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mercredi 28 janvier 2026

De la porcelaine au grand écran : l’épopée de Patrick Sobral et des “Légendaires”

Après 8 longues années de préparation, le premier film d’animation adapté de la série de Patrick Sobral « Les Légendaires » sort en 28 janvier dans les salles obscures de l’Hexagone. Une consécration pour l’auteur limougeaud qui a réussi à transformer sa passion pour la BD en métier, et à vendre des millions d’albums, après avoir pourtant commencé comme dessinateur sur porcelaine…

« Les Légendaires je n’y croyais absolument pas »

Patrick Sobral n’aurait jamais imaginé un tel succès même si le dessin a toujours fait partie de sa vie. « Au CP, mon instituteur nous entendait parler de Goldorak » se souvient l’auteur de 53 ans, « il l’avait dessiné au tableau et, toute la matinée, on l’a redessiné. J’ai toujours fait de la BD, j’avais 5 ans pour ma première, les personnages étaient en bâtonnets. Depuis, je n’ai jamais cessé de dessiner, raconter des histoires, reprendre des personnages pour imaginer de nouvelles aventures, j’ai développé mon trait comme ça. »

Avant de vivre de sa passion, Patrick Sobral était décorateur sur porcelaine dans l’entreprise Artoria. « Le dessin, c’était la seule matière où j’étais bon, mes parents m’ont orienté vers un métier touchant au dessin » raconte le limougeaud « la décoration sur la porcelaine était un choix logique. » En parallèle, il créé des BD pour son plaisir et participe au concours des éditions Tonkam, pionnier de l’édition manga en France. « Il fallait faire une BD en noir et blanc sur le thème des anges et j’ai été parmi les onze auteurs publiés sur 700 participants. L’idée a alors germé car une maison d‘édition reconnaissait mon travail pour la première fois. » Il envoie alors ses BD à des éditeurs mais ignore tout de ce milieu. Ses BD d’horreur essuient des refus. « Ce n’était pas assez vendeur pour un jeune auteur inconnu ».

Patrick Sobral, auteur de la série « Les Légendaires » © DR

Le déclic viendra en 2002 suite à un plan de licenciements. Il change de style, opte pour la BD jeunesse et imagine Les Légendaires. « Je n’y croyais absolument pas car ce n’était pas mon truc, je n’étais pas à l‘aise. J’ai tenté le coup sans réfléchir en profondeur à cet univers. J’ai fait dix pages, la maison Delcourt a flashé et m’a contacté une semaine après pour signer le contrat. J’ai passé l’entretien d’embauche le plus raté de ma vie ! » Comme il n’avait pas prévu de suite, il lui faudra quatre à cinq albums pour s’impliquer à fond. Le succès va dépasser ses attentes, Les Légendaires arrivent en tête des ventes en France.

« La pierre de Jovénia », le tout premier tome de Patrick Sobral © DR

« Le succès a été progressif mais à partir du tome 10, j’ai senti la différence, on peut parler d’un phénomène BD. Les tirages étaient entre 100 000 et 150 000 exemplaires. Le graphisme manga était très tendance auprès des gamins, c’était dynamique, il y avait de l’action, il n’y avait pas grand chose de similaire en BD à l’époque. On était 4 à 5 auteurs avec ce mélange de BD et d’influences mangas. Il y avait un marché pour les 10-12 ans et c’est ce que l’éditeur a vu. Il cherchait des auteurs pour monter une collection mangas pour apporter un nouveau souffle dans la BD jeunesse d’aventure. Je suis arrivé au bon moment alors que deux ans plus tôt, ils ne cherchaient pas ça, il y a eu un alignement planétaire. »

« 7 h / jour dans mon bureau et 5 jours par semaine, comme un ouvrier »

Entre 2004 et 2020, Patrick Sobral réalisera 23 tomes des aventures de ses Légendaires. Et il existe aussi 8 séries dérivées, sur lesquels une quinzaine d’artistes ont collaboré (Guillaume Lapeyre, Crisse,  Jenny, Nadou, Jessica Young…) ce qui porte l’ensemble à une cinquantaine de livres. Le succès est resté franco-français excepté une parution en néerlandais.

