Quelque part en Corrèze, un passionné rénove et collectionne un à un des centaines de vélos, 320 précisément. Alors, à moins de deux mois de l’étape 100 % Corrèze du Tour de France, on se devait de partir à sa rencontre et découvrir ses trésors cachés.
S’il nous ouvre ses portes avec un grand sourire, son vrai prénom, il préfère garder pour lui. « C’est plus prudent, je ne préfère pas donner mon identité et dire où j’habite », nous confiera notre hôte du jour. Nous l’appellerons donc Robert. Il est de ceux que l’on peut classer dans les passionnés. Et encore, le mot est faible car c’est plutôt à un véritable « cyclophile » que nous avons à faire. Et pour cause, autour de sa maison, dans son grenier, dans son garage… Les vélos sont partout ! « Je me suis mis à les collectionner en 2007 », commence notre guide. Il en a aujourd’hui environ… 320 ! Aucun n’a moins de quelques décennies, aucun ne vaut vraiment bien cher, mais pour lui ce sont de véritables trésors.

Sa passion pour la bicyclette a débuté bien plus tôt. « Avec ma famille, on est originaires des Hautes-Alpes. Mon père voulait nous faire faire du vélo à mon frère et moi. Mon frère en a eu un tout neuf et mon oncle m’a proposé un vélo en pièce détachées, en pas très bon état. Je n’aurais jamais mieux que ce vélo là. » L’histoire en reste ici, à l’époque.
Elle ressurgit lorsque Robert achète sa maison, en Corrèze, et qu’il tombe sur deux vélos à la déchetterie dont un de la marque française Alcyon, « comme celui que j’avais eu petit ! ». Les souvenirs remontent et il met la main sur sa « madeleine de Proust » à deux roues. Il ne le sait pas encore, mais cette « récup’ » va être la première d’une longue, très longue série. « Au début, je récupérais des vélos pour les sauver. Vous auriez vu, des fois je prenais des blocs de rouille ! » Robert s’avance dans ses allées remplies de deux-roues et on à peine à imaginer le temps qu’il a fallu pour accumuler tout ça et le temps de travail pour restaurer chacun d’eux.

En plus de leur donner une seconde jeunesse, Robert est – comme tout bon collectionneur qui se respecte – incollable sur les différentes marques, modèles, années… « En Corrèze, il y avait deux grands fabricants de vélos : l’entreprise Manière et les frères Simon à Objat. Ceux-là, j’essaie d’en avoir des modèles. »
À force de chiner, Robert a créé un véritable musée à ciel ouvert du vélo. « Il me faudrait un hangar pour exposer tout ça », admet-il tout en nous montrant l’un de ses vélos préférés : un joli Motobécane de 1984. « Pesez-le, vous allez voir comme il est léger. Un vélo comme ça, à l’époque ça valait 1 800 francs, 250 €. » Un must abordable en son temps, on n’ose imaginer le prix d’un modèle équivalent aujourd’hui.

Robert ne collectionne que des vélos anciens. S’il n’a pas de vélo ayant fait partie du peloton de la Grande boucle, le collectionneur possède cinq vélos qui ont couru le Tour du Limousin, notamment des Dupriez. Pour être honnête, le Tour de France ça ne lui fait ni chaud ni froid, pour lui les vélos modernes n’ont plus rien à voir avec la « machine » d’origine…
Son plus ancien, de 1916
Déchetterie, grange, Internet … Robert cherche partout. « Cela représente un budget de 200 ou 300 € par mois, ça n’est pas rien. Avant, j’avais un vélo avec des roues en bois, mais j’ai été obligé de le revendre », regrette l’érudit qui nous présente son plus vieil engin : « C’est celui-là, il date de 1916 ! » Les vitesses se passaient sur le cadre grâce à un petit levier.

Il y a cet autre vélo aussi, tout autant chargé d’histoire comme le raconte Robert : « C’est un vélo autrichien des années 1930 ramené par les Allemands puis abandonné à la débâcle. Des fois, on en trouve dans les murs des granges. Les gens les cachaient pour ne pas que les Allemands les trouvent et puissent les utiliser comme moyen de locomotion. Parce qu’avant, le vélo était vraiment le premier mode de déplacement. »

Dans le garage de Robert, on peut à peine passer une tête, les vélos s’étendent à perte de vue. Il en connaît chaque détail, chaque taille, chaque modèle. Et il n’est pas le seul puisqu’il retrouve fréquemment ses pairs au « Vélo Rétro 87 » à Couzeix (87), un club qui sauvegarde le vélo ancien notamment par l’organisation d’événements (expos, balades…). « À chaque sortie, j’essaie de prendre un vélo différent mais toujours avec des pneus larges. Ils savaient fabriquer des vélos à l’époque ! »
L’homme participe également à la « Marcel Jourde ». Situé à quelques kilomètres de Saint-Léonard-de-Noblat, ville intimement liée au célèbre cycliste Raymond Poulidor, le village de Royères célèbre chaque printemps la passion du cyclisme ancien et vintage. Des centaines de passionnés de la petite reine parcourent les routes vallonnées de la Haute-Vienne à l’occasion de cette balade rétro. Pour l’occasion, les anciennes bicyclettes Alcyon, Mercier, Peugeot et Jourde quittent caves et greniers, tandis que les participants revêtent des tenues d’époque avant de s’élancer sur les reliefs limousins.

Et lorsque vient le moment de quitter ce petit musée caché au cœur de la Corrèze, Robert referme doucement la porte de son garage, rebâche les vélos… Autour de lui, les cadres patinés et les plaques émaillées racontent un siècle de routes et d’efforts. Bien plus qu’une collection, ses 320 bicyclettes sont les témoins silencieux d’une époque où le vélo, principal moyen de locomotion, faisait battre le cœur des campagnes. En Limousin, la petite reine n’a décidément jamais cessé de rouler.

Deux expos cet été avant la Grande boucle
En attendant de pouvoir ouvrir un « vrai petit musée », Robert exposera quelques uns de ses plus beaux vélos de course, vélos de ville et vélos enfants à la salle Jean-Ferrat à Ussel du 26 juin au 10 juillet prochains.
Une autre exposition est prévue le dimanche 12 juillet dans le Parc du Château de la Diège à Ussel. Ce parc sera d’ailleurs un espace de choix pour passer l’après-midi avant l’arrivée des coureurs : buvette, restauration, activités sportives proposées par la Station sports nature Haute-Corrèze …

