À Tulle, la Commune libre du Trech cultive la liberté de rire et fait toujours mouche avec son fameux cabaret !

Alors que les « Tréchois » – comme on les appelle – vont poursuivre cette semaine les représentations de leur 43ème spectacle baptisé « L’Entourloop » à Tulle en Corrèze, nous sommes partis à la rencontre des joyeux drilles cette Commune libre qui a, en effet, la liberté chevillée au corps.

« Boire, aimer, dormir » ! Telle est la devise de la Commune libre du Trech à Tulle. Il faut dire que l’esprit festif ne date pas d’hier dans ce quartier emblématique de la préfecture de la Corrèze, développé autour de la cathédrale Notre-Dame. Ici, la Commune libre a vu le jour au lendemain de la Seconde guerre mondiale.

La cathédrale Notre-Dame et le quartier du Trech à Tulle © PhilippeGraillePhoto – stock.adobe.com

Mais c’est quoi, concrètement une commune libre ? Une association locale, généralement festive et symbolique, qui se dote de ses propres traditions, d’un maire et parfois de règles humoristiques, sans pour autant avoir de pouvoir administratif réel. On en compte une cinquantaine en France dont la plus connue est celle de Montmartre à Paris.

Jacques Marthon, président de la Commune libre du Trech, nous lit la charte des Communes libres de France : « La Commune Libre réunit tous les citoyens et citoyennes de bonne volonté qui font le serment de perpétuer les us et coutumes du lieu, de conserver les traditions et de les mettre en valeur dans le respect du beau et du bien, de préserver, enseigner les dialectes et patois afin que nul mot ne meure, que nulle harmonie ne se perde, de célébrer la mémoire des personnes et des choses. »

À Tulle, l’association fait suite au comité des fêtes du Trech né en 1963 qui « avait organisé des grands carnavals et pris le nom de Commune libre le 30 octobre 1981. Notre image, c’est celle d’une association pagnolesque dans un certain sens et d’un autre côté un peu frondeur par rapport à la République », résume le président tout en ajoutant : « Il y a des associations qui se créent pour défendre des projets, dénoncer des choses qui ne vont pas. Mais ce ne sont pas non plus des zadistes, faut pas exagérer ! »

Pas de subvention

Ici, la Commune libre du Trech s’occupe de faire vivre la « Galerie Trechoise », une galerie d’art dans le quartier (au 9 rue des Portes Chanac), depuis plus de trente ans. « On a un local, une employée et un exposant par mois », précise Jacques Marthon qui insiste : « L’association ne touche pas de subvention ! » Encore ici une idée de la liberté…

La Galerie Tréchoise et la « mairie » de la commune libre du Trech © DR / Commune libre du Trech

L’autre grande action de la Commune libre, c’est bien sûr le Cabaret du Trech. Voilà 43 ans que, chaque année au printemps, une vingtaine de comédiens amateurs montent sur les planches pour jouer un spectacle unique. « Au tout début, en 1981, la télévision était déjà arrivée dans les foyers mais il y avait les nostalgiques des veillées. Un soir, un groupe de copains a organisé une veillée dans une des salles de classe de l’école Turgot où chacun venait raconter des histoires, chantait… L’événement s’est très vite su dans le quartier. La salle de classe est devenue trop petite, ils sont allés à la salle Latreille et petit à petit il a été décidé de créer des scènes », raconte le président.

1982 – Ce qui n’était à l’origine qu’une veillée entre copains est vite devenu le cabaret du Trech © DR / Commune libre du Trech

Scènes qui deviendront le cabaret que l’on connait aujourd’hui et qui est joué depuis 2015 sur les planches de la salle de l’Auzelou (pour des raisons de sécurité et de jauge).

Pas de politique locale

Chaque année, un véritable spectacle musical est donné à seulement six reprises et se joue toujours à guichet fermé (soit 2 000 spectateurs). « C’est une pièce de théâtre écrite par les Tullistes et agrémentée d’une vingtaine de chansons parodiques. Chaque année, on traite d’un thème différent », reprend l’organisateur. L’hôpital, la télévision, l’ouverture de la Cité de l’accordéon et du patrimoine l’an dernier… Pour 2026, on comprend aisément qu’au vu du contexte électoral dans la préfecture de la Corrèze, la Commune libre a minutieusement évité le sujet.

« On n’a pas voulu traiter de la politique locale. On est parti sur « L’entourloop » et toutes les références apparaissent sur notre affiche », explique le président. Alors, on a pris l’affiche et on l’a décortiquée. On y voit d’abord une grande tour qui ressemble étrangement à la tour administrative de Tulle et à la Trump Tower aux Etats-Unis… On y observe également ces drôles de fusées qui semblent être une référence au projet avorté de transport futuriste qui devait voir le jour en Limousin (ligne expérimentale inspirée de l’Hyperloop d’Elon Musk) …

L’affiche du « Cabaret du Trech » 2026

Au Trech, tout est réalisé artisanalement. Le travail d’écriture dure une dizaine de mois, la conception des décors prend deux mois, les répétitions deux mois également. « Cinquante personnes travaillent sur ce spectacle. C’est une effervescence inimaginable. Pour écrire, on est entre 8 et 10 à se réunir toutes les semaines : on rédige un catalogue de toutes les idées, puis on finalise à deux ou trois personnes et quelqu’un d’autre écrit les parodies », développe Jacques Marthon qui nous donne la recette d’un cabaret réussi : « Il faut qu’il y ait du Patois, de la politique et cette amitié envers les Coujous (les Brivistes, qui, paraît-il, aiment beaucoup venir pour se voir titiller, ndlr) ! »

Et au fil des saisons, le cabaret a pris beaucoup d’ampleur. « Les spectateurs viennent de loin pour nous voir ! Le but, c’est de proposer un spectacle renouvelé, unique et de faire rire, sans dire de méchanceté ! » Une renommée qui a même valu une représentation inédite en 1998 à L’Elysée, sur invitation de la première dame de l’époque : Bernadette Chirac. « Ce n’était pas désagréable d’aller jouer notre cabaret là-haut ! », sourit Jacques Marthon.

Dans ce vieux quartier de Tulle, la Commune libre du Trech cultive depuis des décennies une liberté joyeuse, faite de rires, de traditions et d’impertinences. Ici, pas de pouvoir, mais une farouche volonté de faire vivre un esprit collectif hors des cadres. Une liberté simple, vivante et artisanale, qui continue, année après année, de rassembler bien plus qu’un quartier.

Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site de la Commune libre du Trech ou sur la page facebook.

Jérémy Truant
Jérémy Truant
Journaliste Actus Limousin