Ouvert depuis près d’un an, le centre de soins « Erina » accueille des mammifères sauvages blessés ou orphelins. Une équipe de bénévoles se relaie pour sauver des centaines d’animaux. Suivez-nous dans les coulisses de cette association de protection de la faune sauvage…
A peine franchie la porte du centre de soins pour les mammifères de la faune sauvage, nous sommes plongés dans l’atmosphère de bienveillance qui règne ici depuis le 11 avril 2025, la date d’ouverture d’Erina. « Il faudra qu’on parle doucement, un levraut vient d’arriver, annonce Sarah Lou Logé, présidente fondatrice, il est en quarantaine, il ne faut pas qu’on le stresse. On ne sait pas s’il s’en sortira, les découvreurs l’ont gardé trop longtemps. » C’est le quotidien des 77 bénévoles qui se relaient jour et nuit auprès des animaux sauvages blessés.

Et pourtant, ce fut un parcours du combattant pour ouvrir ce centre à Razès. Sarah Lou Logé a quitté son emploi d’assistante sociale en 2023 pour se former et a obtenu le certificat de capacité, obligatoire pour ouvrir cette structure. « Il a fallu trouver les financements pour acheter cette maison de 163 m² sur 2 niveaux explique-t-elle, nous avons fait des travaux et des artisans ont pris le relais. Des entreprises, des particuliers, des fondations, le Fonds vert et le FEDER nous ont aidés. »
Agréé pour recevoir des espèces non protégées, il a aussi été autorisé à soigner les espèces protégées. Le centre intervient sur le Limousin, les découvreurs peuvent contacter Erina dès qu’ils trouvent un mammifère sauvage blessé. La ligne téléphonique est ouverte 7 jours sur 7 et 24h/24, et le centre de soins est situé près de l’A 20, cela facilite les déplacements vers la Creuse et la Corrèze qui n’ont pas de structure équivalente. Une fois rétablis, les animaux seront relâchés sur leur territoire.
800 animaux attendus cette année
Depuis son ouverture le centre a pris en charge plus de 450 individus (dont 217 hérissons d’Europe, 35 écureuils roux et 37 chauve-souris). « Ils sont victimes de collisions routières, blessés lors de la taille des haies ou prédatés précise la présidente, la plupart du temps des particuliers nous les apportent, parfois ce sont les autorités après des saisies ou des pompiers comme pour ce blaireau coincé dans un canal. »
Avec le printemps, l’équipe s’apprête à accueillir de nombreux juvéniles. « Ce sera la première année pleine signale la présidente, on devrait prendre en charge 800 animaux en détresse. Nous en avions transférés plus de 400 l’an dernier en attendant d’avoir l’agrément espèces protégés. Les admissions augmentent car le public est de plus en plus sensible, les gens nous appellent.»

