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lundi 20 mai 2024

Profitez donc de la pluie pour redécouvrir 3200 ans d’histoire de la céramique au musée national Adrien Dubouché

Ça faisait des années qu’on s’était promis de repasser les portes du musée national Adrien Dubouché et on a profité du temps humide pour s’y réfugier quelques heures. Et bien nous en a pris puisque nous avons redécouvert cet « incontournable » de Limoges, rénové en 2012 et couronné de 3 étoiles par le dernier guide Vert Michelin.

L’automne a enfin pointé le bout de son nez nous ramenant, en l’espace de quelques jours, à cette période de l’année où le parapluie est l’accessoire indispensable à toute expédition en extérieur. Et même armé d’un « pépin », il faut bien avouer que la balade s’avère vite un loisir assez désagréable qui pousse le flâneur à chercher un refuge où passer quelques heures au sec. C’est vers le musée Adrien Dubouché que ce début de vacances scolaires nous a poussé, un « incontournable » dont notre dernière visite remontait à « un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaitre ». Car si les limougeauds ne prennent pas leur repas dans de la porcelaine locale, ils négligent tout autant de faire un « pèlerinage » régulier dans l’un des musées les plus remarquables de la région et c’est fort dommage…

Adrien Dubouché : négociant, collectionneur d’art & mécène

Si c’est au préfet Tiburce Morisot que l’on doit la création du premier musée de Limoges en 1845, c’est bien à Adrien Dubouché, natif de Limoges et négociant de profession, que revient le mérite d’y avoir constitué l’une des plus belles collections de céramiques au Monde. En effet, lorsqu’il en devint le directeur du musée en 1865, il fit don de nombreuses pièces de sa collection et obtint de la ville un nouvel emplacement pour le musée : un hospice « d’aliénés » désaffecté situé sur la place du « Champ de Foire » de Limoges.

François-Louis Bourçin-Dubouché de son vrai nom – par A. Lafond

Le bâtiment sera aménagé pour accueillir les collections et, à son initiative, une école d’art décoratif sera créée dans les bâtiments du musée pour accueillir les artistes locaux. Au fil du temps, le généreux mécène rachète les collections de plusieurs de ses amis collectionneurs décédés et offre quelques 4000 pièces au musée municipal qui sera nationalisé en 1881 et rebaptisé « Musée national Adrien Dubouché » quelques mois avant son décès.

Entièrement rénové en 2012, 3 étoiles au guide Vert Michelin

Les bâtiments actuels ont été construits en 1900 et il faut bien avouer que cent ans plus tard la collection, aussi exceptionnelle qu’elle soit, donnait un peu l’impression de « vieilleries » qui prenaient la poussière. Heureusement, suite au déménagement de l’école d’arts décoratifs sur le campus universitaire, un grand chantier de rénovation va être engagé par le Ministère de la Culture, aboutissant à l’inauguration, en 2012, d’un « nouveau » musée national Adrien Dubouché avec des espaces d’accueil et d’exposition beaucoup plus modernes.

© Musée National Adrien Dubouché

Ces travaux ont permis de redonner un sérieux « coup de jeune » au musée et surtout d’en faire un espace de médiation culturelle en cohérence avec les standards actuels. Le résultat est impressionnant et a permis au Musée Adrien Dubouché de devenir, au printemps 2023, le premier musée de Nouvelle-Aquitaine a obtenir 3 étoiles dans le guide Vert Michelin, soit autant que le Musée du Louvre à Paris ou le Musée des Confluences à Lyon.

Des antiques amphores grecques aux expériences du CRAFT

Si le musée national Adrien Dubouché a décroché les « 3 étoiles », ce n’est bien sûr pas pour sa nouvelle architecture mais bien pour la collection exceptionnelle qu’abrite ce nouvel écrin. Avec près de 18 000 pièces, la collection retrace plus de 3200 ans d’histoire de la céramique aux quatre coins du Monde. Des amphores de l’Antiquité aux vases bleutés des dynasties chinoises, des faïences surchargées de la Renaissance aux expérimentations du Centre de Recherche des Arts du Feu et de la Terre, le musée propose un véritable voyage à travers l’histoire universelle de la céramique et ses 1001 variations.

Le musée est divisé en 4 espaces et la visite commence par un aperçu rapide des techniques de fabrication et de décoration, et des usages possibles de la céramique dans des secteurs de pointe comme la médecine ou la mécanique. Passé ce préambule technique, c’est donc la grande galerie qui s’ouvre à vous avec le cœur historique de la collection et de nombreuses pièces très rares. Il y en a pour tous les goûts et même s’il faut reconnaitre que certaines tendances esthétiques ont bien du mal à trouver un écho aujourd’hui, on ne peut qu’être ébahi devant la créativité déployée par les céramistes à travers les âges.

Vase chinois, tasse à moustache, « Cuir de dragon » ou encore céramique imprimée en 3D © Actus Limousin

Le troisième espace est quant à lui consacré à la porcelaine de Limoges et démontre toute la beauté du savoir-faire local des débuts de l’aventure porcelainière au XVIIIème siècle à nos jours. Très design, cet espace retrace l’évolution des formes et des techniques en vogue aux différentes époques et recèle de joyaux produits par les manufactures locales.

Du milieu du XIXème à nos jours, les créateurs limougeauds n’ont jamais usurpés leur renommée © Actus Limousin

Collection temporaire : 160 ans de « Transmission »

A l’occasion de ses 160 ans, c’est la manufacture Bernardaud qui est à l’honneur au rez-de-chaussée, dans l’espace d’exposition temporaire, avec quelques unes des plus belles pièces artistiques produites par l’une des plus célèbres manufactures limougeaudes qui, au-delà de son activité porcelainière, a collaboré avec de nombreux artistes de renom (Jeff Koons, Juan Miro, Marjane Satrapi ou encore David Lynch…) pour des créations uniques en leur genre.

Baptisée « Transmission », l’exposition est accompagnée d’un court film qui présente dans son intégralité la fabrication d’un vase « Al Dente », une création de Marco Mencacci. On y découvre toute la complexité du processus, de la retranscription du design de l’artiste à la fabrication des moules, de la phase très technique de l’émaillage à la pose des décorations puis à la finition à l’or fin. Si le résultat est tout bonnement incroyable, il n’a pu être atteint que grâce à cette transmission du savoir-faire limougeaud de génération en génération.

Vase « Al Dente », une collaboration entre Marco Mencacci et Bernardaud © Actus Limousin

Et c’est bien ce qui frappe lorsque l’on se décide enfin à quitter le musée, c’est bien cette transmission à travers les âges et à travers le Monde des techniques et savoir-faire des arts céramiques qui a commencé il y’a plus de 3000 ans et qui continue encore de nos jours en conservant, malgré l’industrialisation d’une partie de la production, un côté résolument artisanal dans la création céramique.

Pratique

Tarif normal : 7€

Le musée est ouvert tous les jours de 10h à 12h30 et de 14h à 17h45 sauf le mardi.

De nombreux ateliers et visites thématiques sont proposées tout au long de l’année.

Pour plus de renseignements, on vous invite à consulter le site officiel.

Brice Milbergue
Brice Milbergue
Rédacteur en chef d'Actus Limousin

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