Se baigner dans la Vienne en plein coeur de Limoges : « L’Appel à la Vienne » plus pertinent que jamais avec cette chaleur

Depuis juillet 2024, le collectif « l’Appel à la Vienne » se réunit les premiers dimanches du mois, été comme hiver, pour piquer une tête dans la rivière, en plein coeur de la ville de Limoges. Une pratique populaire qui renoue avec une habitude bien ancrée chez les Ponticauds dans la première moitié du XXe siècle, et qui pourrait bientôt aboutir à la création d’un « Limoges-Plage », si l’on en croit les récentes promesses électorales…

Si vous êtes un promeneur habitué des bords de Vienne de Limoges, vous avez peut-être déjà croisé des baigneurs s’élançant depuis le ponton du club nautique. Alors rassurez-vous, il ne s’agit pas d’un pari perdu, mais d’une action du collectif « l’Appel à la Vienne » qui milite pour aménager un espace baignable, en rivière sauvage, au cœur de Limoges. Inspiré de la démarche du Parlement de la Loire, le collectif fédère aujourd’hui une centaine d’intéressés et souhaite donner une personnalité juridique au rivière – entendez ici doter la Vienne de droits et de devoirs.

« L’idée sous-jacente derrière ce concept est que la culture de la rivière doit être partagée avec le plus grand nombre, car elle est source d’attachement. Ce lien est déterminant dans la prise de conscience du grand public de la nécessité de « prendre soin » des milieux aquatiques », lance Julien Dellier, géographe et baigneur régulier.

Comme Julien, ils sont plusieurs à piquer une tête dans la Vienne une fois par mois, été comme hiver ! © L’Appel à la Vienne

Des enjeux économiques et surtout sociaux

C’est dans cette optique que le collectif milite depuis quelques années pour aménager une zone de détente et de baignade qui serait encadrée et surtout gratuite au niveau des plaines de bords de Vienne. Un loisir qui pourrait devenir une nécessité dans les années à venir, tant les épisodes de chaleurs intenses sont de plus en plus récurrents et les îlots de fraîcheur de plus en plus indispensable.

« Cette zone des plaines de bords de Vienne est l’une des plus propices à cet aménagement : elle est bien desservie en transports en commun, propose un espace suffisamment grand pour accueillir une plage, et ne présente ni courant trop puissant ni profondeur trop importante », détaille Julien.

Verdure et rivière, un cadre idéal pour se rafraîchir pendant les vagues de chaleur © L’Appel à la Vienne

« Nous cherchons à susciter chez les habitants l’envie de se reconnecter à la rivière et le plaisir de se baigner tout près de chez eux sans avoir besoin de faire des bornes avec leur voiture ou des heures de bus. Cette démarche a aussi son importance : une zone encadrée et gratuite permettra aux familles les plus précaires, pour qui la piscine représente rapidement un coût financier, de profiter également de la fraîcheur d’une baignade en période de pic de chaleurs. » ajoute-t-il.

Une « spot » de baignade historique

Dans son histoire, la Vienne a toujours été au cœur de la vie des Limougeauds, notamment des Ponticauds, les habitants des quartiers des bords de Vienne et on retrouve dès le 20ème siècle de nombreux témoignages de baignades.

La baignade était monnaie courante dans la Vienne où les enfants se baignait en attendant que les adultes finissent de s’occuper du linge © Photothèque Paul Colmar

En 1906, l’association « Les Enfants de la Vienne » est fondée et développe la nage libre dans la rivière, avec notamment la création d’une zone de baignade et d’un plongeoir installé directement sur la Vienne, à l’image de ce que l’on a pu voir lors des Jeux olympiques de 2024. Dans le même temps, on constate la création d’une école de natation pour permettre aux enfants du quartier d’apprendre à nager. Côté sportif, des compétitions en eau libre voient le jour dans la Vienne, et même des spectacles aquatiques !

Des nageurs des « Enfants de la Vienne » aux abords du pont Saint-Etienne à l’occasion de la fête des ponts © Photothèque Paul Colmar

« On retrouvait à cette époque une vie sociale forte autour de la rivière. On pouvait voir aussi différentes constructions sociales autour d’elle : longitudinale avec les promenades, latérale avec les ponts et verticale avec la baignade et la pêche », analyse le géographe.

La pratique se perd dans les années 60 avec le développement des piscines et le démontage des aménagements installés sur la rivière à Limoges. En amont et en aval, quelques zones de baignade perdureront, comme au Palais-sur-Vienne ou au Daumail à Saint-Priest-sous-Aixe.

Le projet a-t-il ses chances de voir le jour ?

Si pour le moment aucun relevé sanitaire ni profil de baignade n’ont été faits, le collectif souligne « que sur toutes les baignades, personne n’a jamais été malade ou infecté, et qu’à l’inverse de la Sablière au Palais-sur-Vienne, la Vienne à Limoges n’est pas en eau stagnante, mais courante, ce qui limite les risques sanitaires. Après, il est fort probable que si la baignade devient autorisée, il faudra quelques ajustements pour répondre à toutes les normes ».

Du côté des décideurs, la baignade dans la Vienne semble en bonne voie. Si l’ancien maire était plutôt opposé au projet, Guillaume Guérin a bien inscrit dans son programme l’idée de rendre la Vienne baignable en créant un « Limoges-Plage » avec zone de baignade sécurisée.

« Limoges-Plage » figure parmi les promesses de campagne du nouveau maire de Limoges

Contacté par nos soins pour connaître l’avancement de ce projet, le maire de Limoges n’a malheureusement pas donner suite à nos questions. Toujours est il que sur ce sujet, les discussions avec l’opposition seront grandement facilitée puisqu’elle semble aussi favorable à ce projet. En attendant « Limoges-Plage », si vous voulez en savoir plus sur « l’Appel à la Vienne » et pourquoi piquer une tête, rendez-vous en milieu d’après-midi près du ponton du club nautique tous les premiers dimanches du mois avec le collectif, en été comme en hiver !

Info pratique

Le 5 juillet prochain, un café-rivière est organisé par le collectif, suivi bien sûr d’une baignade dans la Vienne.

Hugo Antoni
Hugo Antoni
Journaliste Actus Limousin

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