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Région Limousin
samedi 13 avril 2024

Démographie : le Limousin a-t-il les atouts pour faire mentir les perspectives de l’INSEE à horizon 2070 ?

L’INSEE a récemment publié les résultats de son étude de prospective sur l’évolution de la démographie en Nouvelle-Aquitaine d’ici à 2070. Si la population de la région va encore croitre, les départements limousins eux devraient continuer à se dépeupler. A moins que le Limousin ne transforment ses faiblesses d’hier en atouts de demain…

L’INSEE collecte et analyse un grand nombre de données qui permettent d’obtenir un état des lieux précis ou des indications sur l’évolution d’une situation. L’institut a récemment réalisé une étude prospective pour évaluer la population des différents territoires à horizon 2070 si les tendances démographiques récentes suivaient leur cours.

Cette étude a été réalisée à partir du modèle Omphale et se base sur la population recensée en 2018. Elle prend en compte des hypothèses basées sur les observations passées récentes, hors période de pandémie, pour l’évolution des 3 grandes composantes de fluctuation de la population :

  • la fécondité, avec un taux de fécondité actuel de 1.8 enfant / femme
  • la mortalité, avec une espérance de vie en hausse de +8.1 an pour les femmes et +11.5 an pour les hommes
  • les flux migratoires, avec un solde migratoire national de +70 000/an depuis l’étranger

L’objectif principal de cette étude est de mesurer quelle serait la répartition démographique à l’échelle des différents territoires si les tendances se poursuivaient à l’identique pendant encore 50 ans. Prudent, l’INSEE prévient que son travail est uniquement prospectif et que « les projections ne doivent pas être assimilées à des prévisions : il est impossible de prédire comment évolueront exactement les différentes composantes démographiques dans le futur. »

420 000 nouveaux néo-aquitains d’ici à 2070 avec une stabilisation à horizon 2055

Si elle continue selon la tendance récente, la population de la région Nouvelle-Aquitaine devrait donc s’accroitre d’environ 420 000 habitants d’ici à 2070. Une croissance de 6.5% qui serait plus marqué d’ici à 2030 (+0.36%/an) avant de se stabiliser à horizon 2055 (-0.05%/an).

Il y’aurait alors 6.4 millions de néo-aquitains et leur âge moyen serait de 50 ans, contre 44 ans actuellement. Les +65 ans représenteraient un 1/3 de la population contre 1/4 aujourd’hui. Ce vieillissement global de la population est accrue par un recul régulier (-0.35%/an) du nombre de jeunes de moins de 20 ans. La classe active des 20-64 ans demeurerait quand à elle relativement stable.

Le solde naturel (= naissance – décès) est négatif en Nouvelle-Aquitaine en raison de l’arrivée des baby-boomers a un âge avancé et d’une baisse globale de la fécondité. Et même si le flux migratoire est positif, il ne devrait plus suffir à compenser la baisse démographique en raison de la structure de la population de la région et notamment la baisse du nombre de femmes de 25 à 49 ans entre 2040 et 2060.

Un accroissement principalement localisé sur les départements littoraux

Sur les 12 départements que compte la région, seul 4 départements devraient cependant voir leur population augmenter :

  • la Gironde, avec une hausse de 19.74% soit +0.47%/an – 2 millions d’habitants en 2070
  • les Landes, avec une hausse de 8.4% soit +0.2%/an – 455 000 habitants en 2070
  • la Charente-Maritime, avec une hausse de 7.98% soit +0.19%/an – 715 000 habitants
  • les Pyrénées Atlantiques, avec une hausse de 7.14% soit +0.17%/an – 744 000 habitants

Cette concentration littorale est bien dans la droite ligne des mouvements constatés ces derniers temps avec une forte croissance des métropoles bordelaise et rochelaise, et du trio Biarritz-Anglet-Bayonne…

Les départements limousins continueraient à se dépeupler…

Pour les 3 départements limousins, les prévisions sont en revanche plus sombres. Le territoire perdrait 99 000 de ces 730 000 habitants pour afficher un recul global de 13.5% avec un solde négatif de 2357 habitants par an. Et si la Corrèze semble pouvoir limiter les dégâts, la Haute-Vienne et surtout la Creuse risque d’enregistrer des baisses dramatiques pour le maintien des dynamiques locales.

