1001 façons de découvrir Brive autrement : quand les guides brivistes nous dévoilent les secrets de la cité gaillarde !

L’office de tourisme de Brive a concocté une série de visites originales pour dévoiler les secrets de la transformation en quelques siècles, d’une petite cité médiévale en une ville toujours en mouvement, avec un centre-ville qui charme ses visiteurs. Nous avons participé à deux de ces visites et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on s’est couché moins bête ! 😉

Le « phare » de Messieurs… Limousin & Corrèze !

A Brive, l’office de tourisme est situé au pied du « phare ». Un phare à Brive ? Il s’agissait à l’origine d’un château d’eau, conçu en 1834 par l’architecte M. Limousin, aidé de M. Corrèze (ça ne s’invente pas!), en forme de phare… terrestre ! Un bâtiment novateur qui permettait d’alimenter en eau la ville et de l’assainir. S’il n’a été utilisé que 30 ans, il est toujours là, selon le rêve de son créateur, et tient le rôle symbolique de phare éclairant la ville.

Un phare ? Oui oui, un phare ! Enfin, un ancien château d’eau en forme de phare… © ERIC – stock.adobe.com

Ce phare, et le petit square tout proche, incarnent aussi le surnom que Brive a longtemps revendiqué avec fierté : « le riant portail du Midi », comme une porte d’entrée vers le Sud, que les voyageurs venus du Nord atteignaient après de longues heures de route ou de rail. Au sommet, une vue à 360 degrés embrasse les toits de la ville, le marché que Georges Brassens a rendu célèbre dans sa chanson, et le parc qui borde la Corrèze.

Brive à l’aube du Vingtième siècle

De l’Antiquité à l’arrivée du chemin de fer

Le nom dit tout. Brive vient du celte briva : le pont. La ville est née d’une traversée, celle de la Corrèze, et elle n’a jamais cessé depuis de jouer ce rôle de carrefour. Les actuelles A20 et A89 reprennent des axes routiers qui existaient déjà sous l’Antiquité : la première assurait la liaison nord-sud, la seconde permettait d’atteindre les îles britanniques en passant par les gisements d’étain, matériau stratégique pour la fabrication des alliages de l’époque. Brive se trouve exactement à leur croisement, dans une vallée assez vaste pour accueillir, bien plus tard, un réseau ferroviaire qui rayonnera vers tout le Sud-ouest.

Pendant longtemps, cet avantage géographique reste théorique. À la veille de 1860, la ville compte quelque 9200 habitants, soit légèrement moins que Tulle, qui en dénombre 9800. La cité se tient toujours dans ses vieilles fortifications médiévales. Le quartier qui s’étend entre la gare et le centre historique n’existe pas encore. On y trouve quelques fermes, quelques maisons bourgeoises isolées, et beaucoup de verdure. L’arrivée du train est le véritable acte de naissance de la Brive moderne. Entre 1860 et 1880, la population double et passe de 9200 à plus de 18000 habitants.

L’arrivée du train en 1860 a donnée naissance à la « Brive moderne » qui a doublé sa population en 20 ans ! © Archives départementales de la Corrèze

Ce bouleversement démographique s’accompagne d’une transformation radicale du tissu urbain. On perce de grandes artères rectilignes, en s’inspirant de ce que Haussmann réalise à Paris, mais avec des moyens de province, et une motivation davantage hygiéniste que politique : l’air, la lumière, l’assainissement sont les maîtres mots de l’époque. Le ruisseau du Verdanson, qui traversait la ville en servant d’égout à ciel ouvert, et dont le nom populaire (remplacez le V par un M !) trahissait la fonction première, est recouvert et des quartiers entiers sont rasés pour laisser place à de nouveaux espaces.

La rue de l’Hôtel-de-Ville est la seule voie pour laquelle la municipalité impose une règle architecturale précise, et exige au minimum deux étages pour chaque bâtiment. Résultat : un ensemble très harmonieux qui fait de cette rue l’une des plus belles de la ville, et la plus emblématique de la grande époque de Brive.

Avec ses belles bâtisses et ses enseignes historiques, la rue de l’Hôtel de ville à Brive est l’une des plus belles de la ville © Juliette Jouve

Si l’on remonte la rue de l’Hôtel-de-Ville avec un œil attentif aux façades, on peut encore y lire les ambitions d’antan. Deux enseignes s’y faisaient jadis face, de part et d’autre de la chaussée : les Nouvelles Galeries d’un côté, le Printemps de l’autre. Les initiales « N » et « G » sont encore visibles sur l’une des façades, discrètement gravées sous la coupole.

