« La colère des sans trains » : 36 collectifs réunis ce samedi à Limoges contre la désertification ferroviaire

Ce samedi 31 janvier, 36 associations et collectifs se réunissent à Limoges pour clamer leur inquiétude face à l’avenir ferroviaire de la région Limousin et plus largement du Massif Central. Ce qu’il faut savoir avant cette action inédite.

« La colère des sans trains ». Le nom du mouvement est assez explicite. Il porte en lui une revendication claire, en forme d’appel au secours pour ne pas se retrouver dans une région désertée de toute ligne ferroviaire. C’est pour cette raison principale que 36 organismes et collectifs du Limousin et plus généralement du Massif central ont rendez-vous ce samedi 31 janvier devant la gare des Bénédictins à Limoges.

La prochaine « loi-cadre » sur le transport dans le viseur

La date du 31 janvier n’a pas été choisie au hasard. En effet, c’est en février que le projet de loi-cadre sur les transports doit être présenté en Conseil des ministres. Philippe Tabarot, le ministre des Transports, a détaillé son contenu il y a quelques jours : un développement et une modernisation des infrastructures ferroviaires, routières et fluviales du pays, « avec une vision à long terme couvrant les vingt à trente prochaines années ».

Bernard Peuch, trésorier de l’association Angoulim, un collectif d’usagers pour la défense de ligne Angoulême-Limoges, insiste sur l’urgence de la situation : « On veut que la loi cadre du ferroviaire qui s’annonce pour le premier trimestre 2026 établisse des financements d’urgence pour le ferroviaire de nos régions et ce dès 2026. Nous appelons à ce que la loi cadre débouche sur une loi de programmation en faveur du réseau ferroviaire, on a des besoins urgents ! »

Ces besoins urgents, les cheminots les constatent sur le terrain. « Nous, ça fait longtemps qu’on tire la sonnette d’alarme sur les infrastructures. On essaye de montrer ce qu’il pourrait se passer à plus ou moins long terme. Pas de rail, pas de train, pas de cheminots ! Il y a besoin d’une infrastructure, sauf que notre territoire n’est plus financé et on ne fait pas partie des priorités, les lignes se ferment les unes après les autres », analyse de son côté Loïc Coudert, secrétaire général du secteur fédéral CGT des cheminots de la région de Limoges.

L’annonce, en fin d’année dernière, de la baisse des financements pour les travaux d’urgence et celle d’un projet de ligne Bordeaux-Lyon (via… la région parisienne) a fini de jeter de l’huile sur un feu déjà bien alimenté. « Nous appelons à ce que l’Etat s’engage à rétablir les lignes TET (trains d’équilibre du territoire) Bordeaux-Lyon du Massif Central », peut-on lire notamment dans le communiqué des Sans trains de Nouvelle-Aquitaine du Nord Occitanie et du Massif Central.

Quelles lignes sont menacées (ou déjà fermées) dans le Limousin ?

Quatre lignes sont déjà fermées en Limousin :

    • La ligne Ussel – Le Mont-Dore – Clermont-Ferrand. Déjà fermée, elle fait partie des grandes revendications. Nous avions réalisé un dossier à ce sujet l’an dernier. Pour Angoulim, « cette ligne transversale est primordiale. Il faut qu’elle soit classée comme structurante ».
    • La ligne Angoulême-Limoges. La partie située en Charente est déjà fermée depuis 2018. Les trains ne circulent qu’entre Angoulême et Saillat-sur-Vienne.
    • La ligne Saint-Yrieix-Objat.
    • La ligne Busseau-sur-Creuse – Felletin (depuis l’été dernier).
  • D’autres sont menacées :
    • La ligne Ussel-Limoges. Pour Bernard Peuch, du collectif Angoulim, « il y a des travaux de modernisation de la signalisation à faire de manière urgente ». Mélanie Plazanet, la maire d’Eymoutiers, a d’ailleurs écrit une lettre ouverte au Premier ministre (publiée sur son compte Facebook) il y a quelques jours : « Cette ligne n’est pas un symbole. Elle est une ligne de vie […] Je vous invite à venir parcourir la ligne Limoges-Ussel, rencontrer les élus, les usagers, les acteurs du territoire. A voir par vous-même ce que représente concrètement une infrastructure ferroviaire dans un territoire rural vivant. »
    • La ligne Limoges-Guéret-Montluçon. Selon le secrétaire général du secteur fédéral CGT, « elle est en grand danger ».