  • La Creuse passerait de 118 000 habitants en 2018 à seulement 92 000 en 2070 soit une baisse de 19.32%
  • La Haute-Vienne passerait de 373 000 habitants en 2018 à 319 000 en 2070 pour une baisse de 12.6%
  • Avec une solde de -0.16% par an, la Corrèze compterait 222 000 habitants en 2070 contre 241 000 en 2018 soit une baisse de 6.72%

Des perspectives qui illustrent concrètement les urgences détectées par les collectivités territoriales limousines sur le besoin d’accompagner le renouvellement de leur population par la mise en place de démarches d’attractivité des territoires.

Le Limousin a-t’il des atouts pour inverser la tendance ?

Si les perspectives ne sont pas radieuses, elles partent néanmoins du principe d’une continuité certaine mais ne prennent pas en compte les mutations plus profonde de notre société. Or, c’est bien ces mutations qui devraient impacter le plus fortement les principaux bassins de population et donner des avantages aux 3 départements limousins dans les années à venir.

  • Prix de l’immobilier : là où le coût des logements explosent dans les principales villes de France et où la périphérie ne cessent de s’agrandir, le prix de l’immobilier est bien plus modéré et reste très accessible en Limousin. Alors que l’inflation attaque fortement le pouvoir d’achat des ménages français, le coût de l’immobilier dans les 3 départements pourrait être un argument fort pour convaincre des familles à venir s’y installer.
  • Tertiarisation, freelance et « grande démission »: le monde du travail a fortement évoluer avec l’arrivée des ordinateurs comme outils de travail principaux d’une part croissante de la population active. Désormais, avec une connexion internet on peut travailler partout et ça tombe bien, la fibre commence à couvrir une bonne partie du Limousin !
  • Cadre de vie : la densification des grands centres urbains induit souvent la dégradation du cadre de vie des habitants. L’éloignement croissant entre le lieu de vie des citadins et les zones naturelles a accéléré un changement de perspective quand à l’importance du cadre de vie notamment depuis les restrictions de déplacement imposées par la pandémie. Avec sa faible densité et une nature encore préservée, le Limousin a sûrement aussi une belle carte à jouer de côté là…
  • Changement climatique : si le Limousin n’est bien sûr pas épargné par les épisodes caniculaires et les grandes sécheresses, les fortes chaleurs sont bien plus supportables à la campagne qu’à la ville. Et le climat encore un peu rude du plateau de Millevaches et de ses contreforts pourrait s’avérait bien plus vivable que les terres arides du Sud-Est si les températures continuent de monter et d’affoler les thermomètres.

Ces atouts ne suffisent bien sûr pas à modifier d’eux mêmes les prédictions. Les grandes faiblesses du Limousin sont toujours actuelles : un manque de notoriété, une dynamique économique encore trop faible, un enclavement lié à des solutions de mobilité limité et une image moins attirante que le littoral ou les Alpes…

Chez Actus Limousin, on a pas mal vadrouillé à travers l’Hexagone et au-delà avant de revenir sur nos terres d’origine, convaincus que malgré tous ses défauts, le Limousin avait quand même beaucoup de potentiel pour les années à venir. A l’inverse de certaines régions surexploitées, c’est un territoire qui n’a pas été trop impacté par l’urbanisation galopante et l’artificialisation intensive des sols. Le potentiel de développement y reste donc quasi intact et les grandes mutations entrevues en ce début de XXIème siècle pourraient bien redonner au Limousin de sérieux arguments pour séduire de nouveaux habitants.

Source : www.insee.fr

Brice Milbergue
Brice Milbergue
Rédacteur en chef d'Actus Limousin

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