Jamais depuis 2017, la cote du barrage de Bort-les-Orgues en Corrèze n’avait été aussi basse. Depuis quelques jours, la Dordogne laisse même réapparaître des vestiges d’un passé noyé. Reportage et explications.
Tout autour du Château de Val, l’eau s’est retirée et la Dordogne a laissé derrière elle des paysages lunaires, des arbres sans feuilles et des murets couverts de vase. Le sable s’étend sur des dizaines de mètres au pied de l’édifice médiéval du XVème siècle. Là où, d’habitude, les vaguelettes viennent taper le mur qui soutient la cour. Le Château de Val a retrouvé son promontoire rocheux duquel il dominait avant la mise en eau du barrage en 1951.

Nous sommes fin janvier 2026 et le phénomène attire les curieux sur le site qui a pris des allures de Mont Saint-Michel un jour de grande marée. À la différence près qu’ici, dans six heures, la « mer » sera toujours aussi loin. « C’est impressionnant, ça fait longtemps qu’on l’avait pas vu comme ça », confie un habitant de Bort-les-Orgues qui a sorti son appareil photo pour l’occasion.
Une « marée basse » liée à la période de grand froid
L’eau est descendue progressivement pour une simple et bonne raison : la forte demande en électricité. Cédric Pouget, responsable du Groupement d’usines EDF de Bort-les-Orgues : « Depuis début janvier, les besoins en électricité ont été importants en raison de la période de grand froid que nous avons traversée. La centrale hydroélectrique de Bort-les-Orgues a donc été sollicitée comme les autres centrales de la vallée de la Dordogne et d’autres vallées françaises, ce qui a entraîné la baisse du niveau du lac. »
Il ajoute : « Par sa capacité d’être stockable et réactive, l’hydroélectricité est naturellement flexible. Complémentaire aux autres sources de production d’électricité (nucléaire, éolien, solaire notamment), elle joue un rôle pivot important dans l’équilibre du réseau électrique. »
Notons que les niveaux des lacs de barrages peuvent également varier en fonction :
- Des conditions hydrologiques naturelles (précipitations, enneigement) et leur évolution en fonction de la saison et des conditions météorologiques.
- Des contraintes techniques éventuelles comme la réalisation de travaux qui nécessitent de limiter le niveau du lac.
Ces images de l’eau qui se retire rappelleront aux plus anciens d’entre nous, et dans une moindre mesure, la vidange totale du barrage en 1973 qui avait permis de (re)voir la vallée engloutie. La dernière vidange partielle du barrage de Bort a eu lieu en 2005. Depuis, les pratiques ont évolué : les vidanges sont moins fréquentes et les inspections techniques ont lieu sans asséchement.

Déjà en ce milieu de semaine, l’eau remonte progressivement dans la vallée de la Dordogne. Ce que l’on confirme chez EDF : « Avec cette période de redoux, nous entrons dans une phase de remplissage et donc de remontée du niveau du lac en stockant autant que faire se peut le débit de la rivière et les précipitations du bassin versant et ainsi nous tenir prêts pour répondre aux prochaines pointes de consommation électrique. »

L’hiver offre donc parfois ce luxe rare : marcher dans une vallée qui n’existe plus sur les cartes. Une parenthèse fragile et éphémère, qu’il faut aller voir maintenant, avant que l’eau ne recouvre doucement la vallée.
477 millions de m³ d’eau
Pour rappel, la retenue d’eau de Bort est la quatrième plus importante de France. Haut de 120 mètres, son barrage permet de retenir pas moins de 477 millions de m³ d’eau. Avec ses deux groupes de production, le barrage de Bort peut produire 235MW, l’équivalent de la consommation annuelle d’une ville comme Limoges (130,000 habitants). Anne Vuong, la guide de Tourisme Haute-Corrèze qui fait visiter ce barrage nous racontait il y a quelques mois : « Il ne faut que 3 petites minutes pour répondre à la demande en besoin d’électricité. »

