Une plantation de thé à… Saint-Chamant (19) : dans les pas de Paul Velner, Laurent mise sur le thé « made in Corrèze » !

Fraîchement arrivé de La Rochelle, Laurent Sédilleau a choisi de changer de vie et de reprendre une exploitation de théiers en Corrèze. Et ce grand amateur de thé se lance avec une idée en tête : produire un thé local, 100 % corrézien ! Vous ne rêvez pas, il est tout à fait possible de produire la boisson préférée des anglais en terre corrézienne !

À Saint-Chamant, Laurent entend bien faire connaître cette filière encore confidentielle : la culture du thé en France. Lancée en 2018 par Paul Velner, ancien professeur d’horticulture néerlandais, l’exploitation « Thé 19 » s’étend aujourd’hui à flanc de coteau avec ses rangées de théiers bien alignées qui attendent patiemment la cueillette. Mais comment passe-t-on de ce petit arbuste à une tasse de thé « made in Corrèze » ? Et surtout, est-ce vraiment possible de cultiver du thé en France ?

Sur les coteaux de Saint-Chamant, Paul Velner a commencé à planter des théiers en 2018 © Thé 19

Producteur de thé en Corrèze, un savoir-faire qui se transmet

Tout commence par un coup de cœur pour une maison, dans un village aux abords de Saint-Chamant… avec, en bonus, une plantation de théiers ! Difficile de résister pour cet ancien DRH dans les collectivités locales qui a toujours troqué la traditionnelle pause-café contre une pause-thé : « Je n’ai d’ailleurs jamais aimé le café », confie Laurent Sédilleau. Il se décide alors à suivre sa passion et opère un virage à 180 °C : le voilà désormais producteur de thé !

Laurent Sédilleau a troqué les embruns rochelais contre la verte Corrèze et… une plantation de thé ! © Pauline Sutter

Avec la maison, il reprend donc l’exploitation lancée par Paul Velner. Sur ce terrain en pente, c’est environ 2 000 théiers, plantés dès 2018, qui prospèrent aujourd’hui. À 75 « printemps », Paul lui transmet désormais son savoir-faire rare : « C’est 10 000 informations par jour, c’est passionnant », sourit Laurent, encore en phase d’apprentissage. Car ici, tout s’est construit au fil des années : essais, ajustements, rencontres… et même quelques coups de main venus de woofers de passage. Autant dire qu’il y a beaucoup à assimiler. Du thé et des mélanges créés au fil des années : tant de temps à rattraper !

Installé en Corrèze depuis 2005, Paul Velner s’est lancé dans la production de thé à partir de 2018 © Thé 19

Du camélia au thé : une culture et un savoir-faire précis !

Contrairement à ce que nous pourrions penser, le théier n’est pas qu’une plante exotique cultivée dans des contrées lointaines. Figurez-vous que le théier est en réalité un camélia (Camellia sinensis), qui est donc un cousin de nos camélias d’ornement (Camellia japonica). Vous pourrez désormais dire « je bois du camélia » lorsque vous prendrez une tasse de thé, si l’occasion vous titille de surprendre vos amis. Et bonne nouvelle pour les amateurs de thé car le camélia se plaît en Corrèze : sols acides, hivers relativement modérés et une certaine humidité (ambiance mousson). « Ici, c’est humide le matin et nous avons en plus des sources sur le terrain » explique Laurent : les conditions sont donc réunies pour cultiver du thé.

La récolte du thé s’effectue autour de trois campagnes de cueillette, d’avril à juillet avec trois récoltes consécutives sur chaque arbuste au long de cette période. À chaque passage, les jeunes feuilles sont récoltées à la main : une cueillette minutieuse où seules les très jeunes feuilles sont prélevées.

A trois reprises entre avril et juillet, les jeunes feuilles des théiers sont récoltées à la main © Pauline Sutter

Par la suite, le théier va fleurir en septembre avant de donner de grosses graines rondes qui seront replantées pour produire de nouveaux plants.

Les graines récoltées après la floraison permettent de produire de nouveaux plants © Pauline Sutter

Et après la cueillette ? On passe aux choses sérieuses et on fait du thé vert ! Les feuilles sont flétries, chauffées à haute température (environ 270 °C pendant quelques minutes) afin de stopper l’oxydation, roulées puis séchées. La fabrication de thé noir nécessiterait une étape supplémentaire, la macération, pour laquelle l’exploitation n’est pas encore équipée.

Chauffé à 270°c pendant quelques minutes, les feuilles de thé flétries seront ensuite roulées et séchées © Pauline Sutter

Une culture prometteuse… et quelques défis à relever

Au fil du temps, l’exploitation s’est aussi enrichie de mélanges. Avec l’aide d’une sommelière, Paul Velner a développé des associations originales à base de plantes cultivées sur place : menthe, bergamote… mais aussi des trouvailles plus inattendues comme le « bulukutu » (Lippia multiflora), une plante de la famille des verveines, découverte au gré des rencontres. Certains théiers sont même cultivés avec du marc de raisin au pied ; de quoi influencer subtilement les arômes et donner une signature bien particulière aux productions locales.

Si le climat sud-corrézien est propice à la culture du théier, tout n’est pas si simple. Le rat taupier, par exemple, adore les racines des théiers… au point de faire dépérir les plants. Les sangliers, eux, n’hésitent pas à retourner les parcelles. Pour limiter les dégâts, Laurent teste des solutions naturelles, comme la plantation de ricin ou d’euphorbes.

La culture sous serre permet d’avoir des récoltes plus précoces et d’éviter certains « désagréments » © Pauline Sutter

Au-delà de la culture, un autre défi de taille attend le nouveau propriétaire : celui de se faire connaître. Jusqu’ici, le thé était surtout vendu en ligne. Laurent souhaite désormais aller à la rencontre du public, sur les marchés et directement sur place, en ouvrant l’exploitation aux visiteurs. Son ambition est claire : ancrer ce projet dans le territoire et pouvoir participer au développement d’une filière française du thé encore discrète, mais en plein essor, avec quelques initiatives en Bretagne et au Pays basque.

Laurent Sédilleau compte bien faire découvrir sa production aux amateurs de thé du territoire © Pauline Sutter

Encore récente, cette reprise marque le début d’une nouvelle étape pour l’unique plantation de thé de Corrèze. Entre transmission, expérimentations et enracinement local, « Thé 19 » poursuit son chemin. Et derrière chaque tasse, une chose est sûre : c’est avant tout le goût de la passion qui aura infusé !

Infos pratiques

Site web : the19.fr

Contact : 0763470493 / laurent.sedilleau@yahoo.fr

Pauline Sutter
Pauline Sutter
Correspondante Actus Limousin