Un pantalon en cuir bleu porté sur scène par Johnny Hallyday, un gant de boxe dédicacé par Mike Tyson et des centaines de gants, héritage des différentes époques de la mode et témoins du savoir-faire des gantiers, sont à admirer à la Cité du Cuir. Avant ces pièces prestigieuses, le public peut surtout y découvrir, à travers une scénographie innovante, l’évolution de la transformation du cuir, les différentes applications de même que des créations contemporaines et innovantes comme cet étonnant sac en « cuir papier »…
Autrefois, le quartier des Mégisseries à Saint-Junien s’étendait en bord de Vienne, entre l’aval du pont Notre-Dame et l’îlot des Seilles, et bruissait de l’activité des nombreuses tanneries et mégisseries. Au début du 19e siècle, le cadastre napoléonien répertoriait une douzaine de tanneries. Vers 1850, des mégisseries artisanales sont fondées par des gantiers locaux et remplacent les tanneries. Mais face à la concurrence des mégisseries industrielles, bâties à partir de 1875, ces dernières vont malheureusement péricliter.


C’est l’histoire de cette époque et de la transformation des peaux qui est narrée à la toute nouvelle « Cité du Cuir ». L’idée aura cheminé longtemps avant son ouverture, le 21 décembre, dans la capitale française du gant de peau.
Un projet de longue haleine
L’activité du travail du cuir, attestée à Saint-Junien dès la Renaissance, a forgé la notoriété de cette ville. La production de gants y a connu, au début du 20e siècle, un fort développement en lien avec la multiplication des grands magasins parisiens. L’activité va se maintenir jusqu’après la seconde guerre puis entamer un repli à partir des années 50/60 qui se poursuivra dans la décennie 70. L’usage du gant est alors moins présent. Il est loin le temps où les dames du début du siècle rangeaient soigneusement leur dizaine de paires dans leurs boîtes à gants.
Aménagée dans les locaux de l’ancienne mégisserie Vaugelade, la Cité du Cuir s’étend sur deux bâtiments reliés par un galerie construite à cet effet soit quelques 2 000 m². Une partie avait été précédemment occupée par le maroquinier Hermès mais, trop à l’étroit, il avait déménagé son atelier à côté. Impulsée par l’ancien maire par Pierre Allard en 2001, portée et financée pour moitié par la Communauté de communes Porte Océane du Limousin, sa construction a nécessité un investissement de 9,5 millions d’euros avec le soutien de la Région, du Départemental, de l’État et de l’Europe.


Les visiteurs suivent dans sept salles un parcours muséographique décliné en trois parties autour du cuir, de la transformation de la peau jusqu’aux dernières innovations. Pour commencer la visite, un film de 12 minutes plante le décor avec l’histoire du cuir et de la ville qui lui vaut son appellation de cité gantière. La scénographie a été conçue pour multiplier les ambiances, entre décors industriels d’antan, ateliers du siècle dernier et luxueux magasins parisiens où les dames venaient acheter leurs gants. Le scénographe Christophe Berte s’est appuyé sur le fond historique, sous le regard des experts du groupement scientifique qui suivent le projet et apportent leur caution historique.
Du travail de rivière au tannage
Différentes thématiques sont abordées et, dès la première salle aménagée en atelier, le visiteur est plongé dans le travail de rivière, la préparation et la transformation des peaux brutes en cuir qui sont ensuite suspendues dans le séchoir. Les équipements d’époque sont nombreux et permettent ainsi d’appréhender chaque étape. Cette collection est toujours en constitution grâce à des appels aux dons, des acquisitions lors de ventes aux enchères ou suite à l’arrêt d’activité comme la mégisserie Colombier. « La Cité du cuir raconte l’histoire des habitants qui étaient soit mégissiers, tanneurs, gantiers ou couturières » indique Anaïs Delage la directrice.



Dans la salle de la coloration des teintures, les amateurs de chimie devraient être ravis de découvrir ce cet aspect haute en couleurs. Se succèdent les étapes de finition comme le dérayage des peaux et le piétage, l’opération pour mesurer la taille des peaux en pied.


