« La Mérule », une petite maison d’édition corrézienne qui cultive avec passion une littérature organique et indépendante !

À Tulle, une maison d’édition porte le nom d’un champignon qui dévore le papier. Clin d’œil assumé ou manifeste littéraire, « La Mérule » cultive une approche où les textes sont choisis au coup de cœur et travaillés avec exigence.

Installée au 28 rue Jean-Jaurès à Tulle, « La Mérule » est une maison d’édition de fiction créée en 2021 par Cyril Perrin et Philippe Van Assche. Leur ambition : accompagner les auteurs en mettant en œuvre un véritable travail éditorial afin de faire naître des ouvrages exigeants et singuliers. Les deux éditeurs ont donc imaginé un espace dédié à des écrits qui leur parlent, en accordant une attention toute particulière aux voix issues du territoire corrézien.

Aux origines de La Mérule

La mérule désigne ce fameux champignon qui s’attaque aux maisons : elle est friande de la cellulose qu’on retrouve dans le bois, le papier et j’en passe ! Par le passé, les deux éditeurs avaient eu affaire avec ce champignon lorsqu’ils travaillaient tous les deux pour le journal d’information local « La Trousse Corrézienne » : « elle avait d’ailleurs bien entamé notre stock de revues ! ».

Alors, lorsqu’ils lancent leur maison d’édition en 2021, ils n’ont pas hésité longtemps « en plus, le nom marque les esprits ! » s’enthousiasme Philippe. Depuis, Cyril et Philippe œuvrent donc à la création de livres pour nourrir leur « Mérule », métaphorique cette fois. Le sous-titre « papier bouffant » joue lui aussi sur ce double sens, entre humour et référence au matériau même du livre.

Philippe Van Assche et Cyril Perrin, éditeurs passionnés et nourrisseurs de « mérule » © Pauline Sutter

Pour faire connaître leur jeune structure au nom atypique et découvrir de nouvelles plumes, les deux éditeurs lancent dès le départ un concours de nouvelles. Aujourd’hui ce concours désigne également une collection de recueils de nouvelles et s’intitule… « Aux chiottes la mérule » ! Un titre provocateur qui leur permet d’affirmer un ton décalé tout en assumant une exigence littéraire.

Les recueils « Aux chiottes la Mérule », un format idéal pour emmener partout où l’on a un peu de temps pour lire quelques pages ! © Pauline Sutter

Textes organiques et accompagnement aux petits oignons

À La Mérule, la sélection des manuscrits repose avant tout sur l’émotion de lecture. « On fait presque feu de tout bois, du moment que les manuscrits nous parlent », explique Philippe. La maison défend des écritures qualifiées d’organiques, viscérales et incarnées, sans s’enfermer dans un genre unique. Cyril et Philippe travaillent les textes dans leurs bureaux situés au fond de leur boutique de livre d’occasion : Le Radeau de la Mérule à Tulle. C’est là que je les retrouve penchés sur leur ordinateur, à côté d’une pile conséquente de manuscrits. « Nous ne sommes pas en manque de manuscrits. Mais plutôt de gens pour les lire ! », constate Cyril.

« Le Radeau de la Mérule », librairie d’occasion et hôte de la maison d’édition « La Mérule » © Pauline Sutter

Attachés à une lecture attentive, ils tiennent à examiner l’ensemble des textes reçus quitte à s’appuyer ponctuellement sur un comité de lecture pour éviter l’engorgement. Lorsqu’un manuscrit est retenu, commence alors un véritable travail éditorial : relectures, échanges, propositions de réécriture. « Nous accompagnons les auteurs pour magnifier leur texte, sans jamais imposer de corrections. L’auteur reste décisionnaire », précise Philippe. Une relation de confiance et une proximité qui séduisent les écrivains : « ce que les auteurs recherchent avec nous c’est vraiment l’accompagnement, nous prenons plus le temps que certaines autres maisons d’édition. », m’indique Cyril.

Une sélection de livres « made in La Mérule » © Pauline Sutter

Leur petite maison d’édition existe depuis 5 ans maintenant et, si elle ne les rémunère pas encore, Cyril et Philippe sont fiers d’avoir créé une économie locale qui permet de payer les auteurs, imprimeurs et correcteurs. « Le travail d’éditeur est prenant et nous passionne ! » s’exclame Cyril. La Mérule, c’est trois ouvrages publiés chaque année et environ 1000 ventes par an. Mais c’est aussi des lecteurs fidèles et des auteurs réguliers dont Gérard Viry (De la chair) et Christophe Vergnaud (La Mémoire des rives) font partie.

En plus des romans, « la Mérule » édite aussi des recueils de nouvelles © Pauline Sutter

Entre Corrèze et grand large : les défis de La Mérule

Vous retrouverez les ouvrages des éditions de La Mérule dans vos librairies corréziennes et aussi, plus surprenant, dans plusieurs librairies en Bretagne… Car oui la Corrèze s’exporte ! Depuis que Philippe et Cyril ont participé au festival de littérature insulaire d’Ouessant, le roman de Christophe Vergnaud, « Le vieux maître, l’enfant et le chat Boulgakov » a gagné le prix du livre Ouessant en 2025 et la Mérule a succombé au charme breton. Vous trouverez donc leurs ouvrages à la librairie « Les Métamorphoses » à Douarnenez et à « L’ivresse de lire » à Quimper par exemple.

Passionnés avant tout, Philippe et Cyril aiment ce qui fait le sel de leur métier : le lien avec les auteurs, mais aussi les rencontres avec les lecteurs et leurs retours. Pour continuer à faire vivre La Mérule, les deux éditeurs nourrissent plusieurs envies, dont celle de recevoir davantage de manuscrits écrits par des femmes. Le rêve de Philippe ? Tomber un jour sur un texte qui les « esbaudit », découvrir un véritable best-seller… et qu’il soit corrézien : « ce serait le must ».

Très présents sur les salons, vous pourrez retrouver les éditions de La Mérule aux Escales du livre à Bordeaux du 27 au 29 mars, ainsi qu’au festival « Étonnants Voyageurs » à Saint-Malo du 23 au 25 mai. Une manière, pour cette maison d’édition indépendante, de continuer à faire voyager des textes ancrés en Corrèze bien au-delà de ses frontières.

Infos pratiques

Adresse : 28 rue Jean Jaurès, 19000 Tulle

Ouverture le mardi, jeudi et vendredi, de 10h-12h30 et de 14h-18h ; le samedi de 10h à 13h

Site web : lamerule.org

Pauline Sutter
Pauline Sutter
Correspondante Actus Limousin