(Re)découvrez Châlucet : l’histoire d’une forteresse médiévale qui sera à la fête le 31 mai 2026

Après une première édition réussie, le Département a décidé de reconduire, le 31 mai, sa grande « Fête de Châlucet » pour le lancement de la saison touristique. Acquise par le Conseil Départemental de la Haute-Vienne en 1996, cette forteresse emblématique du territoire a connu une histoire très mouvementée qui mérite que l’on s’y attarde.

Les hautes murailles de la forteresse de Châlucet se dressent encore sur son promontoire, comme si elle émergeait de la forêt. Construit sur un éperon rocheux d’environ 400 m de long, qui domine la confluence de la Briance et de la Ligoure, le château de Châlucet a été édifié pour protéger l’abbaye de Solignac. Il aurait pu disparaître à jamais en 1595, quand une centaine d’ouvriers le mirent hors d’état de nuire en quelques jours seulement. Mais le destin en a décidé autrement, et aujourd’hui on peut encore admirer l’imposant édifice qui a résisté aux attaques et surtout aux affres du temps, même s’il n’a pas été épargné par les dégradations. Le site a connu plusieurs phases d’occupation et d’abandon avant d’être sauvé in extremis de la ruine, racheté par le Département il y a maintenant trente ans.

Totalement envahis par la végétation, les derniers vestiges du château de Châlucet ont bien failli disparaitre © Photothèque Paul Colmar

En réalité, il n’y a pas un château mais deux, celui du haut le plus récent, à la fois imposant et grandiose par sa conception et son décorum, et celui du bas. Ce dernier a été bâti en 1130 par deux chevaliers de la famille Bernard de Jaunhac, suzerains du Vicomte de Limoges. Le château abritait 20 à 30 familles de chevaliers Une copropriété de seigneurs en quelque sorte ! Un village a ainsi vu le jour sur la partie basse du castrum.

Cette reconstitution permet de voir l’ampleur de la forteresse de Châlucet. © Photothèque Paul Colmar

Surveiller l’ennemi depuis la tour Jeannette

Le château symbolisait à cette époque la toute puissance des seigneurs face aux évêques et aux vicomtes. « Dans les maisons du bas-castum on peut parler d’étages nobles pour la plupart, il apparaît que la vocation des rez-de-chaussée était surtout domestique, cuisines de service, voire logements des domestiques, écuries ou remises » indique l’historien Christian Rémy qui a étudié le site.

Le Vicomte de Limoges Gui VI va récupérer une partie de la suzeraineté de Châlucet, ce qui lui permet de contrôler les accès à Limoges. « Le château devient la base d’opérations contre les habitants de Limoges pendant la Guerre de la Vicomté entre 1260 et 1277 signale-t-il, Gui VI était soutenu par le roi France et les habitants de Limoges par les Plantagenêt qui occupaient toute l’Aquitaine. » Aujourd’hui, la tour Jeannette domine la partie centrale du site du haut de ses 23 mètres. Composée de quatre niveaux, elle reste le vestige le mieux conservé du château du bas et dévoile un panorama à 360 degrés sur la campagne.

Vestige le mieux conservé du château, la Tour Jeannette domine la forêt du haut de ses 23 mètres © Département de la Haute-Vienne

Le palais fortifié de Géraud de Maulmont

C’est à la fin du XIIIe siècle, sous l’impulsion de Géraud de Maulmont, ministre de Gui VI, que Châlucet va gagner en importance. Il va transformer les lieux en un puissant château fort. A partir de 1270, les travaux sont menés sur le haut castrum qui va devenir un véritable palais forteresse. Il est bâti sur l’emplacement d’un petit château en ruines. « Le château neuf du haut Châlucet est un monument exceptionnel, hors norme par rapport aux autres châteaux limousins de son époque signale l’historien Christian Rémy. Il s’agit de l’un des premiers palais princiers du royaume à la fin du XIIIe siècle. A ce titre, il faut le comparer à Villandraut ou à un palais royal comme celui de la Cité à Paris. » Toutefois, l’historien s’étonne de la fonction de son constructeur car ce n’est ni un pape, ni un homme de sang royal, juste un « simple clerc limousin » et possédait d‘autres biens.

De forme trapézoïdale, ce château fortifié long de 70 m est considéré alors comme le plus vaste en Limousin. Il est affublé d‘une barbacane, de mâchicoulis, d’archères, d’une herse, d’un assommoir, de créneaux, de tours rondes à chaque angle et d’un donjon de 40 mètres. « C’est un monument unique en cette fin du XIIIe siècle qui exprime toute la puissance de son seigneur constate-t-il, son constructeur a voulu impressionner par le gigantisme, par le décor, la conception d’ensemble… En Limousin, il n’existe aucune trace de château au plan flanqué de tours d’angle avant le dernier quart du XIIIeme siècle, c’est-à-dire avant les réalisations de Géraud de Maulmont. Châlucet est bien le premier cas d’enceinte géométrique. »

« Le château neuf du haut Châlucet est un monument exceptionnel, hors norme par rapport aux autres châteaux limousins de son époque » © Julien Audigier – Visit Limousin

Cependant, l’historien y voit surtout une « mise en scène » de son pouvoir car ses éléments défensifs n’auraient, selon lui, pas permis de résister bien longtemps avec « des mâchicoulis qui ne servent à rien, c’est purement de l’affichage d’une modernité mais qui n’est pas utilisable puisque du côté le plus dangereux, le plateau, on n’a pas installé de mâchicoulis ; et là où ils pourraient servir, on n’en met pas car c’est un peu fragile remarque-t-il, et on a développé des créneaux qui ne servent à rien car ils ne sont pas desservis par un chemin de ronde à l’arrière donc on est dans une sorte de théâtralité de la fortification. »