C’est à cette époque que Brive prit définitivement le dessus sur Tulle, attirant les banques, les institutions et les commerces sur cet axe central qui relie la gare au cœur médiéval. La Caisse d’épargne s’installe ici dès 1880, et au début du XXe siècle, elle compte 12000 livrets pour 20000 habitants, soit plus d’un livret pour deux Brivistes. La Banque de France y ouvre aussi une succursale, qui devient bientôt une agence à part entière, signe de la prospérité économique du bassin.

Le vignoble perdu et l’essor des conserveries

Avant que le train ne change tout, la richesse du territoire corrézien reposait en grande partie sur la vigne. On comptait jusqu’à 17000 hectares de vignobles dans la région, une superficie comparable à l’ensemble du vignoble alsacien actuel ! Le phylloxéra, ce puceron dévastateur arrivé dans la seconde moitié du XIXe siècle, anéantit tout. Les agriculteurs se reconvertissent alors dans les primeurs et les fruits, exploitant l’avantage climatique de la région : quelques semaines, voire quelques mois d’avance sur le nord de l’Europe. Ce que font aujourd’hui les pays du Sud en produisant en contre-saison, Brive le faisait déjà à la Belle Époque !

Fruits et légumes divers sont expédiés frais jusqu’à Londres et Amsterdam, ou transformés sur place dans une trentaine de conserveries qui s’implantent autour de 1900. Plus de mille tonnes de légumes sont exportées chaque année depuis la seule gare de Brive. C’est dans ce contexte que naissent les usines qui deviendront Andros et Blédina, héritières directes de cette industrie agroalimentaire pionnière.

La reconversion des viticulteurs corréziens vers les fruits et légumes a favorisé l’essor des conserveries brivistes. Ici, la conserverie JF Richard au début du XXe © Archives départementales de la Corrèze

Les mosaïques cachées de la Poste

En levant les yeux, on peut apercevoir l’un des secrets les mieux gardés de la ville : les mosaïques qui ornent la façade du bâtiment de La Poste, dissimulées sous la corniche, presque invisibles depuis le trottoir. Elles sont là pourtant, colorées et soigneusement composées, avec ce petit air balnéaire qui surprend en plein centre d’une ville corrézienne.

Sous la corniche de l’hôtel de la Poste se cachent d’étonnantes mosaïques bleutées © Archives départementales de la Corrèze © Juliette Jouve

Ce bâtiment des années 1930 est un exemple d’art déco de province. La Poste y avait élu domicile pour disposer de plus d’espace, après avoir occupé l’immeuble voisin que la Chambre de commerce et d’industrie reprit ensuite. Les mosaïques de La Poste sont restées dans l’ombre, littéralement. Peut-être parce qu’à leur inauguration, les Brivistes avaient autre chose à reprocher au lieu : ses guichets, trop larges et trop hauts, rendaient les échanges de monnaie laborieux. Esthétique mais peu pratique, l’édifice fut critiqué dès sa livraison.

Brive secrète : derrière les façades, les siècles cachés

L’hôtel de Quinhart et sa tour

La place Latreille réserve une surprise architecturale qu’on ne s’attend pas à trouver en plein centre d’une ville corrézienne : une haute tour octogonale, légèrement inclinée, coiffe l’hôtel de Quinhart. La guide invite à lever les yeux pour découvrir des gargouilles, des fenêtres à meneaux, l’échauguette découronnée, autant de détails qui témoignent d’un sens du détail exceptionnel apporté à la construction.

L’hôtel de Quinhart et sa tour octogonale ornée de gargouilles © Juliette Jouve

Ce jour-là, privilège rare, nous avons pu franchir le seuil et pénétrer à l’intérieur. L’escalier en spirale, les pierres taillées et assemblées avec soin, et l’atmosphère d’une grande maison ancienne intacte : tout cela rappelle qu’à la Renaissance, Brive abritait des familles assez riches pour faire construire de belles demeures, comme dans les grandes cités. L’hôtel de Quinhart est l’un des plus beaux exemples de cette architecture civile de la fin du Moyen Âge, et l’un des moins connus du grand public.

