Dans les coulisses de l’aquarium de Limoges, « La réserve aux écailles » vient en aide aux animaux aquatiques depuis plus de 30 ans. Abandons, blessures, sauvetages… en 2025, ce sont pas moins de 1607 animaux qui ont été recueillis dans ce refuge, devenu une référence en la matière en France.
Cette année 2026, est signe de changement pour l’aquarium de Limoges. Les travaux à peine terminés, que l’établissement a annoncé en grande pompe son nouveau nom : l’aquarium refuge de Limoges. Un nouveau nom très symbolique, car derrière les bassins visibles, on s’active aussi en coulisses dans « La réserve aux écailles », le centre de soin de l’aquarium, qui s’est imposé comme la référence dans le domaine en France !
Sa renommée, la réserve limougeaude la doit à ses 1607 animaux secourus en 2025, mais surtout à son engagement. Comparée aux autres refuges, elle a fait le choix plutôt osé de pouvoir accueillir toutes les espèces aquatiques, poissons, grenouilles et tortues confondus ! « Derrière chaque appel, il y a un être vivant en danger, et ça nous semblait contraire à nos valeurs de ne pas venir en aide à ces animaux. C’est pour ça que nous avons décidé de sauver toutes les espèces aquatiques, car si elles sont relâchées dans la nature, leur espérance de vie est limitée, mais elles peuvent aussi causer d’importants dégâts dans les milieux naturels », rappelle David Branthome, conservateur et soigneur à l’aquarium.

Le chantier annuel est aussi l’occasion pour l’établissement de créer un nouveau bassin pour mettre en avant le refuge par l’une de ses stars : « Bichette », une tortue qui présente une malformation au niveau de la carapace à la suite de maltraitances et sauvée par la réserve aux écailles !
Un aquarium-refuge unique en France
Force est de constater que l’histoire du refuge est intimement liée à l’aquarium. En 1986, le docteur Claude Vast, un médecin parisien passionné par les animaux, jette son dévolu sur Limoges qui selon lui a un atout de taille : celui d’être une ville à 5h de voiture de la plupart des grandes agglomérations, et donc facilement accessible. Pour le lieu, il décide de donner une seconde vie à un ancien réservoir d’eau, caché sous la place de la Haute-Vienne et voué à la destruction. Six années plus tard, l’aquarium de ses rêves naît à Limoges.

Dès le début, le lieu se veut unique en France par son fonctionnement, que par sa dimension sociale. « Le docteur Vast voulait créer un espace familial et en même temps pédagogique, en permettant des interactions entre les soigneurs et les visiteurs. Il nous répétait qu’il ne fallait pas être un donneur de leçons, car les gens viennent ici pour visiter tout en prenant du plaisir », se rappelle David Branthome.
C’est surtout en coulisses que le fondateur de l’aquarium limougeaud (décédé en 2021) va mettre en œuvre une petite révolution, grâce au centre de soin qui est adossé à l’aquarium. « Il imaginait dans les coulisses un lieu qui serait comme un hôpital pour les humains, mais à destination des animaux. Ce refuge devait venir en aide à toutes les espèces, peu importe leur race, leur valeur ou leur état de santé. Le but, c’était aussi de pouvoir, soit les réintroduire dans la nature, soit les présenter au public de Limoges ou d’un autre aquarium une fois soignées », explique David Branthome.
Notons aussi, que depuis sa création, le refuge ne cesse de prendre en importance. En 2021, il est devenu une entité à part entière avec la création de l’association la réserve aux écailles. Le changement le plus notable survient en 2025 avec d’importants travaux dans la réserve qui ont permis d’augmenter considérablement sa capacité d’accueil.

Un pari réussi puisque, dès la première année, le nombre de sauvetage a plus que doublé : plus de 1600 animaux secourus en 2025 (contre 754 en 2024). David Branthome rappelle qu’une grosse partie de ses sauvetages sont faits après un abandon ; voulu, mais aussi et surtout contraint. Une note plus positive : David Branthome nous confie aussi « qu’à la fin d’un appel sur deux, et grâce aux conseils des soigneurs, la moitié des gens préfèrent renoncer à l’abandon ! »
En réseau avec des établissements de toute la France
L’autre force de l’établissement limougeaud, c’est sa connexion aux autres établissements de France et sa capacité à tisser des liens pour échanger des connaissances, définir des espèces à étudier, mais aussi de faciliter la reproduction et la circulation des animaux, tout en évitant la capture d’espèces dans la nature. Par exemple, Limoges a pu présenter des hippocampes nés en captivité à Monaco et La Rochelle, mais aussi les faire reproduire dans sa réserve et ainsi créer une base génétique saine et sans consanguinité qui servira à d’autres aquariums par la suite !

Dans le chemin inverse, après leur passage à la réserve aux écailles, de nombreux animaux repartent du Limousin vers d’autres établissements. Les derniers en dates : des escargots d’Afrique et des ablettes transférés à l’aquarium de Canet-en-Roussillon qui voulait monter une action de sensibilisation sur les ablettes ; un poisson disparu dans les eaux du sud-ouest, mais encore présent en Haute-Vienne.

Aujourd’hui, ces échanges et le travail de la réserve permettent à « l’aquarium-refuge » de ne présenter dans ses bassins quasiment que des espèces nées en captivité. Au-delà de ça, et alors que notre ère traverse l’une des plus importantes extinctions de masse à cause des actions de l’Homme, des refuges comme ceux de Limoges, permettent aussi de sauvegarder certaines espèces pour les étudier et mieux les préserver, ou en cas de catastrophe essayer de les réintroduire. La réserve aux écailles, c’est donc un petit geste pour les animaux, mais un grand don à la planète.
Info pratique
La réserve aux écailles se visite sur les jours d’ouverture de l’aquarium refuge sur réservation et dans la limite des places disponibles.
Vous pouvez soutenir l’association en devenant bénévole ou en faisant un don via le site de l’aquarium refuge de Limoges.

