« Le papier prend vie », la nouvelle exposition à voir au Moulin à Got, vous entraînera à la découverte de personnages tout droit sortis de l’imagination de dix artistes. Qu’ils soient trapézistes, danseuses, nomades ou esprits de la forêt, ces corps de papier nous invitent au voyage, à la contemplation voire au questionnement. A découvrir jusqu’au 19 décembre à Saint-Léonard de Noblat.
Les dix artistes retenus pour participer à l‘exposition annuelle organisée par le Moulin du Got ont tous un univers bien à eux mais aussi des points communs : la patience, la dextérité et une imagination débordante ! Chacun.e a développé sa propre technique pour mettre en scène des personnages à la fois poétiques et remplis d’émotion qui nous interpellent dans une scénographie très réussie.
« C’est une galerie de personnages hétéroclites qui prennent vie en papier avec des circassiens, des nomades et des danseurs précise Marie-Claire Cluzel, la directrice du Moulin du Got, il y a de l’humour mais certains font aussi réfléchir avec des actes militants comme l’oeuvre dédiée aux violences faites aux femmes. L’exposition est donc consacrée au corps, un thème important dans l’histoire de l‘art. On redécouvre la matière papier qui est bluffante car on en oublie que c’est du papier grâce à la finesse des créations présentées. »
Du carton recyclé et ciselé
De ces papiers et emballages en carton découpés, pliés, collés, peints, froissés et modelés naissent une multitudes de personnages attendrissants, cocasses, poétiques et parfois intrigants. Sculptrice de carton demeurant en Normandie, Marie-Laure Thieffry a réalisé trois bustes de femmes en dentelles d’une finesse et d‘un réalisme saisissants. « Je récupère des cartons chez Carglass, je les découpe en lamelles que je froisse puis je les colle et je les moule explique-t-elle, les gens voient le côté plat du carton alors que je travaille la transparence. »

Elle a mis au point sa technique en 2009 et travaille avec cette matière depuis vingt-et un an. « J’aime le triturer dans tous les sens et au final, mes sculptures sont très douces et sensuelles » ajoute-telle. Découpé, ciselé avec une précision chirurgicale, le carton se métamorphose en structures aériennes où le poids de la matière s’efface. L’artiste a découvert cette utilisation détournée du carton au Centre Beaubourg lors d’une exposition consacrée à Franck Gehry qui présentait un fauteuil en carton brut. Une révélation qui n’a eu de cesse de l’inspirer.
Thierry Garance est quant à lui un « explorateur de formes » qui cherche à éveiller le regard et à susciter de l‘émotion. Avec « Honey Sculpt », une technique développée depuis plusieurs années, il a ouvert un nouveau chapitre en maîtrisant à merveille le Drop Paper, structure alvéolaire souple inspirée du nid d’abeille qui semblait impossible à sculpter car bien trop molle. Le challenge est réussi avec ces sculptures qui se plient et déplient tel un accordéon ou un livre. Avec lui, la sculpture respire, bouge comme si elle était vivante le tout avec une touche d’humour qui fait sa signature.

Du papier mouillé et de vraies feuilles d’arbres
De son côté, l’auvergnate Marion Lamy se définit comme tisserande, peintre, costumeuse et charmeuse de papier. Elle se nourrit de techniques artisanales et de pratiques de méditation ancestrales. Pour l’exposition, elle a créé quinze personnages avec comme idée de « traduire la vie et le mouvement. » L’artiste travaille depuis trente ans en modelant toutes sortes de papiers, papyrus, papier du Népal, papier calque ou encore de vraies feuilles.

« Je me suis inspirée des esprits de la forêt, de l’Asie, de l’Afrique et aussi de la danse indique-t-elle, comme je travaille avec du papier mouillé, il faut faire très vite avec le bon dosage d’eau pour que ce ne soit ni trop, ni pas assez mouillé. En réalité, je fais surtout ce que le papier veut bien me laisser faire. » Elle part dans les bois pour cueillir des feuilles vertes de châtaignier et de chêne ainsi que des fougères qu’elle traite afin de les conserver. « Je les cuis à la cendre pour qu’elles ne soient plus friables, je les décolore ou pas et ce qui subsiste à la fin ce sera la structure de la feuille. » Le résultat : des feuilles d’une texture extrêmement légère qui vont habiller ces personnages d’une grande finesse.
Enfin, l’artiste belge Nicole Stenuit aime transformer le papier journal pour donner vie à des œuvres qui accrochent l’oeil mais aussi l’esprit, à l’instar de « A tire d’aile, l’ivresse des mots délivrés » où elle dénonce les violences faites aux femmes. L’artiste a inséré des bouts de phrases extraites d’articles publiés dans la rubrique « faits divers ».

Autour d’armatures faites de fil de fer ou de bois, elle a modelé avec patience des languettes de papier journal qu’elle a ensuite poncées et patiemment superposées. Ces créations, telles des gardiennes de la mémoire, interrogent et renvoient les spectateurs à sleur rapport au féminin. D’autres créatures émergent de la forêt et de cette écorce qui les protège encore quelque temps de leur innocence…
Participent aussi à cette exposition : Nathalie Boutté, Papier à êtres, Lola Greenwich et trois artistes du Limousin Lydia Roche Truffreau, Ophélie Pauchet et Agnès Noël.


Infos pratiques
Exposition à découvrir jusqu’au 19 décembre :
- hors saison estivale : du mardi au samedi de 10 h à 12h et de 14h à 17h30 sauf le 1er mai
- du 7 juillet et au 23 août ouvert du mardi au vendredi de 10h à 12h et tous les jours de 14h à 17h30 sauf le 14 juillet
La liste des animations et stages est à retrouver en ligne sur le site moulindugot.com
Tél. 05 55 57 18 74 / contact@moulindugot.fr

