12.5 C
Région Limousin
lundi 20 mai 2024

Turbulences politiques autour de l’avenir de l’aéroport de Limoges Bellegarde

L’avenir de l’aéroport de Limoges Bellegarde est au coeur d’une bataille politique entre les grandes forces politiques locales. La Région Nouvelle-Aquitaine a acté la baisse de son engagement et Limoges Métropole devrait prendre la tête du Syndicat Mixte mais cette passation créait des turbulences entre les élus départementaux et régionaux.

Le Syndicat Mixte de l’aéroport de Limoges Bellegarde (SMALB) a été crée en 1994, par arrêté préfectoral, et s’occupe de l’aménagement, de l’équipement et de l’exploitation de l’aéroport situé en périphérie de la ville et qui propose des vols réguliers à destination de Marseille, de Lyon, de Marrakech et de cinq aéroports britanniques.

Depuis 2017, la Région Nouvelle-Aquitaine est majoritaire (49.6%) au sein du « SMALB », et le département de la Haute-Vienne et Limoges Métropole se partagent équitablement (25.2%) la part restante pour la représentation au conseil syndical comme pour le financement d’un équipement qui, rappelons le, avait cumulé 20 millions d’euros de pertes entre 2019 et 2023, sur les lignes à destination de Lyon et de Paris. Cette dernière ayant d’ailleurs été supprimée en 2023 au moment de la renégociation de la délégation de service public.

La Région veut passer la main, Limoges Métropole intéressée mais…

En début d’année, les représentants du « SMALB » ont voté l’ouverture d’une délibération sur un changement des statuts et de la gouvernance du Syndicat Mixte. La Région souhaiterai en effet réduire sa participation pour l’aligner avec celle qu’elle a dans les autres aéroports de son territoire (25%). En début de semaine, Andréa Brouille, vice-présidente de la Région, a d’ailleurs démissionné du poste de présidente du « SMALB » qu’elle occupait depuis 12 ans, alors qu’elle était vice-présidente de la Région Limousin.

De son côté, Guillaume Guérin ne cache pas son ambition de voir Limoges Métropole être à la tête du « SMALB » afin de prendre la main sur la gestion de l’aéroport car l’attractivité est au cœur de la politique économique, qu’il mène de concert avec le maire de Limoges, et que l’aéroport est indispensable à l’image que veut se donner la capitale limousine.

La Région et Limoges Métropole ont donc voté pour ouvrir les discussions et annonçaient vouloir travailler en bonne intelligence et dans une logique de coconstruction. De son côté, le département de la Haute-Vienne se plaçait en revanche contre cet « arrangement » et une modification des statuts, et s’est donc abstenu, n’empêchant cependant pour l’ouverture des discussions.

La participation financière du département remise en cause

Pour justifier sa décision, le département invoque le rapport de la Chambre Régionale des Comptes rendu en 2018 qui avait alors recommandé une révision des statuts du « SMALB » afin que « le département de la Haute-Vienne ne soit pas appelé au financement des lignes aériennes, même à vocation touristique, en conformité avec le code général des collectivités territoriales ».

En résumé, la Chambre Régionale des Comptes ne souhaite plus que le département verse de subventions qui serve finalement à réduire le coût de la redevance d’atterrissage ou des prestations d’escale pour faire baisser le coût des vols touristiques. Le rôle du département doit se cantonner au financement de l’aménagement ou de l’exploitation comme le prévoit le Code des Transports.

Le département invoque donc le besoin de comprendre comment se mettre en conformité sur le plan juridique pour justifier sa position, même si les départements voisins continuent de subventionner les aéroports contre l’avis de la « CRC ».

Un imbroglio politique à 3 bandes

Hier soir en conseil communautaire, le sujet de l’aéroport est donc revenu « sur le tapis » et a donné lieu à des échanges animés entre les deux camps politiques. Et pour cause ! Dans la journée, Jean-Claude Leblois, président socialiste du département de la Haute-Vienne avait adressé un courrier aux élus pour signifier son incompréhension vis-à-vis d’une décision qui va conduire au doublement (de 2M€ à 4M€) du financement de Limoges Métropole quand la communauté d’agglomération sera majoritaire au « SMALB ». Des arguments repris par les élus socialistes locaux qui ont questionné le bien fondé d’un tel investissement et de la prise de pouvoir de Limoges Métropole sur le « SMALB ».

En réponse, Guillaume Guérin a contre-attaqué, rappelant aux élus socialistes que « Le coût supporté par Limoges Métropole est lié […] aux délibérations successives du Conseil Régional et pas à la volonté de Guillaume Guérin de vouloir présider le SMALB et de tout diriger au sein de l’aéroport, ce que, de toute façon, je ne pourrais pas faire parce la majorité pour prendre des décisions sera à 76% des sièges ».

Le président de Limoges Métropole a profité de cette occasion en or pour mettre le doigt sur une certaine incohérence entre la position des élus socialistes locaux et ceux de la Région, et d’enfoncer le clou en leur demandant d’essayer de convaincre Alain Rousset de maintenir le statu quo, « Vous le connaissez très bien, convainquez-le ! Moi j’ai pas réussi à le convaincre, j’ai réussi à la convaincre de rester à 33% mais pas à 49,6% ».

Mise au vote, la modification de la participation de Limoges Métropole a été approuvée à la majorité (50 pour, 15 contre, 8 abstentions)

Pour revoir le conseil communautaire du 11 avril 2024

En habile politique, le président de la communauté urbaine s’est donc offert un « joli coup à trois bande », détournant les critiques faites contre cette prise des commandes de l’aéroport par Limoges Métropole qui signifie quand même une charge supplémentaire de 2 M€, pour égratigner d’un même élan les oppositions locales et régionales, pourtant du même bord politique mais en désaccord sur le sujet de la gestion de l’aéroport.

En conseil municipal de Limoges comme en conseil communautaire, il semblerait que la bataille pour les élections municipales de 2026 ait déjà commencé…

Brice Milbergue
Brice Milbergue
Rédacteur en chef d'Actus Limousin

A la une

Plus d'articles