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Région Limousin
lundi 20 mai 2024

Rien de tel qu’une visite théâtralisée pour remonter le temps et (re)découvrir le riche passé de Beaulieu-sur-Dordogne !

L’Office de tourisme de la Vallée de la Dordogne proposait cette semaine aux visiteurs de Beaulieu-sur-Dordogne de mener une enquête, à la recherche d’un trésor du passé. Malgré les températures frisquettes de cette fin d’avril, nous avons suivi Anne et Jean, et leur vielle à remonter le temps, dans une visite théâtrale guidée au cœur de la cité bellocoise.

La naissance de « Bellus Locus » au IXe siècle

Si les premières traces de vie dans la région remontent à 50 000 ans, comme en atteste la découverte en 1908 d’un homme de Néandertal à la Chapelle aux Saints, la cité de Beaulieu fut véritablement fondée en 855. C’était alors un petit village de pêcheurs et d’éleveurs au bord de la Dordogne. La légende dit que le seigneur Rodolphe de Turenne chevauchait sur ses terres quand il s’arrêta dans ce hameau. Émerveillé par sa beauté, il le baptisa « Bellus Locus » (Beau Lieu en latin) et décida d’y établir une abbaye bénédictine afin d’attirer les pèlerins… et de prélever un impôt à tous les bateaux qui passaient sur la rivière.

Beaulieu, lieu stratégique au croisement de trois provinces, s’enrichit rapidement. La ville se développe autour de l’abbaye, avec un rempart circulaire percé de trois portes fortifiées. Au cours de la visite, nous rencontrons un « garde » qui nous fait part de l’agitation qui anime le bourg : un trésor, dérobé quelques décennies plus tôt aux Normands, serait toujours caché dans le village. Certains l’auraient vu « Faubourg Mirabel », d’autres parlent de l’abbatiale, à moins qu’il ne soit au fond de la Dordogne. Nous nous acquittons d’un octroi, ou droit de péage, pour pénétrer dans la cité.

Des chasseurs de trésors en nombre malgré la fraicheur © Juliette Jouve Soler

Les origines de l’Abbatiale Saint-Pierre

L’abbaye bénédictine fondée par Rodolphe dans ce lieu stratégique prospère, et attise des jalousies. Le Baron de Castelnau tente d’intervenir et Rodolphe cherche alors un protecteur puissant. Il se tourne alors vers l’abbaye de Cluny qui jouit du rare privilège de ne dépendre que du Pape. A cette époque, Cluny essaime et contribue à la fondation des « abbayes-filles » à travers l’Europe. Au début du XIe siècle, Beaulieu intègre le « réseau Cluny ». Une nouvelle église abbatiale, chef-d’œuvre de l’art roman, avec ses constructions toutes en demi-cercle est alors construite, et dédiée à Saint-Paul et Saint-Pierre.

L’abbatiale Saint-Pierre à Beaulieu-sur-Dordogne – © Milosk 50 | Dreamstime.com

C’est aussi un modèle d’organisation : dans le chœur, les moines tiennent des réunions, dans la nef, ils écoutent la messe. Et sur les côtés, les visiteurs peuvent déambuler, sans déranger les moines, pour voir les différentes reliques. Car pour attirer les pèlerins, des reliques de Saint-Prime et Saint-Félicien ont été amenées d’Agen à dos de mule !

Ce qui rend l’abbatiale Saint-Pierre si unique, en plus de son architecture remarquable, c’est sans aucun doute son tympan, sculpté au XIIe siècle, et quasi intact. Il représente le retour du Christ après la fin des temps : deux grands anges soufflent dans des trompes et réveillent les morts. Des monstres, dont une bête à sept têtes, sont aussi apparents. Et pour supporter le poids du tympan, des atlantes représentant trois hommes (jeune, adulte et vieillard), sont entourés des deux saints patrons de Beaulieu : Saint-Pierre et Saint-Paul.

Le tympan du XIIe siècle © GO69 via Wikipedia

Les villageois ayant besoin d’une église paroissiale, puisque l’abbaye était celle des moines, Notre-Dame-du-Port est construite, mais est très endommagée lors de la guerre de Cent Ans. Une partie de l’abbaye est alors dédiée aux habitants, avec une entrée séparée, et on y installe les reliques : une mini église dans l’église !

