Le clocher à « triple bulbe » de l’église du petit village de Mortemart en Haute-Vienne a subi d’importants dégâts en 2022, mettant l’ancien édifice des Augustins en péril. Il a été sélectionné par la Fondation « La sauvegarde de l’Art Français » qui organise une grande collecte restaurer les églises et chapelles rurales. Actuellement, près de 12 000 euros de dons ont déjà été récoltés et la collecte durera jusqu’au 31 décembre…
Un incendie déclenché par un violent orage
Le 22 juin 2022, alors que la Haute-Vienne et la Creuse sont placées en vigilance orange pour des orages violents, Mortemart, l’unique représentant des « plus beaux villages de France » en Haute-Vienne, va vivre une matinée cauchemardesque : aux alentours de 8 h 45, alors que les orages se déchaînent sur la petite commune, la foudre va s’abattre sur la flèche du clocher de l’église Saint-Hilaire de Poitiers. Seulement, ni le bâtiment du XIVe siècle où se trouve la mairie et l’église, ni le clocher du XIXe ne sont pourvus de paratonnerres.
La flèche et la structure vont commencer à prendre feu, et heureusement personne n’était présent dans les lieux à ce moment-là… Immédiatement, les pompiers sont à pied d’œuvre et maîtrisent tant bien que mal l’incendie. Mais une fois éteint, les dégâts sont bien là. Le clocher à triple bulbe est réduit à un double, ne laissant que quelques planches dépasser, comme seuls témoins de cette structure unique en Limousin. Et Mortemart, n’est pas au bout de sa peine, dans sa chute, la flèche a ricoché sur le toit de la mairie en contrebas, laissant un trou béant dans la structure…

Malgré l’installation d’un bâchage pour protéger la structure, l’édifice se détériore depuis 3 ans et la restauration est urgente. Mais avec un chantier estimé à près de 1 M€, impossible pour cette commune de seulement 128 habitants d’assurer le financement de l’entièreté du chantier. Coup de malchance supplémentaire, cet incendie s’est fait au même moment où le village donnait un coup de jeune à l’église avec la restauration des vitraux…
Depuis plus de 3 ans, la municipalité multiplie donc les appels à don et au financement ; et sa patience a fini par payer. En 2025, la Sauvegarde de l’Art Français sélectionne l’église de Mortemart et deux autres édifices pour le concours de sa grande collecte annuelle pour le patrimoine religieux rural en Nouvelle-Aquitaine. Au bout du suspense, c’est finalement Mortemart qui récolte le plus de votes auprès du public. Aujourd’hui, la cagnotte vise les 20 000 euros avant la fin de l’année 2026 ; un objectif largement atteignable, car à l’heure où nous écrivons ces lignes, la cagnotte plafonne déjà à presque 12 000 euros !
Mortemart, un « morceau » d’histoire du Limousin
Quand on évoque Mortemart, difficile de ne pas y voir la grandeur du Limousin. Seigneur du village, Abbon Drut, soutient le roi France lors du siège de Bellac en 995 et développe sur ses terres une motte féodale. Peu à peu, l’une de ses mottes est remplacée par l’actuel château des ducs, encore visible aujourd’hui. Puis au XIIIe siècle, les seigneurs de la ville s’allient à une autre seigneurie du Limousin et fondent la famille Rochechouart de Mortemart.

Au fil des siècles, les seigneurs de la cité se font remarquer dans le royaume. Côté politique, les ducs comptent dans leur rang bon nombre de conseillers de la couronne de France, mais c’est sous le règne du « Roi Soleil » que la famille va connaître son apogée, grâce à l’une de ses femmes : Françoise-Athénaïs de Rochechouart de Mortemart, plus connue sous le nom de marquise de Montespan, favorite du roi Louis XIV et mécène de Molière et de Jean de La Fontaine…
En parallèle de la prise d’importance des seigneurs de la cité, bon nombre de notables de la région (médecin, avocat, notaire…), séduits par la puissance nouvelle de Mortemart, vont les suivre et s’installer dans le bourg. Le village devient un carrefour commercial important du Limousin, consacré au XVIIIe siècle avec la construction de la halle qui accueille foires et marchés.

Un important centre religieux
Remontons encore un peu le temps, plus précisément jusqu’au XIVe siècle à l’époque des papes d’Avignon. De nombreux ecclésiastiques limousins vont alors se faire remarquer, et notamment un certain Pierre Gauvin, qui deviendra cardinal à la cour d’Avignon. Issu d’une famille de notables de Mortemart, il décèdera en 1335 en laissant derrière lui un testament qui prévoit la construction de 3 couvents dans sa cité natale : un pour les moines Chartreux, un autre pour les Carmes auquel est adossé un hôpital, et un dernier pour les Augustin avec une école pour instruire 12 enfants.
Avec 3 couvents et 5 églises, Mortemart deviendra alors l’un des plus importants centres religieux du Limousin, mais ce rayonnement ne durera pas longtemps. Dès le XVe siècle les Chartreux quittent la ville, suivis des Carmes puis des Augustins quelques siècles plus tard. Avec le temps, ces lieux de cultes seront détruits ou réaménagés, sauf l’église des Augustin. Jusqu’à ce jour, elle est l’unique bâtiment du village à n’avoir subi aucune modification de structure et conserve même ses stalles en bois du XVe. D’après plusieurs hypothèses, le lieu aurait même récupérè des éléments des autres couvents, comme son retable sûrement issu de l’ancienne église des Carmes.


Au fil des années, l’église des Augustins devient l’église Saint-Hilaire de Poitiers et c’est au début du XIXe siècle qu’un étonnant clocher à triple bulbe est ajouté à l’édifice. D’ailleurs, s’il existe très peu d’informations sur ce clocher, son style quasi-unique en hexagone et sa taille démesurée poussent plusieurs historiens à supposer qu’il serait d’un « réemploi », à l’origine installé sur une autre église de taille plus importante. Une grandeur et surtout un poids qui a d’ailleurs obligé les contemporains à décaler le clocher sur le toit de la mairie, car le plafond de l’église n’aurait pas supporté une telle installation. Un choix qui aura finalement évité que l’entièreté de l’église de Mortemart ne parte en fumée…
Un clocher en grand danger
Dès juin 2022, la municipalité a commandé un état des lieux du clocher à un architecte spécialisé. Et son diagnostic n’est pas des plus réjouissants : en plus des importants dégâts causés par l’incendie, le clocher souffre d’un important désordre structurel, antérieur au drame, qui fait pencher le clocher de 4 degrés. Dans son rapport, il note aussi que l’édifice se détériore à vitesse grand V et nécessite de toute urgence une restauration.

Côté chantier, la Mortemart continue à multiplier les appels à dons et au financement. Elle devrait même pouvoir lancer l’appel d’offres pour le chantier de la restauration du clocher d’ici les prochaines semaines ; et espère pouvoir débuter les travaux d’ici la fin d’année.
La collecte de la fondation de la sauvegarde de l’Art Français tombe donc à point nommé pour le village, qui entend bien redonner à son clocher sa grandeur passée.
Infos pratiques
Si vous souhaitez contribuer à la restauration du clocher de Mortemart, vous pouvez faire un don (défiscalisé à hauteur de 66%) sur le site de « La Sauvegarde de l’Art Français » jusqu’au 31 décembre 2026.

