier, j’ai commencé ma prépa qui était un peu différente de ce que j’ai l’habitude de faire. J’ai fait du renforcement musculaire au niveau du dos et des lombaires pour tracter la pulka et je suis allé pas mal en montagne pour me rapprocher des conditions », raconte celui qui a dû également faire un stage de survie en milieu polaire une semaine avant le départ de la course.

« Si tu termines la course, le contrat est rempli »

Le 1er février, le départ a donc été donné au bord du lac Teslin et le Corrézien s’est élancé, dans le froid et la poudreuse, avec seulement deux à trois heures de sommeil par nuit. « J’ai un peu vécu deux courses dans une : le départ, c’était 45 kilomètres de plat sur le lac donc là c’était assez confort pour moi et jusqu’au 400ème kilomètre, je courrais avec Guillaume Grima mais il a été contraint à l’abandon et moi du coup je me suis retrouvé dans un nouveau schéma de course où j’étais tout seul », retrace-t-il. Une lutte contre lui-même commence : « J’avais moins d’adrénaline, et j’ai eu des conditions climatiques compliquées avec beaucoup de neige, du brouillard, dans un milieu un peu hostile. J’ai passé deux nuits où mentalement c’était très difficile pour moi avec beaucoup de solitude. »

À l’arrivée à Braeburn, et à la surprise générale, c’est donc le Limousin qui franchit le premier la ligne, bouclant les 645 kilomètres (en 9 jours, 1 heure et 39 minutes !), un an après le sacre du célèbre ultra-trailer Mathieu Blanchard. « Je ne pensais pas gagner. Je m’engageais dans quelque chose qui était tout nouveau pour moi. On connaît les statistiques sur cette aventure, il y a beaucoup d’abandons, globalement je me disais « si tu termines la course, le contrat est rempli » et ça reste ma grande satisfaction, je suis content d’avoir fini » », raconte humblement le Corrézien.

Le sourire retrouvé pour Paul Clément à 1 km de l’arrivée de sa première Yukon Artic Ultra après 9 jours d’aventure extrême © Callum Jolliffe via Yukon Artic Ultra
« J’ai encore du mal à dormir. Je me réveille assez souvent et je cauchemarde que la course n’est pas finie. »

Depuis mardi dernier, Paul Clément est en « récup’ », grandement méritée : « J’ai encore du mal à dormir. Je me réveille assez souvent et je cauchemarde que la course n’est pas finie. »  Et pourtant, il est presque prêt à rechausser les baskets pour préparer d’autres aventures. « Je suis inscrit au Marathon de Paris début avril, sur le 86 km du Ventoux fin avril, le 90 km du Mont-Blanc, la Diagonale des fous que j’adore faire… »

Mais que faire de plus « fou » justement que l’aventure qu’il vient de vivre ? Le sportif a déjà des idées : « Il y a d’autres courses que j’aimerais bien faire : le Marathon des sables, le Tor des géants en Italie (330 kilomètres, 24 000 mètres de dénivelé positif) et plus sur la partie polaire : j’aimerais bien faire l’Iditarod, c’est la course que tous les aventuriers veulent cocher. »  Une course mythique de 1 750 kilomètres dans l’Alaska avec un attelage de 12 à 14 chiens ; nul doute qu’il fera tout ce qu’il faut pour « cocher la case », car chez Paul Clément, on comprend que ces cases ne ferment pas des chapitres : elles ouvrent des horizons toujours plus loin dans les limites.

Pour suivre les prochains exploits de Paul Clément, ça se passe sur Intagram @__paulc__

Jérémy Truant
Jérémy Truant
Journaliste Actus Limousin

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