Dans l’atelier « au long » de la corderie Palus en Corrèze, le savoir-faire traditionnel des cordiers ne tient qu’à un fil…

Reprise en 2018 par Stéphane Assolari, la corderie Palus de Saint-Pantaléon de Larche continue de fabriquer de la corde « au long », un savoir-faire artisanal et traditionnel perpétué dans un immense atelier unique en France. Pour assurer sa survie, l’entreprise s’est doté de moyens plus modernes et continue de diversifier son offre. Visite dans la plus longue corderie de France !

À l’ouverture de la porte en bois, le regard est happé. Les yeux se perdent dans l’alignement parfait que forment les métiers à corder sur près de 280 mètres de long. Les poutres de la charpente et la terre battue au sol sont d’époque. Le nez aussi est attrapé par une odeur forte de fibre. Les oreilles écoutent le bruit d’une machine qui démarre. Nous sommes au cœur de la Corderie Palus, à Saint-Pantaléon-de-Larche au sud de Brive-la-Gaillarde. Précisément dans l’atelier « au long ». Et l’on comprend pourquoi.

Avec ses 280 mètres d’un bout à l’autre, l’atelier traditionnel de la Corderie Palus est tout simplement le dernier permettant de travailler sur d’aussi grandes distances © Brice Milbergue

Une affaire de famille et de passion

Ici, le temps semble s’être figé. Voilà bien plus d’un siècle que, chaque année, des kilomètres et kilomètres de corde sortent de l’atelier corrézien. Commençons par dérouler les cordages anciens. Nous sommes en 1908. Pierre-Alphonse Palus, compagnon cordier, crée la « Fabrique de cordages A. Palus » à Brive-la-Gaillarde. En 1926, les fils Raoul et Maurice rejoignent l’atelier. La corderie change alors de site, toujours à Brive, comme pour accompagner l’élan de cette nouvelle génération qui apprend, observe et prolonge le geste.

Ficellerie de toutes sortes, suspentes et sangles pour maréchaux… en 1908, le cordier Pierre-Alphonse Palus décide de créer sa propre fabrique de cordages à Brive © Corderie Palus

Quelques années après la fin de la Seconde Guerre mondiale, la trajectoire de l’entreprise prend un tournant majeur et une nouvelle corderie « au long » voit le jour à Saint-Pantaléon-de-Larche, sur le site actuel. En 1952, les deux frères choisissent de suivre chacun leur chemin. Raoul reste fidèle à Brive, Maurice s’installe à Saint-Pantaléon. Deux sites, deux histoires parallèles, et une concurrence fraternelle qui va durer. Les générations se succèdent, les cinq enfants de Maurice prennent le relais. En 2016, c’est le dernier lien avec Brive qui se défait : l’activité commerciale est rapatriée à Saint-Pantaléon et tout est désormais réuni au même endroit.

Au moment où elle quitte définitivement son berceau briviste, l’entreprise est mal en point et les dirigeants cherchent désespérément un repreneur. Originaire du nord-est de la France, Stéphane Assolari était alors à la recherche d’une entreprise à reprendre dans le secteur. « Avec ma femme Caroline, on voulait changer de vie. Moi j’étais dans la métallurgie et on a décidé de venir s’installer ici », confie Stéphane Assolari. Et si ce n’était pas l’activité qu’il qui avait initialement envisagé, il se laisse rapidement séduire par le charme de cet atelier historique et décide de reprendre l’entreprise en septembre 2018 pour en écrire une nouvelle page.

Tombé sous le charme de l’atelier historique et du savoir-faire de l’entreprise, Stéphane Assolari a repris la corderie Palus en 2018 © Brice Milbergue

Autrefois, les cordiers étaient des Compagnons, formés par des pairs à l’occasion d’un Tour de France, mais il n’existe plus de formation en France, alors pour se former aux rudiments de son nouveau métier, Stéphane a dû tout apprendre sur le tas. Heureusement, il a pu compter sur Fatima, une ancienne cordière avec plus de 40 ans d’expérience pour lui transmettre son savoir avec de prendre une retraite bien méritée.