Nulle trace du trésor normand de ce côté, nous continuons donc notre déambulation et la vielle de Jean nous permet de franchir plusieurs siècles.

Cap sur la Renaissance

Au fil du temps, la protection de Cluny s’éloigne et la bataille pour le pouvoir sur la ville fait rage entre :

  • l’abbé, qui règne sur l’abbaye et sur le lucratif impôt sur la rivière,
  • le baron de Castelnau, vicomte de Turenne, qui possède alors un immense territoire,
  • et les bourgeois de la ville, qui aimeraient gérer leur cité.

En 1379, un consensus est trouvé. L’abbé garde son pouvoir, mais la vie civile est désormais gérée par des consuls. Une maison consulaire est construite, ainsi qu’une tour civile jouxtant l’église, avec sa propre entrée. Elle est plus grande et haute que le clocher de l’abbaye !

La Renaissance est une période de prospérité pour la cité de Beaulieu et on ajoute des tours, des sculptures et des décorations aux maisons pour montrer sa richesse. Les fenêtres sont alors décorées avec des meneaux, grosses croix de pierre, jusqu’à ce qu’un nouvel impôt ne compte 4 fenêtres pour les 4 cases de la croix. De nombreux habitants cassent les meneaux pour revenir à une seule fenêtre et payer moins d’impôt !

Beaulieu version Renaissance © Juliette Jouve Soler

L’âge d’or des gabariers

Un saut dans le temps nous propulse à la fin du XIXe siècle, devant l’Église Notre-Dame-du-Port ou Chapelle des Pénitents, au bord de la Dordogne. En ruine après la guerre de Cent Ans et les guerres de religion, elle n’est plus utilisée jusqu’à ce qu’elle soit rachetée et confiée à la « Confrérie des pénitents bleus ». Reconnaissables par leurs grandes robes à capuchon pointu, ils s’installent dans la région pour reconvertir les protestants au catholicisme. Leur chapelle a une magnifique voûte en forme de proue de bateau retournée, et son splendide clocher-mur se reflète dans les eaux de la Dordogne.

La Chapelle des Pénitents Bleus © Juliette Jouve Soler

Mais revenons-en à nos gabariers qui descendaient alors la rivière sur leurs bateaux à fond plat (gabare), chargés de bois, jusqu’à Libourne et Bordeaux. Ils remontaient ensuite du sel et autres produits à force de bras d’homme jusqu’à leur point de départ.

Ceux de Beaulieu, ne pouvaient revenir avec leur bateau, car la rivière est trop puissante au-dessus de Souillac. La solution ? Leur embarcation ne pouvait faire le voyage retour, alors ils construisaient des bateaux, dits courpets, avec du bois peu cher et peu travaillé, sur lesquels ils chargeaient planches pour tonneaux et piquets de vigne. Une fois arrivé à Libourne, le bateau était « désossé » et vendu comme bois de chauffage. Et le gabarier remontait à pied à Beaulieu !

A la belle saison, rien de tel qu’un petit tour en gabare sur la Dordogne ! © Peter Adams | Dreamstime.com

La balade se termine. Le trésor n’a pas été retrouvé, malgré l’indice d’un bijou en forme de clé au cou de Clarisse, la conductrice de gabare. Mais le vrai trésor n’est-il pas d’avoir voyagé dans le temps au cœur du patrimoine remarquable de cette belle cité médiévale ? Ce voyage a été rendu particulièrement crédible par les explications érudites de notre guide Marion le Moing et de ses acolytes de la compagnie « Le Domaine Théâtral ». Et nous, nous laissons derrière nous Beaulieu-sur-Dordogne, certains qu’il lui reste des secrets à dévoiler aux visiteurs du futur !

A Collonges comme à Beaulieu, les visites théâtralisées de Marion Le Moing sont toujours un succès © Juliette Jouve Soler

Pour plus d’informations sur les visites théâtralisées proposées par l’Office de Tourisme de la Vallée de la Dordogne, rendez-vous sur vallee-dordogne.com

Juliette Jouve Soler
Juliette Jouve Soler
Correspondante Actus Limousin

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