À Limoges, Yomi Pharma développe une nouvelle thérapie révolutionnaire contre des cancers du poumon résistants

Yomi Pharma, une jeune entreprise limougeaude, s’attaque à l’un des grands défis de la recherche médicale : traiter les cancers du poumon devenus résistants aux autres thérapies. Sortie de l’incubateur de l’Université de Limoges en 2023, elle développe un médicament innovant et porteur d’espoir pour de nombreux patients pour lesquels les traitements existants ne fonctionnent plus.

À l’origine du projet : la biologiste limougeaude Camille Granet, âgée de 31 ans, docteure en biologie et présidente-fondatrice de l’entreprise, s’est formée à l’Université de Poitiers avant de poursuivre son parcours scientifique au Royaume-Uni, à Bristol puis à Londres. Au cours de sa thèse à l’Université de Limoges, elle met en évidence le rôle d’une protéine, la sortiline, dans certaines formes agressives de cancer du poumon. Ses travaux ont notamment montré qu’un peptide dérivé de cette protéine pourrait cibler des cellules cancéreuses résistantes aux traitements actuels.

Face au potentiel de cette découverte, la jeune chercheuse décide de faire son possible pour transformer cette avancée scientifique en solution thérapeutique. Après sa thèse soutenue en 2021, elle rejoint donc l’incubateur régional AVRUL à Limoges pour structurer son projet entrepreneurial et bénéficie d’un accompagnement de Bpifrance. Deux ans plus tard naît Yomi Pharma, l’entreprise qui développe aujourd’hui une thérapie ciblée contre certaines formes résistantes du cancer du poumon.

Une mécanisme d’action inédit et prometteur

Pour mener ce projet, Camille Granet s’est entourée de trois associés avec des compétences complémentaires : Thomas Naves, Sébastien Arico et Renaud Vaillant, qui interviennent dans des rôles exécutifs et de conseil afin de structurer la stratégie scientifique, technologique et économique de la jeune biotech.

Installée à la faculté de médecine de Limoges, l’entreprise s’est rapidement organisée pour accélérer ses travaux. Trois recrutements sont venus renforcer l’équipe : un ingénieur et un étudiant en thèse CIFRE (« Conventions industrielles de formation par la recherche ») dédiés à la recherche préclinique, ainsi qu’un directeur technique afin de structurer les différentes étapes du développement du futur médicament.

Camille Granet, présidente de Yomi Pharma, Lucas Couturier, doctorant, et Sébastien Arico, directeur des opérations © DR / Yomi Pharma

La start-up concentre aujourd’hui ses efforts sur un candidat-médicament baptisé YomiPep. « Ce peptide innovant, breveté, constitue une approche dite « first-in-class », c’est-à-dire qu’elle repose sur un mécanisme d’action inédit. Il cible le récepteur EGFR, une protéine clé impliquée dans la croissance des cellules tumorales et fréquemment mutée dans certains cancers du poumon », détaille Camille Granet. « Ces mutations de l’EGFR sont particulièrement répandues : elles concernent environ 15 % des patients occidentaux atteints de cancer du poumon et jusqu’à un patient sur deux en Asie. Contrairement aux idées reçues, ces cancers touchent souvent des personnes jeunes, fréquemment des femmes, qui n’ont jamais fumé. »

Depuis une quinzaine d’années, les thérapies ciblées « anti-EGFR » ont permis des progrès significatifs en doublant la durée de survie sans progression de la maladie. « Mais dans la quasi-totalité des cas, le cancer finit par développer des résistances. De nouvelles mutations apparaissent qui permettent aux cellules tumorales de contourner les mécanismes d’action des médicaments. »

C’est précisément sur ce point que la recherche menée à Limoges pourrait apporter une avancée car, contrairement aux thérapies actuelles qui agissent seulement à la surface de la cellule, le peptide YomiPep intervient directement au cœur de la cellule tumorale, et son action vise à bloquer l’activité de l’EGFR non seulement au niveau de la membrane des cellules mais aussi au niveau de la transcription des gènes. Un mécanisme non exploité dans les traitements actuels qui pourrait permettre d’agir sur un large éventail de mutations, y compris certaines formes rares.

Une première levée de fonds et des essais cliniques en ligne de mire

Les résultats obtenus en laboratoire et sur des modèles animaux sont encourageants, mais plusieurs étapes restent à franchir avant une application clinique. « Ces 18 prochains mois, nous allons confirmer l’efficacité du médicament, sa tolérance et la possibilité de le produire à plus grande échelle », précise Camille Granet.

Les premiers tests sont concluants mais plusieurs étapes restent à franchir © DR / Yomi Pharma

Pour soutenir ce programme de recherche, Yomi Pharma a récemment franchi une étape importante en réalisant une levée de fonds de 1,18 M€ pour financer les études précliniques avant le passage aux essais cliniques chez l’homme. Dans le secteur des biotechnologies, ces phases de développement représentent des investissements particulièrement lourds. Pour la start-up limougeaude, l’objectif est donc de réunir progressivement les financements tout en établissant des partenariats avec des acteurs majeurs de l’industrie pharmaceutique.

Si les résultats scientifiques continuent de confirmer le potentiel de la molécule, les premiers essais cliniques pourrait ainsi se dessiner à partir de 2028. Pour la jeune biologiste, l’enjeu dépasse le seul cadre scientifique. « Le besoin médical est là, qui attend un traitement pérenne et efficace », souligne-t-elle.

Au-delà de son ambition thérapeutique, Yomi Pharma illustre bien la capacité à transformer la recherche académique en innovation entrepreneuriale à Limoges. Entre l’Université, son incubateur, l’AVRUL, et les structures de financement, l’écosystème favorise l’émergence de projets innovants capables de s’inscrire dans des enjeux de santé majeurs.

Pour toute information : hello@yomi-pharma.com

Yanic De Borie
Yanic De Borie
Correspondant Actus Limousin