Pour soutenir les médias locaux, le « Club de la Presse du Limousin » organise un pique-nique solidaire, le 19 juin à Limoges

Face à la multiplication des plans sociaux dans les médias et à la précarisation de la profession, le « Club de la Presse du Limousin » organisera un pique-nique solidaire ouvert à tous, le 19 juin à partir de 12h au Parc Victor-Thuillat à Limoges, pour faire part des difficultés que rencontrent les journalistes locaux.

Depuis fin 2025, près d’un millier de suppressions d’emplois ont déjà été annoncées dans la presse. Une hécatombe dans un secteur d’activité en mutation, fragilisé par l’explosion de l’intelligence artificielle, la prédominance des réseaux sociaux, la transformation des usages et la diminution des recettes publicitaires. Cette saignée touche toutes les formes de presse avec des plans sociaux qui détruisent des centaines d’emplois de journalistes et impactent toutes les catégories de salariés secrétaires de rédaction, photographes, commerciaux…

Depuis 2009, 11 685 postes ont été détruits dans les médias en France pour seulement 1216 créations d’après l’étude de l’observatoire Trendeo. Même les grands titres enregistrent des baisses importantes, par exemple : -9 % pour Paris Match en 2025, -5,9 % pour Le Point, -6,8 % pour Le Nouvel Obs et -10,7 % pour Voici, selon les données de l’ACPM, qui contrôle la diffusion, la fréquentation et l’audience des médias en France.

Chaque semaine, de nouveaux plans sociaux sont annoncés, allongeant la liste des emplois sacrifiés. La Haute-Vienne n’est pas épargnée avec la récente annonce de 152 suppressions de postes à Centre France ce qui se traduirait par 13 postes en moins au Populaire du Centre dont 7 à la rédaction. « C’est une saignée sans précédent déplore Dominique Pierson, la vice-présidente du Club de la Presse du Limousin, c’est 26 % de ses effectifs ! Cela va diminuer la capacité de travail et de pénétration des informations dans la population. » L’information de proximité va reculer avec la fermeture des agences de Bellac, après celle de Saint-Junien, où une secrétaire et une journaliste étaient affectées. « Ce ne sera plus de l’information de proximité, le mantra du Populaire depuis des années car les journalistes n’iront que de temps en temps » estime-t-elle.

Dominique Pierson et Cécile Descubes du Club de la Presse du Limousin alertent sur la précarisation croissante qui touche les journalistes locaux © Club de la Presse du Limousin

Toute la presse impactée

Ce constat est d’ailleurs partagé par Cécile Descubes, la présidente du Club de la Presse du Limousin. « C’est hyper grave et alarmant, la presse locale souffre de problèmes économiques, les plateformes numériques ne fonctionnent pas bien, on est très inquiet pour l’info locale. » A France 3 Régions, la direction prévoit 150 M€ d’économies.« En Nouvelle-Aquitaine, c’est la suppression de 15 équivalents temps plein et de l’émission « Vous êtes formidables » poursuit-elle, la direction nous dit que ce sera compensé mais l’activité baisse. On peut dupliquer cela partout en France, dans la PQR, en presse magazine, presse en ligne et dans les radios locales. Les milliardaires concentrent les médias, ils peuvent licencier. Il n’y pas pas de contre pouvoir et beaucoup de journalistes ne peuvent plus exercer en France. Aidez-nous et faîtes des lois pour protéger la presse ! » A Ici (ex France Bleu), trente suppressions de postes vont concerner les journalistes qui mettaient en image la matinale. « Il ne seront remplacés par personne regrette-t-elle, j’ai peur que ce soit par l’IA ou des caméras automatisées. »

Dans la presse agricole et rurale, la situation est tout aussi tendue. « C’est 73 titres en France métropolitaine avec au minimum un journaliste par rédaction signale Lionel Robin, rédacteur en chef de Union et Territoires, cette difficulté économique se retrouve, dans les Alpes, L’Espace Alpin vient de fermer. On a aussi habitué les gens à avoir de l’info gratuite, il faut se remettre à acheter des journaux, à s’abonner à des sites. » Il dénonce aussi une hausse des agressions de journalistes ces derniers mois, des dégradations de locaux et des menaces qui augmentent.

26 juin : dernier journal régional du GRAL

Au Groupement des radios associatives libres en Limousin et Périgord (GRAL), le poste de coordinateur régional occupé par Sébastien Péjou sera supprimé au 1er juillet et le dernier journal régional diffusé le 26 juin sur les dix radios partenaires du GRAL. « L’information locale recule, les gens ne sont plus informés et continuent d’aller sur les réseaux sociaux mais Facebook et TikTok où l’information n’est pas faite par des journalistes, pas vérifiée et où on trouve de la non information et ça pose soucis dénonce Cécile Descubes, les journalistes sont de plus en plus mis en cause, les gens confondent tout, info et infox et les réseaux leur suffisent pour s’informer. »

Sébastien Péjou, journaliste à Emergence FM, et coordinateur de la rédaction du GRAL © Nicolas Yardin

Les journalistes qui pigent pour plusieurs médias payent le prix fort de ces plans sociaux à répétition, ces derniers mois, avec des budgets de piges en baisse voire supprimés. A « La Tribune », un plan social est en cours suite à un rapprochement prévu avec BFM Business. Propriétaire des titres, le milliardaire Rodolphe Saadé souhaite créer un pôle économique commun ce qui entraînera 73 suppressions à la rédaction numérique de La Tribune dont 56 journalistes permanents et une vingtaine de pigistes pour environ 20 reclassements. « Tous les postes de pigistes sont supprimés sauf un et il n’y a pas de perspectives de piges dans ce futur pôle explique la correspondante du titre en Limousin, les pigistes ont fait grève 2 jours pour demander à être intégrés dans le PSE car les deux tiers avaient été oubliés. » La crainte de voir disparaître ce titre phare de la presse économique nationale est forte. « Localement, c’est une visibilité de moins pour ceux qui font l’actualité économique du Limousin » signale-t-elle. En 2024, deux titres pour lesquels elle pigeait ont déjà disparu : Le Bois international, leader de la presse professionnelle bois qui existait depuis 95 ans et Aqui, média numérique. « J’en suis à mon 5ème licenciement économique, dont trois en deux ans » déplore-t-elle.

Pour dénoncer ces attaques contre la profession, le Club de la Presse organisera, le 19 juin à midi, un pique-nique (sorti du panier) ouvert à tous les citoyens en soutien à la presse locale, tous médias confondus, au Parc Victor Thuillat, devant l‘arbre de la liberté. Un pot convivial sera offert à l’issue des prises de parole et les participants pourront bien sûr échanger avec les journalistes.

Cet événement fera suite à l’appel à la grève et à la manifestation, organisé la veille à Paris devant le Ministère de la Communication, par les organisations syndicales de journalistes (SNJ, SNJ CGT, CFDT, SGJFO, Filpac CGT, SNPEP-FO et Info’com CGT) pour combattre les dangers qui menacent l’information, refuser les plans sociaux et défendre une information de qualité.

Pour plus d’informations, retrouvez le Club de la presse du Limousin sur Facebook

Corinne Mérigaud
Corinne Mérigaud
Journaliste Actus Limousin

A la une

Plus d'articles