Après onze mois de travaux, dans le cadre d’un grand projet de piétonnisation d’une partie du centre-ville limougeaud, la Place des Bancs a changé de physionomie et, à en croire les commerçants comme les passants, le résultat est réussi ! Maintenant, la partie basse reste à finaliser et les rues adjacentes seront à leur tour en chantier pour un an.
Ce fut un peu un cadeau de Noël pour tous ceux qui attendaient la fin des travaux : la Place des Bancs a été rendue aux piétons et aux commerçants le 21 décembre, après 11 mois de travaux. Des commerçants et des riverains qui se disent soulagés et qui peuvent désormais profiter d’un espace totalement réaménagé. Plus question d’emprunter la rue en voiture pour longer la Place comme autrefois, il va falloir changer ses habitudes. Et profiter des premiers rayons du soleil pour aller profiter des terrasses !
Pour réaménager ce secteur à forte densité commerciale, et qui est un haut-lieu patrimonial, évènementiel et culturel, Limoges Métropole et la Ville de Limoges ont donc travaillé la main dans la main et acté la fermeture définitive à la circulation de ce secteur difficile d’accès, et où la place des piétons était limitée à la portion congrue. Ils peuvent désormais y flâner à la guise et se s’assoir sur les bancs de la Place des Bancs ! (voir encadré.)

Grandeur et luminosité
Ce réaménagement offre une nouvelle vision sur les immeubles qui bordent la place. Cinq arbres ont été plantés. Leur ombrage sera apprécié dès que les températures s’emballeront. Une ligne verte intrigue, c‘est une noue d’infiltration des eaux pluviales. Ce qui surprend le plus dans cette « nouvelle version », c’est cette impression de grandeur et de perspective, comme si on avait poussé les murs. Une belle luminosité s’en dégage. Le bitume gris a été remplacé par un pavage en granite local.
« Au sol, le béton micro bouchardé est composé d’un granite jaune avec des touches de gris qui rappelle les façades des immeubles » indique Jérôme Dumas de « Interscène », concepteur de l’aménagement, « le gros défi a été de faire les travaux dans un milieu occupé, en centre-ville, le chantier a dû s’insérer dans la vie de tous les jours. Il a fallu faire en sorte qu’il soit court. » Les eaux pluviales ont été traitées pendant la durée du chantier pour que l’écoulement ne soit jamais interrompu. « Plus on infiltre et mieux on se porte » ajoute-t-il, « nous avons amélioré le réseau existant par déminéralisation. Des pavés ont été ajoutés au pied des massifs, l’eau s’infiltre et la végétation en profitera. Des Sophora japonica ont été plantés, cet arbre à grand développement résiste bien en milieu urbain, il y a aussi des arbustes et des vivaces. »
Ce projet d’envergure chiffré à 6,1 millions d’euros a été financé par Limoges Métropole à hauteur de 4 millions, la Ville de Limoges a pris en charge les travaux d’éclairage public (320 000 €). Le coût des fouilles archéologiques s’élève à 989 000 euros et des réseaux humides à 670 000 €.
A quoi servent ces aménagements ?
Ce projet de réaménagement qui s’étend sur 6 628 m² vise à :
- Conforter la zone piétonne et commerçante du centre-ville en renforçant les déplacements piétons,
- Offrir un espace d’attractivité et de repos avec espaces de détente,
- Introduire le végétal pour s’adapter au réchauffement climatique,
- Révéler les entrées du quartier patrimonial de la Boucherie,
- Renforcer le lien avec la place de la Motte,
- Proposer un environnement urbain plus convivial et partagé.
En clair, l’objectif est d’améliorer la qualité de vie dans cet environnement urbain historique. Les trottoirs seront élargis en lien avec cette nouvelle zone piétonne et le stationnement est reporté vers les parkings en périphérie sous-utilisés. Seules les places de stationnement minute seront maintenues. Le patrimoine sera mis en valeur et les terrasses agrandies.
Un peu de nature en ville
Les cafetiers semblent apprécier cette nouvelle place à l’image de Jean-Luc Roussel, cogérant du Café 1900. « Elle est magnifique avec ces espaces de promenade et les terrasses, plus il y en a et plus cela attire les gens » confie-t-il, « l’architecture est sympa, c’est l’une des plus belles de Limoges. » S’il reconnaît une perte de 35 % de son chiffre d’affaires pendant la période des travaux, il attend maintenant des retombées sonnantes et trébuchantes. « Pour faire face à cette tempête économique, on avait réintégré la guinguette des bords de Vienne afin d’avoir de l’activité car on n’avait plus de terrasse » raconte-t-il. « Depuis un mois, la clientèle de passage a réinvesti les lieux et les fidèles répondent encore plus présents. Les travaux ne sont pas finis donc l’impact est toujours là. »

