Le castor étend son territoire en Limousin et fait son grand retour en Corrèze !

Il était déjà revenu en Creuse et en Haute-Vienne ces dernières années, et le voilà de retour en Corrèze : 300 ans après sa disparition de nos contrées, le castor d’Europe revient fréquenter les rives limousines et étend son territoire au 4 coins du Limousin.

Autrefois présent un peu partout en Europe et en Asie, le castor avait totalement disparu de nos rivières depuis plusieurs centaines d’années. Après des siècles de chasse intensive pour sa fourrure, sa viande et son castoréum (une sécrétion huileuse et odorante utilisée dans la parfumerie et la médecine traditionnelle), sa population s’était réduite, au début du XXe, à un petit millier d’individus dans le Monde ! Après avoir frôlé l’extinction, le castor d’Europe est protégé depuis 1968, et les bonnes nouvelles se multiplient pour attester de son grand retour.

Le Castor d'Europe en 1 minute

Mais est-ce une bonne nouvelle ? Pour en apprendre plus, nous avons interviewé Christian Desmier, bénévole au GMHL (Groupe Mammalogique et Herpétologique du Limousin), une association qui développe des actions autour de la faune en Limousin et qui s’est intéressée de près à la venue de notre castor en Corrèze.

Le castor à Chasteaux

Tout a commencé par des barrages d’arbres sectionnés à une quinzaine de mètres de la route de Chasteaux. Le plus grand rongeur d’Europe a été aperçu dans un ruisseau non loin du lac du Causse entre Le Soulier et Roziers, dans le Sorpt. Et il continue de recoloniser notre territoire car des traces de son passage ont été aperçues dans la Vézère, près de Terrasson.

Cela fait plusieurs années que l’on sait que le castor européen (Castor fiber) est bien présent en Limousin, mais à plus de 100 km de là dans le bassin de la Gartempe dans le nord de la Haute-Vienne et de la Creuse. Le GMHL qui développe des actions autour de l’étude, de la préservation et de la diffusion des connaissances sur les mammifères, reptiles et amphibien du territoire a également trouvé des indices de sa présence à Pazayac en Dordogne.

Ces branches taillées en forme de crayon sont typiques de la présence de castor © GMHL – Christian Demier

À Brive, ce serait pourtant une population discrète mais qui serait installée depuis quelques années déjà… Mais qui s’est fait remarquer cet hiver ! Comme le territoire de notre rongeur semi-aquatique ne s’étendrait que sur 4 km, « on est sûr qu’ici il y aurait plusieurs familles installées. » constate Christian Desmier.

Comment le castor recolonise la Corrèze ?

Christian Desmier émet plusieurs hypothèses : « soit ils sont venus par l’aval, de la Gironde via la Dordogne. Soit ils sont venus de l’amont, via le bassin-versant Creuse-Vézère. » Il n’exclut pas non plus l’hypothèse de la réintroduction clandestine à la manière de ce qui s’est fait en Normandie « mais pour s’en assurer il faudra procéder à une analyse génétique. »

Pour bien comprendre comment le castor se répartit en France, il faut déjà savoir qu’il avait pratiquement disparu et qu’il ne restait que quelques dizaines d’individus dans la vallée du Rhône. Il y a 50 ans, une petite population a été relâchée à Blois afin de recoloniser la Loire. Aujourd’hui, les castors ont recolonisé près de 20 000 km de cours d’eau et leur population avoisinerait les 25 000 individus. Mais jusqu’à peu, il n’y avait encore aucun trace de leur présence en Corrèze.

La carte de la présence du castor dans les rivières française en avril 2025 – Source : Réseau Castor OFB

Depuis plusieurs mois, les indices qui témoignent de sa venue (même s’il est discret), se multiplient : coupe d’arbustes et d’arbres, petites tiges coupées en biseau ou comme un crayon, souvent du noisetier, ou des barrages bien sûr ! Il faut toutefois noter que le castor européen fait moins de barrages que l’américain (Castor canadensis) et ils sont généralement assez courts.

Un bel indice du « travail » d’un castor en Corrèze © GMHL – Christian Demier

Mais alors, c’est bien ou ce n’est pas bien ce retour du castor ?

Un allié précieux pour les rivières

On pourrait se dire que le castor va causer moult inondations et que c’est la fin de nos rivières tranquilles alors que c’est tout l’inverse : on observe essentiellement des avantages à ce retour ! Christian Desmier est enthousiaste car l’intérêt écologique du castor sur la rivière est énorme : « Au contraire, le castor va redonner aux cours d’eau ! ». Il va redynamiser la végétation, créer des retenues d’eau bénéfiques en été, qui vont permettre à la microfaune aquatique de survivre.

D’ailleurs, en quelques semaines à peine, le castor corrézien a déjà créé des petites retenues d’eau, construit divers petits barrages, créé des clairières en coupant plusieurs arbres. Il crée une mosaïque d’habitats annonciateurs d’une explosion de biodiversité. Peut-être favorisera-t-il le retour du crapaud sonneur à ventre jaune espèce spécifique du bassin de Brive.

De plus, les barrages de notre ingénieur des rivières sont perméables et permettent à l’eau de s’écouler plus lentement et aux poissons de remonter. Christian Desmier a l’habitude de dire que « le castor est à la rivière ce que notre microbiote est à nos intestins ». Il est essentiel ! « Le problème avec les rivières d’aujourd’hui, c’est qu’elles ont toutes été recalibrées, qu’elles s’écoulent trop vite », affirme-t-il.

En construisant de petits barrages, le castor créé des petites retenues qui ralentissent l’écoulement de l’eau © Ungureanu – stock.adobe.com

Le rôle du castor dans la gestion du milieu aquatique est même tellement important que certains syndicats des rivières, en Limousin notamment , refont des barrages de castor pour permettre à certaines rivières et affluents de s’écouler plus lentement. Et Christian Desmier de nous conter l’histoire d’un projet très couteux à l’étude pour ré-humidifier toute une zone humide dans les Balkans et puis, un castor est arrivé et a rétabli l’équilibre et tout ça pour zéro euro !

Si sa présence peut parfois inquiéter certains riverains, notamment en raison des arbres abattus, les spécialistes s’accordent à dire que ses bénéfices écologiques sont largement supérieurs. Le retour de notre castor marque en tout cas une étape importante pour les écosystèmes locaux, et pourrait bien transformer durablement nos rivières.

Pauline Sutter
Pauline Sutter
Correspondante Actus Limousin