Les fileuses de verre, aussi appelées perlières, factrices de verre ou bien verrières à la flamme, ont un métier encore peu connu du grand public et une manière particulière de travailler le verre. Hélène Breuzard pratique cet artisanat délicat depuis 2022, à Saint-Pantaléon-de-Larche, et m’a ouvert les portes de son atelier pour m’initier aux secrets de son métier.
Je suis sûre que vous connaissez le métier de souffleur de verre, mais connaissez-vous celui de fileuse de verre ? Historiquement, les fileuses travaillaient chez des souffleurs de verre et attendaient qu’ils quittent l’atelier, pour utiliser en catimini la matière première afin de créer discrètement leurs propres pièces. Aujourd’hui, ce savoir-faire se revendique et s’expose, et Hélène Breuzard m’a ouvert les portes de son atelier « Sa Perle Y Popette » installé à Saint-Pantaléon-de-Larche.

La magie du verre
Initialement pastelliste, Hélène Breuzard est une femme créative qui a découvert le verre un peu par hasard… et n’en est jamais ressortie ! Tombée en admiration devant des bijoux faits en verre de Murano dans une boutique à Périgueux, elle osera demander à la personne de lui montrer comment faire et de lui apprendre les bases du métier de fileuse de verre. Très vite, Hélène sait qu’elle veut en faire son métier ; pas seulement pour les beaux objets que cela permet de créer, mais pour le processus, le feu, la part d’inattendu… « Travailler le verre c’est toujours magique » et, même après plusieurs années, elle ressent encore l’excitation de ses débuts au moment d’allumer son chalumeau : la puissance de la flamme qui modèle le verre, les couleurs qui se mêlent, le rendu final au sortir du four.
Pour progresser, enrichir sa palette de gestes et proposer des créations plus variées, Hélène a continué de se former à Toulouse, en Bretagne, etc. Elle juge que cette formation continue est indispensable pour en découvrir toujours plus sur ce fameux verre de Murano. « Même s’il est possible de travailler plusieurs types de verre à la flamme, Murano, c’est le berceau historique de la production de verre, et puis c’est aussi plus prestigieux donc je ne travaille qu’avec du verre de Murano » confesse-t-elle.

La technique… et l’éthique
Quand j’arrive dans son atelier, Hélène est en train de « rabouter » des baguettes de verre : quand les tiges deviennent trop courtes, elle les ressoude entre elles pour pouvoir continuer à les travailler sans risquer de se brûler. Ici, rien ne se perd, tout se transforme, y compris les chutes. Avant de commencer son travail Hélène vérifie bien son matériel : un concentrateur d’oxygène, un système pour évacuer les émanations et un four spécial qu’elle préchauffe à… 500 °C !

Elle prend ensuite des tiges en inox dont l’extrémité a été préalablement trempée dans de la céramique : « La céramique me sert pour retirer ma perle de la tige, sinon ça serait impossible à démouler ! ». Le verre qu’elle travaille se présente sous la forme de tiges colorées, Hélène en choisit une puis, avant d’allumer son chalumeau elle m’informe que la température de fusion du verre est à 1400°C. Pas besoin de chauffage dans l’atelier…
Hélène flambe la première couleur, prend la quantité de matière qui lui convient et montre le fil incandescent provoqué par la séparation : c’est de là que vient le nom de « fileuses de verre ». Ensuite, elle lui donne la forme qu’elle souhaite puis prend une tige d’une couleur différente pour incorporer des points à sa perle. Les points sont d’abord en relief mais elle les fera « rentrer » dans la perle pour que cette dernière soit parfaitement lisse.


Elle sort sa création de la flamme quelques secondes, le temps que la couleur rouge feu s’estompe pour admirer le résultat, puis elle la met directement dans son four à 500 °C pendant 3 heures. « Si j’attends trop à l’air libre, la différence de température casse le verre ». Quand elle travaille, Hélène semble ailleurs, concentrée et absorbée : « je rentre dans ma bulle quand j’allume le chalumeau, et je n’en sors que quand je l’éteins. Je ne vois pas le temps passer ».
Ses créations et rendez-vous
Hélène propose ses créations depuis 2022 et vient d’être Labellisée « Origine Corrèze ». La majeure partie de son travail prend la forme de bijoux en verre de Murano : perles, boucles d’oreilles, bracelets ou pendentifs. Elle réalise aussi des pièces décoratives : coquelicots, poissons, petits objets surprenants et poétiques, qui semblent garder en eux quelque chose du mouvement de la flamme.


Quand elle file, Hélène sait généralement ce qu’elle veut créer : une abeille, une fleur, une forme, une technique particulière. Mais la surprise arrive plus tard, quand ses créations sortent du four. « J’ai beau en avoir fait beaucoup, je ne sais jamais comment va ressortir la couleur. » Attention à une idée reçue, ses créations en verre paraissent fragiles, mais ce n’est qu’une impression. Pour preuve, Hélène m’en a fait la démonstration dans son atelier en jetant une perle au sol. La perle en est ressortie sans une égratignure !
Très créative, Hélène apprécie travailler en collaboration avec d’autres artisanes, notamment avec des tisserandes. L’une de ces rencontres artistiques a donné naissance à un tableau en relief mêlant verre et textile, représentant une prairie : une œuvre sensible où les matières dialoguent. Soucieuse de montrer et partager ce travail, Hélène a créé la boutique « Caprice de créatrices » à Terrasson, cogérée avec une autre artisane, qui met en avant les artisanes et artisans d’art. Elle expose aussi sur différents salons, notamment celui de Saint-Pantaléon-de-Larche, qu’elle organise. Le rendez-vous est fixé les 5, 6 et 7 juin, à la salle des fêtes. Une belle occasion de venir découvrir un travail fascinant et ses créations multicolores…
Infos pratiques
Sa Perle Y Popette, Hélène Breuzard
Tel : 06 12 77 48 98
Site web : saperleypopette.fr
Atelier : 19600 Saint-Pantaléon-de-Larche / Boutique : « Caprice de créatrices » à Terrasson

