12 ans après le début de l’étude, où en est le projet du « Tram-Train », le RER Limousin-Périgord ?

En 2014, l’association Bon Sens Paysan (BSP) se lançait dans l’étude d’un grand projet de « Tram-Train », un RER métropolitain décliné à l’échelle du Limousin et du Périgord. 12 ans plus tard, alors que plusieurs villes françaises ont déjà pu lancer leur projet de service express régional métropolitain (SERM) et que de nombreuses lignes TER locales sont menacées, le feu vert pour le projet Limousin se fait toujours attendre.

A la fin du mois de janvier, 36 collectifs et associations d’usagers du train se réunissaient à Limoges pour clamer « la colère des sans trains » face à la désertion ferroviaire qui frappe le Limousin, et plus largement le Massif Central. En ce début de printemps, les températures estivales viennent nous rappeler que le changement climatique est toujours d’actualité, et le prix du carburant explore de nouveaux sommets rendant chaque jour le règne de la voiture individuelle un peu plus fragile… De là à se dire que le transport en commun décarboné est vraiment une idée de génie et l’assurance d’une mobilité garantie à l’avenir, il n’y a qu’un pas.

Depuis 2014, l’association « Bon Sens Paysan » défend un projet de Tram-Train, un service express régional métropolitain (SERM), qui aurait pour ambition de relier le Périgord et le Limousin, à l’image des RER qui existent en île de France, et de désenclaver deux territoires où la mobilité est essentielle mais de plus en plus critique. Nommé tout simplement « RER Périgord-Limousin », le projet initialement porté à la seule agglomération de Limoges, a été étendu son projet à Brive-la-Gaillarde et Périgueux. En plus de concerner plus de monde, ces deux villes ont l’avantage, comme Limoges, de disposer d’un réseau en étoile, facilitant les dessertes fines du territoire et le désenclavement de la région.

Le réseau du « RER Périgord-Limousin » imaginé par Bon Sens Paysan © tramtrain-limousin.fr

Un projet pour 1,2 million d’usagers

Pour pouvoir se concrétiser le projet du BSP nécessite la restauration des lignes existantes (mise en sécurité des voies, des passages à niveau, et restauration des chemins de fer), leur aménagement et l’achat de trains. Montant de l’investissement estimé par l’association : 1,8 milliard d’euros. Un somme très importante mais qui doit toutefois être mise en perspective, « Le RER Périgord-Limousin concerne 1 200 000 usagers, soit presque 20% des habitants de la Nouvelle-Aquitaine. Si on fait le calcul, les travaux pour remettre en place le réseau et acquérir de nouvelles rames ne coûteraient que 1 500 € par usager du RER. Étalé sur 10 ans cela revient à 150 € ¹ par an et par habitant », souligne Antonin Boyer, cofondateur du collectif BSP.

( ¹ au tarif actuel, c’est l’équivalent d’un plein et demi de diesel pour une voiture moyenne, deux pleins de sans-plomb pour une petite voiture…)

D’autant que ces travaux seraient aussi l’occasion de restaurer certaines lignes essentielles passant par le territoire du Périgord-Limousin comme celles du Paris-Toulouse ou de la feue Bordeaux-Lyon. Second avantage du projet, il permettra aux TER de s’arrêter dans moins de gares, et donc de relier les grandes gares plus rapidement. En compensation, la desserte des gares périphériques vers les plus grandes gares sera assurée par le RER, qui lui, s’arrêtera dans chaque gare du réseau. Un projet gagnant-gagnant !

Le Limousin à la traîne, la Région fait la sourde oreille

Pourtant et malgré toute la bonne volonté du collectif, les blocages de la Région Nouvelle-Aquitaine mettent le projet du Limousin à la traîne. Une situation d’autant plus ironique que le collectif, aidé de plusieurs élus, ont milité pendant de longues années pour l’instauration de la loi du 27 décembre 2023 qui prévoient le développement des RER métropolitains en France.

