Dans l’atelier de Serre Ancienne à Limoges, d’incroyables maisons de verre abîmées par le temps ressortent de l’ombre

Les grandes serres des jardins botaniques ou des parcs des châteaux sont des ouvrages fascinants, aussi bien sur le plan esthétique que sur le plan technique. Basée à Limoges, la société « Serre Ancienne » s’est spécialisée dans la restauration des serres endommagées et la conception de serres contemporaines. Un métier rare qui nécessite des compétences spécifiques et allie la serrurerie-métallerie aux arts vitriers. Voilà qui mériter une petite visite de l’atelier pour en découvrir les secrets. Et nous n’avons pas été déçus !

C’est un grand atelier qui ouvre peu ses portes mais réserve de belles surprises dès le seuil franchi. Erigé dans les années 60, l’immense bâtiment de 2 500 m² qui abritait autrefois une entreprise de mécanique générale est resté dans son jus, avec de belles armatures métalliques qui laissent entrevoir l’âme de ce vieil atelier. Si la vie s’y est arrêtée un temps, elle a heureusement repris en 2015 lorsque Guillaume Durost s’est installé dans ce lieu qui convient parfaitement à son activité de restauration et création de serres, ces « maisons de verre » qui servent à protéger les plantes non rustiques pendant la saison froide et que l’on trouve dans les jardins botaniques ou dans les parcs des châteaux et des belles demeures.

Erigé dans les années 60, cet immense atelier accueillait autrefois une entreprise de mécanique générale. Aujourd’hui, on y fabrique et on y restaure de magnifiques serres © Brice Milbergue

Une partie de l’atelier sert de plateau technique sur 800 m² permettant aux sept serruriers-métalliers de restaurer des ouvrages et d’en concevoir. « L’atelier est le coeur battant de notre entreprise souligne Guillaume Durost, ce vaste espace est bien équipé pour pouvoir y gérer chaque étape de la restauration et de la création de verrières et d’ouvrages métalliques avec une précision et une efficacité optimales. Ce plateau nous permet de monter les constructions à blanc.»

Concentration et précision, sur le plateau technique les serruriers s’affairent pour ajuster les différentes parties qui constitueront l’armature de la serre © Hugo Antoni
Chaque tronçon est ajusté avec précision et les constructions sont entièrement montées à blanc dans l’atelier © Brice Milbergue

Un savoir-faire rare

Serre Ancienne est l’une des rares sociétés françaises spécialisées dans ce domaine et en mesure de traiter toutes les étapes. D’ailleurs, le gérant ne mentionne qu’un concurrent à l’échelle nationale sur ce marché de niche. Un savoir-faire qui lui vaut d’être labellisé « Entreprise du Patrimoine Vivant ». Avant cette reconnaissance, Guillaume a patiemment tracé son chemin. Ce Dijonnais « pure jus », né dans une famille d’entrepreneurs du paysage, s’est formé au Centre européen de recherches et de formation aux arts verriers de Nancy et chez un maître verrier. Il a ensuite créé sa première entreprise en 1999 créant des vitraux pour particuliers et collectivités. En 2008, il arrive en Limousin et intègre L’Atelier du vitrail, où il va restaurer des vitraux durant trois ans. En 2012, suite à des rencontres lui ayant permis de découvrir des serres anciennes, il créait sa société à Saint-Priest-sous-Aixe . « Les premières datent de 1830-1840 raconte-t-il, avant on construisait des orangeries maçonnées avec baie vitrée car on ne savait pas faire de grandes portées. Dès l’Antiquité, il y avait des petites serres de cultures avec plaques de verre. »

C’est par les arts verriers que Guillaume Durost a découvert le monde des serres anciennes et décidé de créer son entreprise spécialisée dans la fabrication/restauration de ces ouvrages © Brice Milbergue

Grâce à la sidérurgie, de nouveaux métaux ont été mis au point pour fabriquer des ouvrages massifs, posés sur des armatures légères, intégrant de grandes surfaces vitrées. « Cette activité demande un savoir-faire spécifique et nécessite une interaction entre la métallerie et le travail du verre remarque-t-il, beaucoup de gens sont capables de traiter la métallerie mais après, ils ne savent pas s‘y prendre pour vitrer et cela ne s’improvise pas. »

