La vingtième édition de la course hors norme de canoë-kayak et paddle « Dordogne Intégrale » a eu lieu ce week-end au départ d’Argentat et avec un niveau d’eau (déjà) extrêmement faible pour la saison. Récit d’une aventure humaine et sportive de 130 kilomètres à la rame… en une journée !
Il est 6 h 30, ce samedi 9 mai au matin, sur les quais encore sombres et endormis d’Argentat-sur-Dordogne en Corrèze. Endormis, les 250 participants, déjà à bord de leurs embarcations ne le sont pas… Ils sont prêts à affronter les 130 kilomètres qui les séparent de l’arrivée, à Castelnaud-la-Chapelle. Chez Actus Limousin, on connaît bien cette section de la Dordogne pour l’avoir descendu (en cinq jours) l’été dernier.

Voilà 20 ans que chaque année, des pagayeurs venus du monde entier s’affrontent sur les eaux de la Dordogne entre Corrèze, Lot et Dordogne. Mais cette édition est particulière selon Pieter Paauw, du club d’Argentat Dordogne Canoë-Kayak, organisateur de l’événement (avec celui de Castelnaud-la-Chapelle pour l’arrivée) : « 30m³/seconde, c’est un niveau d’eau très faible pour la saison. L’équipe organisatrice avait fait le choix de ne pas demander de lâcher d’eau ou de débit minimum. On est dans une vallée classée au patrimoine mondial de l’UNESCO et ce serait incohérent de demander une modification du débit de la rivière en pleine période de reproduction des salmonidés. On considère que la rivière se navigue très bien même avec un niveau d’été, mais on doit reconnaître que l’on ne s’attendait pas à ça. »
Les données hydrologiques officielles montrent que le débit moyen mensuel naturel à cette période est généralement d’environ 91 à 93 m³/s. Avec un débit trois fois moins important, les conditions ont beaucoup inquiété certains participants, notamment les novices en rivière. « Il a fallu les rassurer, leur montrer que c’était parfaitement praticable et procéder à quelques ajustements sur le parcours, notamment au niveau des digues », reprend l’organisateur. Les barrières horaires imposées sur les courses ont été revues à la hausse.
Les 250 participants se sont donc élancés sur les eaux très calmes de la Dordogne. Cette année, 12 nations d’Europe et même bien plus éloignées (Australie, Canada, USA…) étaient représentés. Parmi les embarcations les plus marquantes, on observait depuis les quais pas moins de cinq pirogues « Va’a » V6 (c’est-à-dire composées de 6 rameurs, ndlr) de 12 mètres de long.

Moins de neuf heures pour le plus rapide !
Au terme de près de neuf heures de « bataille navale », pagaies en main, c’est Basile Naillon qui a remporté cette édition en 8h53 face au château de Castelnaud-la-Chapelle. « Sur les autres éditions, on est plutôt autour des 8 heures de courses », constate Pieter Paauw. En deuxième place toujours en kayak, un habitué de l’épreuve, le Belge Bernard Moyersen et à la troisième place, un spécialiste des longues distances, le Suisse Peter Luhti. Du côté des kayakistes féminines, c’est Capucine Martin, suivie des deux sœurs Lucille et Justine Moreau qui s’imposent.

En stand-up paddle, Julien Lenaour aura mis pas moins de 11h10, debout sur sa planche, pour descendre la Dordogne devant Nicolas Beranger et Jordy Wichgers (Pays-Bas). Enfin chez les femmes, c’est un podium international avec Ella Oesterholt (Pays-Bas) 1ère, Tanja Ecker (Belgique) 2ème et Anat Dines (Israel) 3ème. La pirogue masculine des Sables-d’Olonne l’a emporté dans sa catégorie.
Pas de podium pour les « régionaux de l’étape », Manu Cazaubon et François Boucher (qui n’a pas loupé une seule édition) du club d’Argentat ainsi que Julien Lafeuille du Haute-Corrèze Kayak Club, mais une belle expérience : « Les paysages étaient magnifiques mais la course était dure », a-t-il confié en ayant encore mal sur certaines parties du corps quelques jours après.
La veille, le vendredi 8 mai, l’Argentat Dordogne Canoë-Kayak a également organisé le semi-marathon de 21 km entre Argentat et Brivezac, une première. « On peut dire que c’est une sorte de prologue sur la portion la plus mouvementée du parcours. On a eu 80 participants, certains qui enchaînaient la Dordogne Intégrale le lendemain, certains qui sont venus supporter les concurrents de la grande course mais qui profitent du semi-marathon pour pagayer eux aussi. Cette petite mise en jambe a permis de prouver à tous les sceptiques que la rivière se naviguait très bien ! », sourit Pieter Paauw.

Basile Naillon s’impose là encore, Linda Tetsmaan et Anette Baum (Estonie) en K2 dames et Morgan Benard chez les stand-up paddle hommes, Bea Canudas chez les stand-up paddle femmes (Espagne). À noter la participation de l’Association La Belle Echappée en canoë neuf places avec un équipage composé de personnes handicapées et de bénévoles.
L’an prochain, la trentaine de bénévoles et les organisateurs donnent déjà rendez-vous aux sportifs du monde entier pour la « DI 350 », la descente totale de la Dordogne, soit 350 km avec une arrivée dans l’Estuaire de la Gironde. Une seule édition a eu lieu, c’était en 2019. En 2027, ce sera les 6, 7, 8 et 9 mai.
L’ensemble des résultats de cette édition 2026 est à retrouver ici.