Revers de la médaille, le budget alimentation prévisionnel de 7 000 € a déjà doublé en 2025. « Nous avons soigné beaucoup de renards, ils mangent de la viande rouge, et ça coûte cher. » Cette année, l’objectif est de développer des partenariats avec des bouchers, revendeurs, gérants de supermarchés ou d’animaleries et maraîchers qui donneraient leurs surplus de fruits, légumes et viande.
Objectif créer un 1er poste
Des partenariats avec des cliniques vétérinaires permettent de bénéficier de consultations, de radios et d’actes gratuits, mais les scanners, les chirurgies et les traitements restent à charge. « C’est entre 4 000 € et 5000 € par an et il faut de la trésorerie. » Cette année, le budget d’Erina dépassera 50 000 € avec des prix négociés pour l’alimentation.
La fondatrice cherche des financements pour créer un emploi. L’association est soutenue par la commune de Razès et le Fonds de développement de la vie associative (4000 €) ainsi que par des mécènes. Des recettes sont dégagées par la boutique en ligne, les animations, adhésions et dons. Une demande de financement va être envoyée à la Région… sans grand espoir. « Il faudrait que le centre soit multi-catégories, comme on ne soigne que les mammifères sauvages, on risque de ne pas être retenu redoute-t-elle, dans ce cas, nous contacterons des fondations et entreprises pour collecter 20 000 € nécessaires à la création de ce poste ».
La dernière cagnotte lancée sur « J’adopte un projet » a permis de collecter 9200 €, une somme qui servira à créer des enclos de relâché pour les écureuils. « Des gens de toute la France ont donné sans connaître Erina se réjouit-elle mais nous avons besoin de dons toute l’année pour la nourriture, les soins et les charges de fonctionnement.»
Distribution des rations et soins quotidiens
Sarah Lou, secondée par des bénévoles, examine ses petits pensionnaires pendant la distribution des rations. Dans la couveuse, le hérisson Henri très amaigri est pesé chaque matin. « Il mange bien, il prend du poids mais il est encore maigre constate Sarah Lou, il est arrivé il y a trois jours inconscient, en hypothermie et déshydraté après une collision avec un véhicule qui a entraîné des problèmes neurologiques. Il a été soigné et perfusé, on est optimiste, je suis fière de lui. » Pour Henri, ce sera deux rations par jour, vers de farine, un mélange de compote et d’oeuf, et des croquettes.

Dans la salle des chauve-souris, une Noctule se remet doucement d’une fracture à l’humérus réduite par une broche. Voilà deux mois, elle a été trouvée au sol dans le hall d’un immeuble. « Ce n’est pas sûr qu’elle récupère ses capacités de vol, il faut lui laisser du temps. » C’est autour d’une petite Pipistrelle de Khul de prendre son repas. Au menu une teigne vivante qu’elle avale goulûment. « Elle mange bien, je suis trop contente, elle a été prédatée, elle avait deux trous de chaque côté, il en reste un qui va se refermer. »

Un bébé écureuil biberonné
A l’extérieur, trois bénévoles vont distribuer les rations aux hérissons, nettoyer leur enclos et remettre de l’eau. Il n’y a pas de contacts pour éviter les contaminations. L’une d’elles enlève les gamelles sales quand une autre dépose la ration. Yvette est assistante vétérinaire, elle a rejoint Erina au mois de septembre. « J’ai toujours soigné et récupéré des animaux, c’est ma façon d’agir concrètement pour le changement et sans bénévoles, Erina ne fonctionnerait pas. Tout est bien organisé avec des consignes claires. »

Émilie apprécie aussi d’apporter son aide. « On rencontre ici des personnes extraordinaires qui ont le même centre d’intérêt. » C’est le premier jour pour Stéphanie, sans emploi, qui voulait donner un peu de son temps. « Je participe à la préservation de la faune sauvage, une cause à laquelle je suis sensible et je viendrai trois matinées par semaine. » Elles savent que le rythme va s’accélérer avec l’arrivée des renardeaux, levrauts, hérissons et écureuils. Une période qu’elles ne redoutent pas, chaque bénévole a été formé par Sarah Lou.
On remonte à l’étage car Vendredi s’impatiente. Ce bébé écureuil de 6 semaines est tombé d’un arbre lors de la tempête Nils. « On a fait 4 h de route aller route pour le récupérer raconte Sarah Lou, il avait une petite plaie, était en hypothermie et très maigre. On suspecte qu’il soit resté 36 h au sol. » Il a depuis récupéré et ingurgite énergiquement ses biberons. Il restera au moins 4 semaines de plus avant d’être relâché. « On ne veut pas l’imprégner, on est deux à le soigner, les autres bénévoles ne l’ont pas vu, vous avez de la chance » lance-t-elle. Une chance d’avoir pu observer un peu mieux ces animaux que l’on ne voit d’ordinaire que furtivement.

Infos pratiques
Plus d’infos sur le site associationerina.com
Adresse : 9, rue de la Libération – 87640 Razès / Tél : 07 44 95 08 99
Adhésion et boutique en ligne sur le site Helloasso : https://www.helloasso.com/associations/erina