Innover pour pouvoir perpétuer la tradition

Si la reprise a marqué la fin de « l’ère Palus » pour l’entreprise, elle a permet de lui donner un second souffle. « Le chiffre d’affaires était de 400 000 euros quand j’ai repris. On a réussi à monter à 1 million d’euros en faisant du commerce, notamment auprès des grossistes en jardinerie. Durant les années Covid, on a construit une gamme. Puis deux sécheresses consécutives ont fait s’arrêter brutalement le marché du jardin », retrace le repreneur. S’ils ont été jusqu’à 13 a travaillé au cours de cette nouvelle ère, ils ne sont aujourd’hui plus que six à perpétuer le savoir-faire Palus. Six à jongler entre les méthodes d’hier et la technologie d’aujourd’hui.

La corderie corrézienne fait partie de la quinzaine encore en activité en France, et c’est sans doute la plus grande. « Elle s’étend sur 10 000 m² », lance notre guide qui en connaît chaque recoin et chaque outil aussi. « Ça, c’est un cochoir » nous explique-t’il en présentant un sorte de gros marteau bordé d’encoches. Outil traditionnel essentiel à la fabrication des cordes, cette pièce de bois sert à maintenir et guider les torons pendant le commettage, afin qu’ils se torsadent correctement pour former une corde régulière et solide.

Tordus à une extrémité par la machine, les torons sont passés dans les encoches du cochoir qui va permettre au cordier des les torsader pour « commettre » la corde © Brice Milbergue

Pour fabriquer 100 mètres de cordes d’une largueur de 3 centimètres, il faudra au final 19 kilomètres de fil pour fabriquer des torons de plus en plus large. Et pour réaliser ces mêmes 100 mètres de corde, le cordier lui va parcouri 1,8 kilomètres ! « On n’a pas besoin d’aller à la salle de sport », sourit Marc. Il commence à commettre. Le pas est vif, l’allure est constante. Ensuite, les finitions sont aussi réalisées à la main : l’encollage (on y applique une colle à base d’amidon pour protéger et lisser les fibres) et le polissage notamment.

Commettage traditionnel d’une corde au cochoir à la Corderie Palus © Brice Milbergue

Du lin, du chanvre, mais aussi du coton, de la laine, de la jute et du sisal sont les matières principalement utilisées. Pour la plupart (sauf le coton et le chanvre), elles ne sont pas produites en France. « On n’a plus de filature en France qui permettent d’avoir du fil assez gros pour la corderie », constate l’artisan. Alors faute de pouvoir maîtriser toute sa filière, la corderie Palus s’efforce de conserver et de valoriser ses savoir-faire et de continuer à fabriquer de façon traditionnelle, en France, tous types de ficelles et de corde.

Même cette machine, ancienne mais ô combien ingénieuse, à fabriquer les pelotes de ficelle est encore en activité © Brice Milbergue

Dans le bâtiment voisin, des machines bien plus modernes ont fait leur apparition « pour tenir des engagements quantitatifs élevés, en phase avec les exigences qualité, les coûts et les délais fixés par les industriels d’aujourd’hui ». Pour survivre, la Corderie Palus s’efforce de diversifier son offre et d’innover. Aujourd’hui, l’établissement corrézien fabrique aussi des cordes en matière synthétique, de la ficelle utilisée dans la tapisserie d’ameublement et vient par exemple de mettre au point un rideau en cordages imprimés pour rajeunir le « moche mais utile » rideau anti-mouches des maisons de campagne ou servir de support de communication. Enfin, une boutique en ligne est venu s’ajouter au site internet de la corderie pour proposer aux clients d’acheter leurs produits en direct…

Dans un second bâtiment, la corderie Palus dispose de machines industrielles qui permettent de produire en plus grande quantité et plus rapidement des cordelettes et des cordes synthétiques © Brice Milbergue
Cordes de toutes longueurs et tous diamètres, cordelettes ou ficelle de tapissier, on trouve de tout dans l’entrepôt de la corderie Palus ! © Brice Milbergue

Malgré toute la bonne volonté de Stéphane Assolari et de son équipe, l’avenir de l’historique corderie Palus ne tient encore qu’à un fil. Alors pour contribuer à la sauvegarde de l’entreprise et de son savoir-faire traditionnel, achetez local si vous le pouvez… 😉

Pour tout savoir sur la corderie et ses produits, rendez vous sur le site corderiepalus.fr ou sur place à Saint-Pantaléon de Larche, des visites du site sont organisées durant toute la saison.

Jérémy Truant
Jérémy Truant
Journaliste Actus Limousin

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