Un jeune corrézien met au point un drone autonome qui surveille les cultures et effarouche les « nuisibles »

Dans les vallons de la campagne de Haute-Corrèze, près de Neuvic, Audric Strumpler a mis au point « Belver » : un drone autonome qui surveille les cultures et effarouche les oiseaux pour améliorer les récoltes. Une innovation prometteuse qui tire ses origines dans les vergers de l’exploitation familiale…

Utiliser un drone pour reconnaitre les nuisibles présents au-dessus d’un verger et les faire fuir, il fallait y penser. Mais pour imaginer cette idée, la faire mûrir et la rendre concrète, il a fallu des années de travail, d’analyse, de constat. Et de vie à la ferme, tout simplement. Nous sommes allés à la rencontre d’Audric Strumpler, l’inventeur de « Belver », pour retracer son parcours et l’histoire de cette innovation née au cœur de la campagne.

On a d’abord compris que le nom « Strumpler » n’était pas vraiment corrézo-corrézien. « En fait, on est allemands. On a grandi dans le Tarn est on est arrivé ici en 2010 », commence le jeune homme de 26 ans. Ici, c’est en fait à Brive-la-Gaillarde. « Mais très vite, mes parents ont acheté cette ferme à Raulhac et ils y ont installé leur verger. »  Gabrielle et Gérard Strumpler ont créé ici un lieu de vie et d’accueil où la ferme est un support pédagogique, thérapeutique et d’insertion. Ils y développent un jardin pédagogique dédié à la biodiversité. L’exploitation, certifiée en agriculture biologique, est diversifiée : des fruits rouges, des arbres fruitiers, des plantes aromatiques et médicinales, des légumes… Mais tout ça est une autre histoire que l’on racontera sans doute à une autre occasion…

Les filets, une solution pas si rentable

Audric a donc grandi dans cet environnement. Il a passé son baccalauréat au lycée Bernart-de-Ventadour à Ussel et a travaillé à la ferme. Il a vu, au plus près, les problèmes rencontrés par le monde agricole. « Ici, les chevreuils cassent les arbres en hiver et mangent les bourgeons en printemps. L’été, ce sont les oiseaux qui mangent les myrtilles et les autres fruits rouges. Alors, on a installé des clôtures et des filets mais ça empêche les rapaces de venir chasser les rongeurs. Finalement, on a plus perdu en installant ces filets », avait-il constaté alors.

C’est en partant des besoins concrets de l’exploitation familiale que Audric Strumpler a mûri l’idée d’utiliser un drone pour effaroucher les animaux nuisibles © Jérémy Truant

Après cette jeunesse très agricole, Audric est parti « faire ses armes » ailleurs. « Je suis parti passer un DUT et une licence technologique ainsi qu’un Bachelor suisse et allemand en sciences technologiques », reprend l’ingénieur qui a réalisé son apprentissage chez Mercedes. « Cela m’a permis de voir découvrir le monde de l’industrie, de voir comment on peut sortir 2 000 voitures par jour d’une usine. » Trop éloignée de ses aspirations personnelles, l’expérience automobile lui a donné envie de revenir à la terre, au monde agricole. « Les agriculteurs méritent d’avoir accès à la meilleure innovation possible », lance-t-il.

De l’industrie à l’innovation agricole

En 2022, Audric est donc de retour à Raulhac. À la ferme, celui qui a toujours été passionné par la technologie, par les drones qu’il fabrique lui-même depuis son adolescence, s’essaie à « bricoler » des aéronefs qui pourraient effaroucher les nuisibles et améliorer le rendement de récolte de la ferme. « Le plus dur, c’était de se lancer, de trouver la manière de créer cette solution. En Haute-Corrèze, j’ai trouvé le cadre idéal, mais au niveau entrepreneurial, c’était plus compliqué », admet-il. En 2023 et jusqu’à mi-2024, le jeune inventeur teste et cherche des concepts jusqu’à créer son entreprise baptisée « Belver ». « Belver, ça vient du film « La Belle Verte », une comédie déjantée mais qui m’a inspiré philosophiquement. » rigole-t-il.