Un repère de brigands

Après la mort de Géraud de Maulmont en 1299, l’un de ses héritiers en devient propriétaire jusqu’en 1305, année où le roi de France, Philippe le Bel, va s’en emparer. Il n’y séjournera pas, et désignera des châtelains qui seront chargés de l’entretenir et de gérer les affaires courantes. Son successeur Philippe V cédera Châlucet à son conseiller Henri de Sully en 1317 qui n’y viendra pas davantage. Au cours de la guerre de Cent Ans, la forteresse tombera en 1380, prise par ruse par des brigands dont le célèbre Perrot le Béarnais. Il en fera son repère pour mener des campagnes de pillage dans la région, en Dordogne et Auvergne. Il va ainsi occuper la position jusqu’en 1394 et partir contre une rançon, acculé par l’armée royale.

La forteresse va perdre de son intérêt militaire, reléguée par des châteaux plus modernes. En 1594, des catholiques ultras veulent s’y installer. Le gouverneur royal et les consuls de Limoges envoient cent ouvriers pour démanteler la forteresse. En quatre jours, Châlucet est en ruine. Les tours d’angle, les courtines et les voûtes des logis sont détruites donnant au lieu son aspect quasi actuel.

Le gouvernement royal envoya cent ouvriers démanteler la forteresse pour éviter son occupation © Photothèque Paul Colmar

C’est le début d’une longue période d’abandon jusqu’à ce que Prosper Mérimée, le premier inspecteur des Monuments Historiques, redécouvre les lieux au XIXe. Les ruines sont alors inscrites sur la première liste des édifices remarquables en Limousin puis classées en 1875. Des travaux de consolidation seront menées au début du XXe sur le château du haut et le donjon. Au nord, l’arrière de l’édifice s’effondrera en 1918. Entre 1960 et 1970, des travaux conservatoires seront engagés par les architectes en chef des Monuments Historiques pour maintenir debout les vestiges.

Châlucet a été redécouvert au XIXe par Prosper Mérimée premier inspecteur des Monuments Historiques. © Photothèque Paul Colmar

Depuis 1996 le Conseil Départemental de la Haute-Vienne est propriétaire de la forteresse et a lancé un programme de sauvegarde et de mise en valeur du site pour en faire un lieu culturel et touristique. Les travaux ont permis de consolider et restaurer les murs d’enceinte du haut et du bas château, réhabiliter la porte du capitaine et la façade nord du château du haut et de sécuriser les structures intérieures. Parmi les éléments restaurés figurent la tour Jeannette (plateforme), la chapelle des lices, le donjon, le logis, la réhabilitation du village et des caves, la sécurisation des parcours de visite, sans oublier la dévégétalisation du site et la consolidation des maçonneries. La cristallisation des murs se poursuit actuellement sur la tour Nord-Est du château du haut.

Même s’il a beaucoup perdu de sa splendeur d’antan, Châlucet reste l’un des sites les plus chargés d’histoire du département et permet toujours, avec un peu d’imagination (voire quelques acteurs costumés !), à ses visiteurs de voyager à travers le temps.

La fête de Chalucet – 2ème édition – dimanche 31 mai 2026

Pour lancer la saison touristique, le Conseil Départemental de la Haute-Vienne organise une grande journée festive, le dimanche 31 mai 2026, sur le site de la forteresse de Châlucet.

Au programme :

  • Visite théâtralisée immersive avec Dame Isabeau et Messire Adalbert de Berry, nobles gens invités par Géraud de Maulmont pour découvrir de façon originale, les secrets de la forteresse (à 11h, 14h, 15h30, durée : 45 minutes);
  • Descente en rappel de la Tour Jeannette (Baudrier fourni 5 €) ;
  • Animation autour de l’apiculture pour découvrir le monde des abeilles avec le Syndicat des apiculteurs du Limousin;
  • Démonstrations de combats médiévaux par le Cercle des LAMHE (Limousin Arts Martiaux Historiques Européens);
  • Déambulation musicale avec la compagnie L’Arbre-Fée et Friends Street Band ;
  • Maquillage pour les enfants proposé par Payette Animation (dès 3 ans);
  • Jeux en bois géants de l’association La Roulotte;
  • Fabrication de nichoirs à chauves-souris par le Groupe Mammalogique et Herpétologique Limousin;
  • Initiation à la pêche à l’écrevisse dans la Briance avec la Fédération de pêche;
  • Démonstration de ferronnerie médiévale par la Forge du Cercle;
  • Promotion touristique et valorisation des visites incontournables dont la route Richard Cœur de Lion par Visit Limousin.

Cette journée sera l’occasion pour l’entreprise Blanchon de présenter ses techniques de cristallisation, métiers et savoir-faire en matière de restauration du patrimoine.

De 10h à 18h : food trucks Chez René, Crêpe’n Roll et Brasserie La Stour au bord de la Briance. Boissons fraîches à la maison d’accueil.

Plus d’informations au 05 55 00 96 55.

Sources : Centre de la Culture du Limousin Médiéval, Wikipédia, Christian Rémy, Visit limousin, Département de la Haute-Vienne

Corinne Mérigaud
Corinne Mérigaud
Journaliste Actus Limousin

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