À Confolent-Port-Dieu, petit village niché aux confins de la Corrèze et du Puy-de-Dôme, un chantier titanesque a débuté sur les rives de la Dordogne. Ici, pierre après pierre, le prieuré de Port-Dieu renaît. Reportage au cœur des travaux menés au cœur de cet hiver par le Département de la Corrèze.
Un rideau de pluie s’abat depuis plusieurs jours maintenant sur la Corrèze. La petite route qui mène au site de Port-Dieu, depuis le bourg de Confolent-Port-Dieu, est couverte d’une épaisse couche de boue. Depuis la chapelle des Manants, la vue peine à se dégager sur la retenue de Bort-les-Orgues, pourtant juste en contrebas. On distingue juste le ponton à quelques mètres seulement.

Sous l’eau, le village englouti de Port-Dieu dort. Et à côté de la chapelle des Manants – seul vestige ayant survécu à la construction du barrage de Bort-les-Orgues dans les années 1950 – d’immenses murs sont en train de réapparaître.
Un prieuré fondé en 1060
Abrités sous une bâche de fortune, les ouvriers travaillent, façonnent et remontent ce qui fut le prieuré de Port-Dieu, aussi appelé prieuré de Trappes. Mais avant de découvrir le chantier, on vous propose un petit retour en arrière.
Fondé en 1060 par Robert de Turlande, le prieuré s’élève sur des terres hautes, données par Raoul Passereau et rattachées à l’Abbaye de La Chaise-Dieu (en Haute-Loire). Rapidement prospère, la communauté bénédictine comptera jusqu’à seize moines et étendra, au XIIème siècle, sa juridiction sur 31 cures en Limousin et en Auvergne. Dévasté pendant les guerres de Religion, le prieuré ne se relèvera jamais vraiment et déclinera jusqu’à la Révolution, où il sera vendu comme bien national. Petit à petit, la végétation envahira les ruines et seule la chapelle des Manants, construite entre 1200 et 1300, et inscrite sur la liste des Monuments historiques en 1988, demeurera bien visible dans le paysage.

Un chantier titanesque
D’un pas franc, Thierry Tromas et Nicolas Jouve s’avancent sur la petite route. Le premier est chef du Service Ingénierie et Travaux du Conseil Départemental de la Corrèze. Le second est maire de Confolent-Port-Dieu, l’une des plus petites communes du département avec ses 43 habitants. On comprend alors que pour entamer un tel chantier de restauration, le village avait besoin d’aide. Coût estimé : 1,2 million d’euros, dont 900 000 € pour le Département de la Corrèze, le reste pour la Commune de Confolent-Port-Dieu et le Conservatoire du littoral (propriétaire de terrains sur les rives de la retenue de Bort).

« C’est un chantier titanesque. Jamais on n’aurait pu faire ça tout seul et jamais on aurait imaginé voir ça un jour. » Béret rouge vissé sur la tête, le maire s’émerveille devant le travail déjà réalisé. Il faut dire que les ouvriers travaillent sur le site depuis le mois d’octobre. « Le Département a acheté plusieurs parcelles de terrain sur lesquels se trouvent les anciens murs d’enceinte », commence le chef de service. Parce que de ce prieuré, il ne reste que ces murs d’enceinte. Les tours, les églises, le « château » … ont disparu depuis bien longtemps.
Sécuriser les lieux
Une première phase de ce chantier a permis de repérer les murs et de constater leur état. Formant des terrasses, ces murs s’étalent sur des dizaines et des dizaines de mètres, parfois en état de ruines, parfois mieux conservés. « On a passé un premier marché avec l’entreprise Borie pour le débroussaillage et un autre avec Auvergne bétons spéciaux pour la maçonnerie », continue Thierry Tromas qui précise travailler en étroite collaboration avec les archéologues et les Bâtiments de France.
Pierre après pierre, le site se dévoile petit à petit mais le travail est de longue haleine. « Le but, c’est aussi de sécuriser les lieux, donc des fois on déconstruit des murs, d’autres fois on en reconstruit », reprend le responsable qui semble connaître chaque pan du site : « Vous voyez, ici on a retrouvé les vestiges d’une voûte du prieuré, donc on va la reconstituer à l’identique. »

Une cave voûtée subsiste. Un peu plus au-dessus, c’est une tour qui est encore bien visible. On commence à s’imaginer la grandeur du monument religieux. Mais il faudra encore de longues semaines pour pouvoir découvrir l’intégralité des murs restants. « C’est un chantier en deux phases : la première doit être achevée au 20 juin au plus tard et la seconde débutera à l’automne », prévient le maire.

Car le 20 juin, c’est la date officielle de la réouverture de L’Estanco, le bar d’été qui s’installe tout près de la Dordogne et propose des concerts, des boissons et une petite restauration durant toute la saison, géré par l’association La Conf’. On peine à imaginer, ici sous la pluie inarrêtable de ce mois de février que, d’ici quatre mois, le soleil invitera à un pause sur les terrasses restaurées du prieuré de Port-Dieu.
Confolent-Port-Dieu, un village… récent
Spécificité marquante, Confolent-Port-Dieu est une commune relativement récente. En 1951, la mise en eau du Barrage de Bort-les-Orgues entraîna l’engloutissement du village de Port-Dieu, qui avait donné son nom à la commune d’origine. Seul le hameau de Confolent, situé sur les hauteurs, échappa aux eaux. À la suite de cette transformation du paysage, Confolent fut érigé en bourg et adopta le nom de Confolent-Port-Dieu. Ainsi, avec la création du lac, une nouvelle commune vit officiellement le jour. Pour accompagner cette renaissance, EDF fit construire une église et une mairie au cœur du nouveau village. L’église contemporaine, édifiée à cette époque, est aujourd’hui l’église paroissiale.