Pire encore, depuis l’instauration de cette loi, une trentaine de projets ont été présentés et déjà approuvés par le ministère des Transports, notamment un SERM entre Bordeaux et Bayonne ; et ce alors que la région Nouvelle-Aquitaine rechigne à soutenir d’autres projets de RER comme celui du Périgord Limousin ou celui de Pau. Ce qui fait que le projet du BSP n’a jamais pu être vu, ni validé par le ministère des Transports.

« On a le sentiment d’être délaissé par la Nouvelle-Aquitaine. Chaque année, de plus en plus de collectivités territoriales affichent leur soutien au projet. Dans le même temps, le soutien de la région se fait attendre. Pire, on a l’impression qu’ils nous mettent des bâtons dans les roues, car on observe année après année un désengagement budgétaire de la Nouvelle-Aquitaine sur les lignes ferroviaires du Limousin. Alors que dans le même temps, 5 milliards ont été trouvés et mis sur la table pour la ligne à grande vitesse entre Bordeaux et Toulouse. Une ligne qui ne profite qu’à une toute petite partie des usagers et qui va coûter le double du RER Périgord-Limousin », soupire Antonin Boyer.

Une situation d’autant plus regrettable, que l’un des prérequis demandés par le ministère des Transports pour viabiliser des projets de SERM est une coordination et un partage commun entre les collectivités territoriales, les services de l’Etat et … les régions.

Continuer à développer le projet

Malgré tout, pas question pour le BSP d’arrêter en si bonne voie. En plus d’être de plus en plus soutenu à l’échelle territoriale par les collectivités, le collectif s’est assez logiquement joint au mouvement des « sans trains » à Limoges et a lancé en parallèle deux projets pour mettre en avant le RER Périgord-Limousin.

En novembre 2025, le BSP a décidé rentrer dans le concret, en lançant son premier concours national d’architecture et d’urbanisme autour de trois des futures haltes ferroviaires du RER Périgord-Limousin : CHU-Cluzeau, le Palais-sur-Vienne et Couzeix. « Sur les 70 gares du RER, on a identifié une dizaine de sites stratégiques selon plusieurs critères : le bassin de population, le bassin d’emploi, l’accès aux services, aux établissements de formation, la complémentarité avec les autres modes de transports et la stratégie de renouvellement urbain des quartiers adjacents », détaille le BSP.

Si une bonne partie des sites bénéficient déjà d’une halte, d’autres au contraire impliquent la création d’un station. « On a décidé de créer un concours où des équipes vont pouvoir laisser parler leur créativité et leur idée. En tout, on a reçu une vingtaine de candidatures de toute la France et même d’Allemagne et Belgique », se réjouit le collectif. En juin, les lauréats seront désignés et vous pourrez découvrir les différents projets dans une exposition qui sera lancée dans la foulée. Vous pourrez même donner votre avis sur vos projets préférés dans le prix décerné par le public !

Autre projet du BSP, l’étude baptisée « Université ferroviaire » sera lancée prochainement. Elle aura pour objectif d’inventorier les sites de formations et d’insertion du territoire pour quantifier le nombre de voyageurs potentiels et optimiser les dessertes du futur Tram-Train. « Ces publics sont les premiers utilisateurs de transports en commun et dans notre région, on remarque que beaucoup d’entre eux sont contraints dans leur formation par les transports. Ce sont des personnes qui n’ont pas forcément les moyens d’avoir une voiture ou de se payer un appartement pour bouger ailleurs. Et plusieurs études ont montré que dès que des transports en commun sont mis en place, ça améliore l’accès à la formation de beaucoup de personnes », souligne Antonin Boyer.

Pour trouver un exemple, pas besoin de partir bien loin. A Périgueux, qui a déjà pris un peu d’avance sur le Limousin avec une navette RER dans son agglomération, la création d’une halte à Boulazac, juste à côté des centres de formations, a permis une hausse de 800 inscrits dans les établissements environnant dès la rentrée suivante !

Dynamique des territoires, décarbonation du transport, mobilité en ruralité, accessibilité à la formation et à l’emploi etc… le projet de RER Périgord-Limousin cocherait bien des cases pour répondre aux problématiques profondes de notre territoire. Et pourtant, il ne tourne toujours pas…

Hugo Antoni
Hugo Antoni
Journaliste Actus Limousin