Pendant près de 2 ans, Audric a testé des concepts pour réussir à mettre au point son drône d’effarouchement © Jérémy Truant

Assis dans ce qui est depuis le siège de la startup, à l’étage d’une grange rénovée, il retrace : l’aventure a officiellement commencé avec un premier associé, Louis, « Il est spécialisé dans le domaine juridique de l’aviation mais il n’est plus avec moi aujourd’hui parce qu’il avait besoin d’une stabilité financière », reprend Audric. Depuis, le jeune entrepreneur s’est entouré de 2 autres associés : Arthur, un ingénieur limougeaud spécialisé dans les systèmes embarqués, et Romain, déjà spécialisé dans les drones agricoles avec une précédente startup.

« On s’occupe de tout : de l’installation du drone, son paramétrage, les déclarations… », liste le fondateur de Belver. Parce que l’on n’invente pas un tel objet volant à main levée, parce qu’il faut connaître la réglementation précise, les comportements animaliers et nombre d’autres domaines comme l’impact environnemental d’une telle pratique, aussi …

L’intelligence artifcielle intégrée au drone

Concrètement, comment ça marche ? Audric explique : « Le drone surveille une parcelle d’une vingtaine ou d’une trentaine d’hectares en fonction de la zone et de la culture. La cartographie est intégrée à l’appareil, il n’y a pas de capteurs au sol. Grâce à l’Intelligence artificielle, le drone est capable de différencier une espèce nuisible ou non. Si c’est un oiseau nuisible, il descend un peu plus bas pour faire fuir l’animal avec des effets lumineux et des diffusions de son. » Une solution d’effarouchement direct donc, mais aussi un phénomène de répétition qui réduit l’accoutumance des animaux.

Petit bijou de technologie, le drone de Belver arbore même un profil de rapace © Belver

Depuis l’été dernier, Belver est exploité officiellement. « Il était urgent de se lancer pour proposer un premier service en conditions réelles et entrer dans le processus d’apprentissage qui ne s’arrêtera finalement jamais », décrit l’entrepreneur. Le premier client de la startup corrézienne, c’est… un viticulteur en Espagne pour surveiller des parcelles en pré-vendanges. « Là au moment où l’on se parle, on est en train de survoler des parcelles de huit clients, dont trois drones au-dessus d’un maraîchage dans le nord du Finistère », annonce, non sans fierté, le chef d’entreprise qui ajoute : « On a déjà de bons résultats sur l’effarouchement. Le but, c’est de mesurer objectivement les données mais le problème du monde agricole, c’est qu’il est soumis à beaucoup de facteurs. »

Tout n’est pas parfait encore, bien sûr, mais l’équipe de Belver poursuit son apprentissage et son développement. Pourquoi la Bretagne ou l’Espagne et pas le Limousin ? « Parce qu’il fallait qu’on aille dans des régions plus denses en terme de culture pour débuter », répond Audric qui avoue que ce qui les freine, c’est l’investissement dans le matériel. Pour l’heure, il est impossible pour des « plus petits agriculteurs » d’investir dans une telle installation. « Je rêve de pouvoir un jour proposer ce produit à des agriculteurs comme mes parents », termine le Corrézien. L’autre rêve, c’est de continuer à développer cette technologie pour effaroucher d’autres animaux comme le gibier par exemple. Mais ça, c’est une autre histoire, aussi.

Côté financement

Pour lancer une telle affaire, Audric Strumpler a pris sur ses économies dans un premier temps, puis Belver a obtenu des subventions de la BPI, de la Région Nouvelle-Aquitaine, un prêt d’honneur de Nouvelle-Aquitaine Amorçageet un autre du Réseau Initiatives Corrèze.

Pour suivre les actualités de la startup, c’est sur leur site.

Jérémy Truant
Jérémy Truant
Journaliste Actus Limousin