Alors que les Championnats de France jeunes de Jeu de balle au tambourin (en salle) se dérouleront à Argentat-sur-Dordogne en Corrèze les 14 et 15 mars prochains, nous avons attrapé la balle au bond pour découvrir ce sport peu connu en Limousin et venu tout droit du Suuud !
Si l’on ne voyait pas couler la Dordogne à quelques pas et si l’on n’était pas entouré de ces vallons si caractéristiques de la Xaintrie, on pourrait se croire sur un terrain de « balle au tambourin » dans le sud de la France. Si tant est que l’on connaisse ce sport bien sûr ! Et pourtant nous sommes bien en « Basse-Corrèze », dans le petit village de Monceaux-sur-Dordogne, à quelques encablures d’Argentat.
Ici, on pratique ce sport de raquette – dont le territoire de prédilection est l’Hérault – depuis 1998. Pourquoi et comment ? Tout simplement une histoire de hasard, de chemin de vie. Philippe Marchegay, président du Tambourin Club de Monceaux et du Comité Corrèze de Sport Tambourin nous retrace l’arrivée de la petite balle blanche en Corrèze : « C’est Laurent Zumello qui a amené ce sport ici. Lui est d’origine italienne et on y joue beaucoup là-bas. Il était professeur dans le nord de la France et il y jouait là-haut. Il y a une pratique un peu développée entre Lille, Roubaix et Tourcoing. Puis Laurent a été muté à Brive-la-Gaillarde et a acheté une maison à Monceaux. » Tout simplement.

Avec quelques amis sportifs, Laurent Zumello crée le premier et unique club de Tambourin corrézien en 1998. « On jouait sur l’ancienne piste d’aviation avant que la mairie construise un vrai terrain », se souvient Philippe Marchegay. En 2023, un financement gouvernemental d’infrastructures, lié aux Jeux olympiques de Paris 2024, va permettre la construction d’un nouveau terrain (et d’un city stade).
Comme le tennis, sans filet
Concrètement, la « Balle au tambourin », qu’est-ce que c’est ? Si l’on voulait faire simple, on dirait que c’est un peu comme le tennis mais sans filet au milieu du terrain, et sur un terrain qui mesure… 80 mètres de long par 20 mètres de large ! Ce sport étonnant s’est développé au XIXᵉ siècle près de Montpellier¹. Son nom vient tout simplement de l’instrument utilisé pour frapper la balle, qui ressemblait à l’origine à un véritable tambourin musical.
Deux équipes de cinq joueurs s’opposent et frappent une balle en caoutchouc à l’aide d’une raquette ronde dont la surface est tendue comme une peau de tambour. L’objectif est de renvoyer la balle dans le camp adverse pour marquer des points, avec un système de score proche de celui du tennis.

Pour Philippe Marchegay, qui a pratiqué de nombreux sports au fil de sa carrière (²) : « Le Tambourin est l’un des sports les plus compliqués. Techniquement c’est très fin. Il faut centrer la balle sur le tambourin, si tu la centres pas, l’écart sur le terrain s’étire. Les matches peuvent durer jusqu’à 3 voire 4 heures et si vous êtes un joueur à la volée (c’est-à-dire un joueur placé près de la ligne médiane dont le rôle est d’intercepter la balle avant qu’elle ne touche le sol, ndlr), vous pouvez toucher la balle que trois ou quatre fois dans tout le match ! C’est un sport qui demande beaucoup de concentration. »
Autre particularité du Tambourin, c’est un sport scindé en deux pratiques distinctes : d’un côté l’extérieur, comme à Monceaux donc, avec une balle blanche dure et sur des grands terrains ; de l’autre l’intérieur, comme à Argentat, avec une balle orange plus molle (une balle de tennis basse pression), des terrains plus petits, type terrains de handball, et des équipes de trois joueurs seulement (contre cinq à l’extérieur).
Le club d’Argentat a donc été créé en complément de celui de Monceaux pour pouvoir jouer dans un gymnase, une pratique qui est développée notamment chez les plus jeunes. « En salle, c’est quand même plus accessible pour les débutants. Au total en Corrèze, sur les deux clubs, on compte 120 licenciés », ajoute le président.
Les premiers championnats de France organisés en Corrèze
En salle donc, c’est là que vont se dérouler les championnats de France jeunes les samedi 14 et dimanche 15 mars. « Notre département n’avait jamais eu l’honneur d’accueillir une phase finale nationale de notre sport, dans sa version en salle… C’est donc enfin l’occasion, à un moment où les deux clubs et le comité se restructurent, avec de multiples actions auprès des jeunes du territoire (scolaires, périscolaires, accueils de loisirs, touristes, personnes en situation de handicap….), et après avoir eu la chance d’organiser les finales de Coupe de France en extérieur à Monceaux-sur-Dordogne en juillet 2024 », se réjouit Philippe Marchegay.
Les meilleures équipes françaises, en provenance de l’Hérault (Vendémian, Cournonsec, Lavérune), des Bouches-du-Rhône (Les Pennes Mirabeau, Gignac la Nerthe) ou de l’Aude (Narbonne), vont donc se retrouver au gymnase Marcel Celles pour disputer le titre de champion de France dans les quatre catégories : poussins, benjamins, minimes et cadets.

« Dans la semaine précédant les finales, des initiations et animations gratuites sont prévues auprès des locaux de la vallée de la Dordogne (scolaires notamment), et l’accueil d’équipes de jeunes et adultes déficients mentaux le jeudi toute la journée. Les demi-finales et matches de poule auront lieu le samedi et les finales (féminines et masculines) le dimanche. On organise aussi un repas et une soirée de gala le samedi soir », termine le président. Notons enfin qu’une démonstration de handi-tambourin est prévue le samedi à 13 heures avec des pratiquants amputés et équipés de prothèses.
Pratique : Rendez-vous le samedi 14 mars, à partir de 10h30, au gymnase Marcel-Celles à côté du stade d’Argentat-sur-Dordogne
Et pour suivre l’actualité du club de Monceaux, c’est sur leur page Facebook.
¹ Il y a débat sur la paternité de la balle au tambourin : si l’on retrouve des premières mentions de ce sport dès 1864 dans les archives municipales de Montpellier, les italiens pratiquent un jeu similaire appelé « palla tamburello » dont l’origine remonterait à l’Antiquité. Les historiens du sport ne sont toutefois pas d’accord avec cette appropriation transalpine… Majoritairement pratiqué de part et d’autre des Alpes, ce sport compte des « aficionados » dans le monde entier puisque l’Angleterre, la Chine, le Brésil, la Suède ou encore le Bénin ont pris part aux Championnats du Monde organisés à Rome il y a quelques jours !
² Philippe Marchegay a été directeur d’Aventures Dordogne Nature durant 10 ans, directeur de SevAd durant 5 ans, trésorier du club de canoë-kayak d’Argentat depuis 17 ans, créateur de la Dordogne Intégrale depuis 2006 et du X trail Corrèze Dordogne depuis 2016. Il est également auteur de nombreux ouvrages en lien avec la vallée de la Dordogne.

