Promenade dans les jardins en mouvement du château de La Borie à Solignac

À quelques kilomètres de Limoges, le château de La Borie et ses jardins s’ouvrent comme un livre vivant où se mêlent nature, art et histoire. Depuis 2024, Alexandra Alquier-Trausch et François Trausch veillent sur ce domaine de 14 hectares, poursuivant l’aventure commencée par la fondation La Borie-en-Limousin. Leur promesse ? Préserver l’ouverture au public, prolonger le dialogue entre art contemporain et paysage, et laisser la nature écrire elle-même les chapitres à venir.

Dès que j’ai franchi le portail du château de La Borie, j’ai tout de suite été charmée par l’atmosphère du lieu : le bruissement des graminées, le chant des oiseaux, et la magnifique bâtisse qui se dévoilait en arrière-plan annonçaient une promenade riche en découvertes. C’est aux côtés d’Alexandra Alquier-Trausch et de Pierrick Helbecque, l’intendant jardinier, que j’ai pu découvrir un site où l’art dialogue avec la nature, où chaque recoin du jardin raconte une histoire, entre mémoire du lieu et liberté végétale. Un jardin riche en histoire et en diversité botanique : on y va ?

Construit au XVIIe siècle, le château de la Borie est inscrit aux Monuments Historiques depuis 1984 © Pauline Sutter

Un jardin au passé sonore

Lorsque l’on pénètre dans le parc du château de la Borie, il est difficile d’imaginer qu’il n’existait pas sous cette forme il y a quinze ans. Entre 2012 et 2013, le compositeur Louis Dandrel et la paysagiste Emma Blanc ont transformé les abords du château en une expérience sensorielle. À l’époque, le jardin avait une vocation paysagère et artistique. Tout était pensé pour éveiller l’oreille : un chemin d’eau ponctué d’objets en porcelaine de Limoges tintinnabulait au passage du vent, les pas se perdaient dans un labyrinthe de graminées bruissant doucement, et l’on surprenait au loin le klaxon des trains. C’est d’ailleurs en entendant ce klaxon pendant ma visite que mes guides m’ont conté l’histoire de ce jardin sonore et de ce son si particulier que les créateurs avaient volontairement intégré au paysage, comme une signature périurbaine. Le jardin était alors pensé pour donner aux visiteurs une expérience sensorielle : les sons, le toucher des plantes, la beauté des feuillages… J’ai d’ailleurs particulièrement apprécié me frayer un passage au travers de graminées volontairement laissées hautes et larges, pour sentir et entendre le bruissement de leurs feuilles.

Les hautes graminées qui bordent le chemin bruissent avec la brise et ajoutent une touche sonore au paysage © Pauline Sutter

Au-delà, le jardin garde aussi une trace historique de son passé puisqu’il avait une vocation vivrière au XVIIe siècle. Bien visible des fenêtres du château, le verger potager conduit en permaculture fait son petit effet. Conçu comme un jardin à la française, très symétrique, le potager est composé de quatre carrés à l’intérieur duquel quatre tables en acier Corten sont réparties et plantées d’espèces potagères.

Le jardin potager « à la française » du château de la Borie © Pauline Sutter

L’objectif du jardin est bel et bien d’offrir une expérience sensorielle aux visiteurs, un tableau changeant, beau en toute saison, et ancré dans un territoire riche en culture et en biodiversité. À cette belle structure déjà existante, les propriétaires ont décidé d’y ajouter une petite touche en plus, favorable à la biodiversité et éminemment artistique.

Aujourd’hui : un jardin en mouvement

Pierrick, intendant-jardinier formé auprès de Gilles Clément, est l’unique gardien de ce vaste tableau vivant. Là où ils étaient quatorze autrefois, il est seul aujourd’hui à veiller sur sept hectares de jardins. En effet, si le passé sonore du parc demeure en toile de fond, son présent s’écrit désormais au rythme du “ jardin en mouvement ” cher à Gilles Clément. Sa philosophie : « Faire le plus possible avec, le moins possible contre ».