Des lycéens qui passent sur la place trouvent que c’est réussi. « Avant, la place était très sale et il n’y avait pas grand-chose, ça rend de la beauté à la ville » souligne Mohamed, « il y a plus de place, plus de gens, je dirai même qu’il y a une diversité de gens et ça apporte un peu de nature en ville. » Sa camarade acquiesce. « C’est beau, ça donne envie d’y venir. » Diego a un avis plus tranché, lui qui vit et travaille sur la place comme serveur chez Picpus. « Le chantier a été long et les travaux ne sont pas finis, la bande passante verte gêne les livraisons, on a demandé qu’elle soit recentrée, en vain, et le marché ne reviendra pas. » Il appréhende déjà le service lorsque la terrasse sera installée. « Cela va me compliquer la tâche » déplore-t-il, « la terrasse sera à 15 m du bar, si elle pouvait être rapprochée. J’espère que cela amènera une nouvelle clientèle cet été. »
Que reste-t-il à faire ?
Le chantier se poursuit dans les rues adjacentes. Les rues Lansecot, des Halles, Elie Berthet et la Place du Poids Public sont en travaux pour un an. Cette deuxième phase a débuté le 5 janvier avec pose de l’assainissement Place du Poids Public, rue Elie Berthet et Lansecot ainsi qu’en bas de la Place des Bancs. Il est prévu d’aménager une cuve enterrée pour récupérer une partie des eaux de toiture afin de les réutiliser pour le nettoyage et l’arrosage.
Les travaux de voirie auront lieu début février rue Elie Berthet puis rue Lansecot en mars, avec pose des bordures, du pavage, des revêtements… Les réseaux seront installés en même temps que la voirie. Quant aux espaces verts, l’éclairage public et la ferronnerie d’art, les travaux seront menés conjointement avec l’aménagement de l’espace public de surface.
Qu’ont donné les fouilles archéologiques ?
Les fouilles ont été effectuées par « Evéha », créé en 2006 à Limoges, le principal bureau d’études archéologiques privé en France. Ce chantier a permis de mettre au jour des traces d’occupations anciennes témoignant de l’importance historique de ce secteur de l’Antiquité à l’époque moderne. Dans les rues adjacentes, les traces de niveaux antiques sont apparues qui aideront à continuer à définir les contours de la ville antique au nord du forum. Les études se poursuivent au laboratoire où les analyses permettront de mieux comprendre l’organisation de l’ensemble du site et de préciser la chronologie des occupations et le statut des occupants.

Si la nouvelle Place des Bancs intègre des bancs en bois et métal sans dossier, l’ancienne place, appelée le ventre de Limoges, a toujours accueilli des bancs. Sur ces étals, les marchands venaient vendre leurs produits d’abord les pièces de viande que les bouchers préparaient à côté dans la rue de la Boucherie puis des fruits et légumes et autres produits alimentaires. Pendant des siècles, cette place a été le lieu où les limougeauds s’approvisionnaient en produits locaux. Le marché était très fréquenté avant que les Halles centrales de Limoges n’ouvrent à proximité en 1889. La tradition a donc été respectée jusqu‘à récemment puisque le marché de producteurs a été délocalisé Place de la Motte en raison des travaux Place de Bancs.