Combien coûterait ces rénovations de lignes ?

Il est toujours difficile d’obtenir des chiffres précis. Selon Angoulim, « il faut 1,5 milliards d’euros par an pour financer l’entretien des lignes de TER. Il faut que ça commence dès maintenant ». Et le trésorier d’ajouter : « La France est en train de tomber dans le chaos ferroviaire. »

Comment va se dérouler ce rassemblement ?

Des « trains de la colère » vont converger vers Limoges où la manifestation partira à 15 h en direction de la préfecture. 36 organisations et collectifs signataires de « l’Appel des sans trains du Massif central » seront présents ainsi qu’élus et habitants, une première. « Ce qui est important dans cette action, c’est cette dynamique de beaucoup d’associations du territoire, ça donne un peu d’engouement. La bataille des rails n’est pas que la bataille des cheminots, les citoyens nous rejoignent », conclut le secrétaire général CGT.

36 organisations rassemblées ce samedi 31 janvier à Limoges

Convergence Nationale Rail, Comité de Vigilance Ferroviaire Aquitaine Poitou Charente, Comité de Vigilance Citoyen du Limousin, AURAIL (collectif de 20 organisations de défense du train du Massif Central), Urgence Ligne POLT (Paris Orléans Limoges Toulouse), Collectif des usagers du train Clermont-Paris, Réseau Européen En Train (18 organisations en France, Belgique, Suisse, Italie), ANGOULIM (Association de défense de la ligne Angoulême Limoges – Haute Vienne et Charente), BOPSYL (ligne Brive Objat Pompadour Saint Yrieix Limoges – Corrèze et Haute Vienne), Comité pluraliste de défense de la ligne Aurillac–Bretenoux / Biars–Brive (Corrèze Lot Cantal), ADPLI14 Association Défense Promotion Ligne 14 (Indre et Loire -Maine et Loire – Deux Sèvres -Vendée), ALTRO (Association Logistique Transports Ouest), Périgord Rail Plus (association de promotion du transport ferroviaire en Dordogne, Collectif BSP (Tram Train Limousin), CODELIAPP (collectif de défense de la ligne Agen Périgueux Paris – Lot et Garonne, Dordogne), Les 7 Sentinelles – Royan (Charente Maritime), Le Train 634269 (association pour la réouverture de la ligne Thiers et Boën-sur-Lignon – Puy de Dôme, Loire, Rhône), Fédération Agir pour la ligne Clermont, Le Mont-Dore, Ussel (Puy de Dôme, Corrèze), Châtellerault, notre gare, notre avenir (Vienne), Confluence Rail Avenir 47 (Lot et Garonne), Collectif des usagers des transports du Haut Allier (Ligne du train Cévenol), Comité de défense des services publics des Hautes Cévennes, Comité de défense de la gare de Villefort, CNL87 (Fédération du Logement de La Haute-Vienne), Vivre et se déplacer en Médoc, Tous ensemble pour les gares (Souillac Gourdon Cahors), Association de Défense de la gare d’Assier et de promotion du rail, Association Destinations Trains de NuitCUTPSA (Collectif des Usagers des Transports Publics en Sud Ardèche), CODEGASS (Comité de Défense de la Gare de Saint Sebastien – Creuse), ADSPULS (Association pour la Défenses des Services Publics et des Usagers de Saint-Sulpice Laurière – Haute Vienne), Collectif Gardons la ligne vallée de la Brévenne (Rhône et Loire), Les Amis du Viaduc de Garabit, Sauvons les trains Bordeaux-La Rochelle-Nantes, CODERAIL (Comité de Défense et Développement du Rail Région de Montluçon et Val de Cher), Comité de Défense de la Gare SNCF d’Argenton-sur-Creuse.

Jérémy Truant
Jérémy Truant
Journaliste Actus Limousin
Quitter la version mobile