Restaurations invisibles et créations sur-mesure

En restauration, des étapes sont incontournables avec d’abord un diagnostic de chaque ouvrage. « Nous analysons l’état de la verrière et la structure métallique puis nous définissons la méthode de restauration indique le gérant, les ouvrages sont entièrement démontés, restaurés puis remontés à blanc. Nous remplaçons juste les parties abîmées, et notre but c’est qu’on ne voit pas notre intervention. Nous demandons également aux Monuments Historiques qu’il y ait une lecture entre l’existant et ce qui a été refait. Vient ensuite la réinstallation sur chantier en coordination avec les autres corps d’état, en général les maçons et le maître d’ouvrage. »

Pour les ouvrages abimés, Serre Ancienne les démonte pièce par pièce, restaurent ou remplacent les différentes parties et remonte l’édifice dans son atelier avant de le réinstaller sur site © DR / Serre Ancienne

Lorsque l’état de l’ouvrage le permet, Serre Ancienne privilégie des interventions minimalistes. Seules les parties trop endommagées ou fortement corrodées sont refabriquées, à l’identique et en respectant les matériaux et techniques originels comme le rivetage à chaud. La vie de l’ouvrage est ainsi prolongée tout en conservant son esthétique initiale. Une restauration réussie est celle que l’on ne remarquera pas.

« Pour la création d’un ouvrage, c’est une rencontre entre un propriétaire qui a une envie ou un besoin poursuit-il, les échanges permettent de comprendre l’architecture du lieu puis on dessine ce qu’il souhaite en termes d’usage et d’esthétique architecturale. » La pose des vitrages requiert un savoir-faire très spécifique et peu de sociétés ont cette qualification. « Les défis architecturaux et la fragilité des verrières requièrent des précautions spécifiques que notre atelier maîtrise parfaitement grâce à des années d’expérience et un savoir-faire unique assure le gérant, nous posons du verre trempé qui résiste au gel. »

Pour les créations, les échanges avec les clients permettent de comprendre ses envies et ses besoins avant de réaliser une modélisation 3D puis de réaliser l’ouvrage © Brice Milbergue / Serre Ancienne

EPV un label qui rassure

Guillaume Durost prend en charge la conception, la mise en œuvre et le suivi des travaux. Les métalliers assurent la restauration des ouvrages, intervenant sur toute la France et dans les pays limitrophes encadrés par Thierry Clercq, le chef d’atelier. Originaire du Nord, ce serrurier-métallier a été embauché suite à une petite annonce et s’est très vite passionné pour la restauration des serres. « Nous allons sur site, nous démontons les éléments qu’on numérote pour la traçabilité et faisons un relevé de cotes sur chantier avec photos. Ensuite, on restaure les éléments, on remplace ceux corrodés, on remonte à blanc, on démonte, on peint, on remonte sur site et on pose le vitrage. J’ai appris sur le tas à poser du vitrage, le plus difficile est de faire le joint mastic pour avoir la régularité. Dans ce métier, il faut être patient, minutieux et posé .» Il apprécie la variété des ouvrages sur lesquels il intervient. « Chacun est différent et on se rend compte de la façon dont les anciens réalisaient de tels ouvrages comme le dôme de la serre du château de Savoye maintenu par une ceinture. Certains savoir-faire disparaissent. »

Thierry Clercq, chef d’atelier de Serre Ancienne, s’est passionné pour ces ouvrages d’exception qui allie le métal et le verre. « Dans ce métier, il faut être patient, minutieux et posé » © Brice Milbergue

Serre Ancienne a décroché le label Entreprises du Patrimoine Vivant en mai 2025. Un audit a été réalisé pour vérifier si l’entreprise répondait aux critères aussi bien sur la diversité des travaux que sur les techniques mises en œuvre. « On m’a incité à faire la demande argumente le gérant, un auditeur est venu une journée et a posé beaucoup de questions. Un collège de personnalités nommées s’est ensuite réuni pour examiner son compte rendu, vérifier que nous avions les compétences et juger la rareté de l’activité. Ces critères ont été validés. » Ce label est un sésame car beaucoup de gens qui s’intéressent au patrimoine le connaissent. « C’est un gage de confiance pour nos clients constate-t-il, nous sommes satisfaits d’autant plus qu’il y a peu d’entreprises jeunes comme la nôtre qui obtiennent le label EPV. Et lorsqu’on s’adresse à des prospects, l’impact est direct.»