Les « maisons ventouses » : quand le commerce mangeait l’église

La collégiale Saint-Martin est l’édifice emblématique de Brive. Fondée au XIIe siècle, elle a été remaniée au fil du temps. Après la Révolution française, la Commune récupèrera les biens du clergé et, à court d’argent, vendit les parcelles qui entouraient directement l’église. Des commerçants s’y installent, construisent des maisons boutiques collées à même les murs de la collégiale : des bijoutiers, des artisans attirés par la position centrale et la fréquentation du lieu. On les appellera les « maisons ventouses ».

Ces bâtisses parasites finissent par mettre la collégiale en péril. En effet, leurs occupants, pour agrandir leurs réserves ou leurs caves, n’hésitent pas à creuser dans les contreforts qui soutiennent la nef. En 1843, Viollet-le-Duc, mandaté pour expertiser l’édifice, tire la sonnette d’alarme : l’église risque l’effondrement. Les expropriations commencent. Toutes les maisons ventouses disparaissent, sauf une.

La dernière « maison-ventouse » de Brive ! © Juliette Jouve

Son propriétaire, un certain Ferdinand Coq, refuse de partir, et gagne finalement son bras de fer avec la ville. En 1945, les Monuments historiques tranchent en sa faveur : cette maison accolée au flanc de la collégiale, sera conservée. Elle donne son échelle à l’église, et son caractère unique à la ville. Dernier témoin d’une époque révolue, elle attire aujourd’hui la curiosité des visiteurs qui s’étonnent de trouver cette bâtisse insolite, et une sandwicherie, nichée contre le lieu de culte.

Jean-Baptiste Treilhard, le grand oublié

Place de la Halle, une plaque discrète signale la maison natale de Jean-Baptiste Treilhard (1747-1810). Architecturalement remarquable, elle arbore une belle tour polygonale bordée d’une tourelle en poivrière, et son entrée est ornée de moulures et de frontons sculptés. Le nom Treilhard ne dit rien à la plupart des passants, et pourtant : cet avocat briviste fut l’un des principaux rédacteurs du Code civil, du Code pénal et du Code de commerce sous Napoléon. Président de l’Assemblée nationale, Conseiller d’État, il est inhumé au Panthéon et une rue de Paris porte son nom.

Né à Brive, Jean-Baptiste Treilhard (1742-1810) accéda aux plus hautes fonctions politiques et juridiques sous l’Ancien Régime puis sous le Consulat de Napoléon avant d’être inhumé au Panthéon © DR / Juliette Jouve

Le canal disparu et la dernière maison du quai

Il reste, au quai Tourny, une maison avec son balcon, tournée vers ce qui fut longtemps un canal, à l’origine créé au XVIIe siècle pour alimenter une manufacture de tissu fondée par des réfugiés irlandais catholiques, les O’Cleary. Leur nom se francisa progressivement en Leclere (un stade de Brive porte encore aujourd’hui leur nom). Le canal traversait la ville et contribua pendant deux siècles à l’activité économique et au charme du quartier.

Promenade au bord du canal de Brive © Fonds Adolphe Guinot – Archives départementales de la Corrèze

Les grandes inondations de 1960 eurent raison de lui : dans certaines rues basses, l’eau monta jusqu’au premier étage. Le canal fut comblé pour de bon dans les années 1970. La dernière maison du quai a perdu sa vue sur la rivière, mais elle a gardé son balcon. Elle rappelle que Brive, née d’un pont sur la Corrèze, n’a jamais vraiment cessé d’entretenir un rapport avec l’eau, même quand celle-ci a disparu sous les pavés.


Suivez les guides !

Deux visites, deux manières d’arpenter la même ville. Ensemble, elles dessinent le portrait d’une cité qui a su se réinventer tout en gardant son histoire. Ces balades guidées, sont aussi l’occasion d’entendre de savoureuses anecdotes sur des personnages illustres de la ville (dont un certain nombre de joueurs de rugby !).

L’Office de tourisme de Brive-la-Gaillarde propose un large choix de visites : visite express, visite secrète, Brive à l’aube du XXème siècle, visite de la collégiale… A la belle saison, il y en tous les jours ou presque !

Plus d’informations sur les visites, horaires et réservations sur le site de Brive Tourisme.

Juliette Jouve Soler
Juliette Jouve Soler
Correspondante Actus Limousin