Gilles Clément est un de mes paysagistes favoris puisqu’il a mis en place le concept révolutionnaire selon lequel le jardin est un tableau dont la nature en est le peintre. Rien n’est figé, les espèces se déplacent et dessinent ainsi la physionomie du jardin. Les chemins changent au gré des plantes qui décident de s’y implanter, épousant ainsi le tracé des adventices qui s’installent au fil des mois. Ici au jardin, Pierrick me raconte l’histoire de certaines adventices qu’il a décidé de conserver. Un merisier spontané est laissé en place, changeant complètement le tracé d’un des chemins : « Dans les jardins classiques, il aurait été arraché alors qu’il apporte tellement de choses au jardin, mais ça, on ne pouvait pas le prévoir avant de le laisser grandir ! » me confie Pierrick. Cet arbre-là pousse à un endroit où rien d’autre ne voulait pousser et fleurit en plus abondamment au printemps, égayant ainsi cet espace de ses fleurs et attirant une nuée de pollinisateurs. Au jardin du château de La Borie, les « mauvaises herbes », que nous avons l’habitude d’arracher au jardin, sont laissées en place. D’autres plantes, comme le chardon bleu « Équinoxe » ont été implantées à un endroit il y a quelques années et se sont ressemées partout dans le jardin, l’égayant de ses beaux pompons bleus.

Les chardons bleus « Equinoxe » se sont ressemés en divers endroits du jardin pour apporter une touche de bleu au milieu des 50 nuances de vert © Pauline Sutter

Avec cette manière de concevoir le jardin, c’est aussi le regard du visiteur qui change : les adventices deviennent des plantes importantes à regarder, au même titre que toutes les espèces botaniques du jardin. Pierrick n’a de cesse de s’émerveiller : « Ce qui est formidable avec la philosophie de Gilles Clément, c’est que le jardin change de forme au gré des plantes qui décident d’y pousser. C’est magique. ». La nature mène la danse et le jardinier ajuste la chorégraphie.

Un dialogue cosmopolite entre art et jardin

La Borie est un lieu où les continents se rencontrent. Plus de 70 espèces d’arbres et arbustes s’y épanouissent : noisetiers à feuilles d’ortie (Coryllus avellana spp.), chênes à feuilles de saule (Quercus phellos), arbres de Judée pourpres (Cercis canadensis « Ruby Falls »), bambous rares, un chêne à feuilles de bambou (Quercus myrginifolia) presque invisible au milieu de la bambouseraie. Les espèces locales cohabitent avec des végétaux venus de l’autre bout du monde, offrant un spectacle changeant selon la saison, l’heure du jour et… les plantes sauvages qui y poussent ! Le jardin avait aussi été pensé pour que les frondaisons des arbres jouent avec la lumière ce qui en fait maintenant un jardin enrichi de son passé mais aussi de son présent, en mouvement. Je passe sous l’arbre de Judée dont les feuilles si particulières font miroiter la lumière, les graminées dansent au gré du vent et créent des ombres changeantes : un jardin éminemment artistique.

Un chêne « à feuille de bambou » (Quercus myrginifolia) caché dans la bambouseraie / le miroitement de la lumière dans les feuilles de l’arbre de Judée © Pauline Sutter

Cette richesse végétale se double d’une programmation artistique : chaque été, les salons du château accueillent une exposition d’art contemporain. Les œuvres dialoguent avec les jardins ; à travers les grandes fenêtres, les mouvements des feuillages répondent aux textures, aux formes et aux couleurs des créations exposées. Je suis ressortie enrichie de cette visite du château et du jardin avec l’agréable sensation de quitter un espace où l’art et la nature ne font qu’un.

Exposition « Packing unpacking home » des artistes Dale et Biole Park Chae dans les salons du château © Pauline Sutter

Le Château de La Borie et ses jardins offrent plus qu’une simple promenade : ils proposent une rencontre entre la créativité humaine et la puissance de la nature. Entre plantes rares, sentiers en mouvement et œuvres d’art contemporaines, chaque visiteur est invité à observer, écouter et se laisser surprendre. Ce lieu, à la fois vivant et poétique, reste une promesse d’émerveillement si chère à Alexandra Alquier-Trausch et un témoignage de la richesse du lien entre art, culture et biodiversité.

Infos pratiques – Ouverture 2025

📍Château de La Borie, 47 allée du Château de la Borie, 87110 Solignac

📧 chateaudelaborie.com – contact@chateaudelaborie.com – 📞 07 56 81 90 91

📅 Juillet et septembre : mardi à vendredi, visites guidées à 10h30 et 16h.

📅 Week-end d’ouverture exceptionnelle : 20-21 septembre (Journées du patrimoine).

💶 Tarif : 7 € (4 € pour les 4-12 ans).

🐾 Animaux non admis – chaussures confortables conseillées.

Pauline Sutter
Pauline Sutter
Correspondante Actus Limousin
Quitter la version mobile