Dans la « cuirothèque », le visiteur pourra toucher les matières exotiques voire surprenantes comme la perche du Nil, l’esturgeon, le varan, le galuchat, le crapaud ou encore les pattes du coq. « On peut tout tanner, même la peau humaine » précise-t-elle. Mais vous n’en verrez pas ici…


Des gants par centaines
Un espace est dédié à la ganterie avec la reconstitution de chacune étape de fabrication d’un gant, et elles sont nombreuses, complété par l’histoire sociale de cette corporation, la naissance de l’Union syndicale ouvrière et de leur coopérative avec un focus sur les autres villes françaises connues pour leurs gants, Millau, Grenoble et Niort. Les visiteurs pourront admirer un florilège de 582 gants et de nombreux accessoires comme ces jolies boîtes à gants, des poires à talc, des baguettes pour enfiler les gants et des passe boutons.





Un historique des ganteries montre la place qu’elles ont occupées dans le tissu économique local, par exemple, la manufacture A. Cloulas qui ferma en 1997, la ganterie Henri Mirgalet qui disparut dans les années 90, la ganterie Pierre puis Michel Berthet qui perdurera jusqu’à la fin des années 70. Le Gant Lysias qui s‘était spécialisé dans les gants de cérémonie, de ville et de sport travailla avec la maison Hermès dans la décennie 70. La ganterie Agnelle, toujours en activité, a été créée en 1937 et collabore depuis un demi-siècle avec les grands noms de la haute-couture Yves Saint-Laurent, Jean-Paul Gautier, Castelbajac et aujourd’hui avec de jeunes designers. La Ganterie Coopérative Ouvrière fut créée par un groupe d’ouvriers syndicalistes qui produisaient des gants pour les grands magasins parisiens et des boutiques en région avant d’être acquise en 1998 par Hermès.


Des créations surprenantes
La visite se termine par une galerie du cuir consacrée à la création contemporaine et à l’innovation. Les nombreuses applications de cette matière mettent en avant ses propriétés utilisée que ce soit pour se protéger comme la combinaison de moto Vital Sport, pour se produire sur scène avec le sublime pantalon en cuir bleu créé par Jean-Claude Jitrois pour Johnny Hallyday ou encore pour ranger avec le premier sac haut à courroies d’Hermès dans lequel les cavaliers mettaient leur selle et leurs bottes. On découvre également des associations originales de matières comme le cuir et le verre ou bien le cuir et la porcelaine. Une vitrine est dédiée au savoir-français avec des créations signées Hermès ou par des fabricants limougeauds comme les baskets personnalisables Uniqua et l’intemporel mocassin 180 de J. M. Weston présenté en version éclatée.



« Nous avons reçu 2 4000 visiteurs à Noël sur neuf après-midi, c’est très encourageant » remarque la directrice, « c’est le volume de public attendu sur une journée. L’objectif est d’atteindre 30 000 visiteurs par an. On était en phase de tests mais les retours sont très positifs voire dithyrambiques d’autant que les visiteurs ne savaient pas à quoi s’attendre. »
Les scolaires et le grand public pourront prochainement participer à des ateliers manuels ou des animations. Un atelier de production tout équipé de machines spécifiques sera accessible aux professionnels avec plusieurs formules de location. « Cela devrait faciliter la création contemporaine. » Un espace dédié aux expositions temporaires devrait ouvrir au cours d’année. Enfin, une boutique de 100 m² valorise le savoir-faire d’artisans locaux, et pas seulement dans le domaine du cuir.
Infos pratiques
La Cité du Cuir – 20, chemin Notre-Dame-au-Goth
Ouvert à partir du 11 février, du mercredi au dimanche de 14h à 18h / Plein tarif : 9 €, tarif réduit : 6€
Plus d’infos sur www.citeducuir.fr
Tél. : 05 55 02 76 68, mail : reservation@citeducuir.fr