Pour certains travaux de grande précision, les serruriers de Serre Ancienne utilisent aussi la soudure au laser qui permet de réaliser des soudures presque invisibles © Brice Milbergue

Serres et verrières de châteaux, De Gaulle ou Joséphine Baker, et un kiosque revisité façon origami !

Parmi les chantiers de référence qui ont permis à Serre Ancienne de décrocher le label EPV, on peut citer la grande serre du Château de Savoye (en couverture), inscrite à l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques, qui mesure 27,2 m de long, 7,4 m de large et 12 m de haut. Réalisé entre 1875 et 1880, cet ouvrage est un exemple remarquable avec son architecture en fer forgé et verre. Elle est représentative des serres de parcs conçues dans ces années-là. « Son dôme est imposant et construit sans éléments structurels, la lanterne sert de clé de voûte et maintient le dôme en tension signale-t-il. Elle a été déménagée plusieurs fois, nous l’avons entièrement démontée, restaurée et remontée en 2024 et peinte, les colonnes en fonte structurelles ont été refaites par un fondeur ainsi que les ornements.» Le chantier a duré deux ans et demi financé par le Loto du Patrimoine.

Autre chantier d’envergure, la reconstitution de la verrière de l’orangerie du château de Glaignes (Oise) qui datait du XIXe. « L’orangerie avait disparu, nous l’avons totalement reconstruite au plus près de l’original d’après une carte postale et l’ancienne ceinture de la verrière » nous confie-t-il.

La verrière de l’orangerie du château de Glaignes a été entièrement reconstituée d’après l’ancienne ceinture et une carte postale © Serre Ancienne

A Lille, c’est le jardin d’hiver de la maison natale du Général de Gaulle qui avait disparu et qui a pu être reconstruit. Dans l’ancienne propriété de Joséphine Baker au Vésinet (Yvelines), une serre Guillot Pelletier a été restaurée et une croisée d’ogive créée. Au couvent de Neuilly-sur Seine, ce sont les marquises qui ont été restaurées en totalité et le vitrage remplacé, soit pas moins de 450 m² ! « Pour assurer la durabilité et l’esthétique, nous avons appliqué une peinture thermolaquée résistante aux intempéries » précise-t-il.

La serre de Joséphine Baker, avec sa croisée d’ogives, ou le jardin d’hiver de De Gaulle, ornée de carreaux peints, témoignent bien du savoir-faire exceptionnel de l’entreprise © DR / Serre Ancienne

En création, Serre Ancienne a signé le kiosque en origami implanté dans le parc du restaurant de La Chapelle-Saint-Martin à Nieul. Long de 18 m et large de 11 m, il a été construit sur l’ancien court de tennis. « Il s’agit d’une réinterprétation des kiosques publics précise Guillaume Durost, je l’ai dessiné en respectant l’histoire du lieu. Sa forme est ovoïde et sa toiture en acier plié comme un origami peinte en blanc. Au centre, une verrière laisse passer la lumière zénithale. » Ces chantiers prestigieux permettent à ces spécialistes de faire rayonner leur savoir-faire bien au-delà des frontières du Limousin… en toute discrétion.

Ce kiosque revisité avec sa toiture pliée « façon origami » est implanté dans le parc de l’hôtel-restaurant La Chapelle-Saint-Martin à Nieul (87) et illustre les possibilités de création contemporaine. © Serre Ancienne

Pour plus d’informations sur l’entreprise « Serre Ancienne », rendez-vous sur le site serre-ancienne.fr. Vous pouvez aussi suivre les réalisations à venir sur Facebook et Instagram

Corinne Mérigaud
Corinne Mérigaud
Journaliste Actus Limousin

Plus d'articles