Aujourd’hui, Patrick Sobral est scénariste, il fait les story-board et créé les personnages que des dessinateurs mettent en action dans les BD. « Je travaille sur plusieurs séries » précise-t-il « cela représente 3 ou 4 albums par an. Avant, il me fallait 6 à 8 mois pour un album complet soit deux par an, en travaillant 7 h / jour dans mon bureau et cinq jours par semaine, comme un ouvrier. Quand j’ai quitté mon travail chez Artoria après 12 ans, j’ai essayé de garder le même rythme. Trois week-ends par mois, j’allais en festival, je n’ai pas pris une semaine de vacances les six premières années car je voulais me mettre à fond sur la série et la faire connaître. »

8 années de travail, un objectif de 1 million d’entrée

Nous étions parmi les fans qui ont découvert en avant-première, à Limoges au début du mois de janvier, l’adaptation en film d’animation des aventures de Danaël et de ses amis qui ont fait le succès de la BD ; le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on en a pris plein les yeux ! Patrick Sobral avait alors présenté le film produit réalisé par Guillaume Ivernel et élaboré par plusieurs studios d’Angoulême. « C’est 8 ans de travail, c’est très long pour un film d’animation » lance-t-il, « le film est très librement adapté de mes BD, c’est une autre vision du monde des Légendaires, inspiré des mangas et des BD de ma jeunesse, Dragon Ball et Les Chevaliers du Zodiaque. Le film n’a pas pas ce côté manga car on le destine à un public international. Visuellement, il est plus proche du graphisme de Dragons de DreamWorks. »

Les lecteurs retrouveront leurs héros, l’esprit et un mélange d’humour, de drame et d’action auquel l’auteur tenait beaucoup. Au niveau graphisme, le film tient la comparaison avec les grosses productions américaines de Pixar et DreamWorks malgré un budget nettement plus serré de 14 M€. « On est très bon en France dans l’animation » remarque-t-il, « nous avons parmi les meilleurs du monde […] des gens qui on travaillé sur Starwars, Marvel… Le réalisateur a eu l’idée de génie de ne pas utiliser les outils traditionnels 3D pour faire des films d’animation mais ceux du monde vidéo avec le moteur 3D Unreal 5. Cela a permis de faire visuellement des choses assez folles malgré un budget limité. On n’avait pas 100 millions. Le film peut rivaliser avec pas mal de productions américaines. » La musique est signée Cécile Corbel, la bande originale sortira le 21 janvier en vinyle, CD et en version numérique.

Le film débute avec les personnages du tome 1 « La Pierre de Jovénia » mais très rapidement, les spectateurs sont plongés dans un scénario inédit. « Il ne faut pas décevoir les fans et on veut voir si d’autres gens peuvent adhérer » signale-t-il. Rassurez-vous, même sans avoir lu une seule page des Légendaires, on se laisse facilement entraîner. C’est visuellement très beau, le rythme est haletant, les scènes de combats s’enchaînent et les temps morts sont peu nombreux. Cette épopée épique très manichéenne est menée tambour battant jusqu’au bout et la scène finale laisse entrevoir une suite.

L’objectif pour ce première opus est de passer la barre symbolique du million d’entrées. Les avant-premières qui ont eu lieu dans plusieurs villes ont rassurer Patrick Sobral sur l’accueil qui sera normalement réservé à ce premier film adapté de son oeuvre. « C’est déjà un gros succès, je suis très content » se réjouit-il, « beaucoup de salles étaient combles et on a eu de bons retours. On est en train d’écrire le scénario du 2 mais on ne le fera que si le premier est un succès » annonce Patrick Sobral.

Corinne Mérigaud
Corinne Mérigaud
Journaliste Actus Limousin

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